Six questions que je me suis posées après avoir vu Room

Le film de Lenny Abrahamson, sorti le 9 mars, a valu à Brie Larson l'Oscar de la meilleure actrice. Voici six questions plus ou moins essentielles qu'on s'est posées à sa sortie. 

[#SpoilerAlert, cet article contient des éléments clés de l'intrigue]

Joy vit seule avec son fils Jack dans une pièce d'une douzaine de mètres carrés. Le petit garçon, qui porte les cheveux longs et une culotte, comme une fille, fête ses 5 ans. Au fil de la conversation, on comprend que cette intimité n'a rien d'un choix mais qu'ils sont retenus captifs dans un bungalow, quelque part aux États-Unis.

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Room, mélodrame de Lenny Abrahamson sorti le 9 mars, a valu à Brie Larson l'Oscar de la meilleure actrice. Qu'on l'aime ou pas, le film ne laisse pas indifférent, tant au niveau de l'émotion qu'il entend susciter que des problématiques qu'il soulève. Voici six questions qu'on s'est posées en sortant de la salle (et les réponses qui permettent de les éclairer).

Le film est-il inspiré d'une histoire vraie ?

Il est de plus en plus difficile de se rendre dans une salle obscure sans que la mention "inspiré d'une histoire vraie complètement incroyable" ne figure dans l'incipit du film. Étonnamment, alors que Room a tout d'une histoire inspirée d'un fait divers, aucune mention dans ce sens ne vient perturber le générique d'intro.

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Pour nous Européens, la trame de Room fait penser à l'affaire Natascha Kampusch, jeune femme enlevée à l'âge de 10 ans puis séquestrée entre 1998 et 2006 par un homme avec qui, contrairement à la mère de Room, elle n'a pas eu d'enfant.

Le film de Lenny Abrahamson est en fait une adaptation du roman Room, écrit par la Canadienne Emma Donoghue du point du vue du garçon, interprété par Jacob Tremblay. C'est une adaptation libre de l'affaire Fritzl : Elisabeth Fritzl a été retenue captive par son père pendant près de vingt-cinq ans. Elle a eu sept enfants avec lui, dont l'un, prénommé Felix, qui a inspiré le personnage de Jack.

Pourquoi le bourreau laisse-t-il filer Jack ?

Le plus beau moment du film est aussi celui où le suspense est le plus intense. Sur les conseils de sa mère, Jack joue le mort et se fait embarquer, roulé dans un tapis, dans la camionnette de leur geôlier pour être enterré au milieu d'une forêt. L'enfant finit par s'échapper du pick-up, mais se fait rattraper par son père biologique... qui abandonne très vite face à la méfiance d'un passant.

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Problème, on ne comprend pas bien pourquoi l'adulte décide de se débarrasser de l'enfant, alors que la liberté retrouvée du garçon est synonyme du début des emmerdes pour lui. C'est d'ailleurs ce qu'il se produit, Jack est recueilli par des policiers, qui remontent très vite la piste du ravisseur. En quelques heures, tout est plié. L'homme a-t-il maltraité la mère pendant ce laps de temps ? A-t-il tenté de fuir ? On n'en saura rien. Petite frustration du côté du spectateur.

Le mélo était-il la meilleure façon de traiter cette histoire ?

On imagine que le livre dont est tiré Room – que nous n'avons pas lu – traite cette histoire avec une dose non négligeable de pathos. Choisir de traiter ce thème sous l'angle du mélo, et non du thriller psychologique, était-il vraiment le meilleur procédé ? Les quelques apparitions du ravisseur pourraient être terrifiantes, elles sont à peine angoissantes.

La douceur et la joie de l'enfant estompent la tragédie que le duo mère-fils traverse. Dès que Jack entreprend ou dit quelque chose, un filet musical à base de piano-violon brise le silence alors que, dans cet espace confiné, aucun élément extérieur ne devrait perturber l'insupportable calme qui le plombe.

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Brie Larson et Jacob Tremblay dans "Room", de Lenny Abrahamson. (Universal Pictures)

Brie Larson et Jacob Tremblay dans Room, de Lenny Abrahamson. (© Universal Pictures)

Assez larmoyant, et peinant à esquisser une psychologie complexe des personnages, Room aurait gagné à être plus cru et cruel. Peut-être avec un autre réalisateur aux manettes, comme Roman Polanski ou Catherine Breillat, qui savent mettre en scène les situations d'emprise ?

Pourquoi Jacob Tremblay n'a-t-il pas été nommé aux Oscars ?

On l'a découvert, souriant et adorable, sur le tapis rouge des Oscars, avant d'avoir vu le film. À 9 ans, Jacob Tremblay livre une prestation digne d'un Haley Joel Osment dans Sixième Sens (1999). Par son naturel désarmant, les regards captivés qu'il porte à sa mère et la précision de sa diction, il aurait pu prétendre à l'Oscar du meilleur acteur. L'Académie a-t-elle eu peur de mettre à l'honneur un si jeune acteur ? C'est en tout cas un risque qu'on aurait aimé qu'elle prenne.

Le jeune acteur porte-t-il une perruque ?

Avouez, on ne se pose pas toujours de question existentielle devant les films. Un détail technique a attiré mon attention : durant les trois quarts du long métrage, Jacob Tremblay porte les cheveux longs. Vraiment très longs, comme s'ils n'avaient jamais été coupés. Cela donne une dimension fascinante au personnage, et permet aussi de dresser un parallèle avec sa mère, puisque la couleur et la texture de leurs cheveux sont très proches.

Jacob Tremblay et Brie Larson dans "Room", de Lenny Abrahamson. (Universal Pictures)

Jacob Tremblay et Brie Larson dans Room, de Lenny Abrahamson. (© Universal Pictures)

Jacob Tremblay a 9 ans dans la vie. S'il avait tourné Room avec ses vrais cheveux longs, cela aurait nécessité des années de préparation. Renseignement pris, il portait bien une perruque et explique, dans cette interview, qu'elle le grattait.  Lenny Abrahamson précise de son côté que les cheveux étaient ceux d'enfants russes, qui vendent leur tignasse très cher pour échapper à la pauvreté...

Quelle est la race du chien Seamus ?

Enfin, une dernière question totalement anecdotique concernant un "personnage" qui arrive tardivement dans le film. Le chien du grand-père de Jack, un temps écarté pour éviter de répandre des maladies, fait son apparition sur le seuil de la porte et devient le premier vrai copain de l'enfant.

Grâce à Seamus, dont son propriétaire reconnaît lui-même qu'il n'est pas très futé, Jack découvre le plaisir de nouer des liens avec d'autres êtres que sa mère. N'étant pas une spécialiste des races canines, je me suis demandé si cette boule de poils était une race particulière ou un bâtard... ce qui pourrait avoir un sens symbolique au regard des questionnements sur la paternité qui traversent Room. Avis aux connaisseurs !

Par Ariane Nicolas, publié le 14/03/2016

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