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Quand le créateur d'Ernest et Célestine enchante Les Malheurs de Sophie

Publié le

par Ariane Nicolas

Les Malheurs de Sophie, de Christophe Honoré, s'offre quelques libertés de mise en scène réjouissantes, dont ces petits animaux dessinés, qui s'incrustent à l'écran. 

Ils sont autant de héros de courts métrages insérés dans le film. À trois reprises, dans Les Malheurs de Sophie, sorti mercredi 20 avril, Christophe Honoré met en scène des animaux dessinés de la main de Benjamin Renner – un des créateurs du film d'animation Ernest et Célestine, gros succès de la fin 2012 –, des petits êtres de la forêt aussi mignons que malmenés par les adultes qu'ils rencontrent.

Un écureuil, une maman hérisson avec ses petits et un crapaud. Ces espèces habituées des sous-bois et des mares, l'homme les côtoie habituellement avec plus ou moins de douceur. Dans Les Malheurs de Sophie, adaptés de la comtesse de Ségur, ils ne sont pas seulement là pour épater la galerie. Ils racontent aussi, à leur façon, les angoisses de Sophie et notamment ses penchants morbides.

Confrontation avec la mort

Dans la scène la plus poignante du film, Sophie se comporte presque comme une meurtrière. Cachée sous une table du salon où sa mère et son père ont une discussion orageuse, elle oublie qu'elle serre dans sa main, sans doute un peu trop fort, l'écureuil qui s'est cassé deux pattes à cause d'elle, quelques minutes auparavant.

L'écureuil dessiné par Benjamin Renner dans <em>Les Malheurs de Sophie</em>. (Gaumont Distribution)

L'écureuil meurt au creux de sa paume. Le valet de la maison lui ôte la dépouille des mains. La petite fille, qui passe son temps à tout détruire, fait ainsi l'expérience concrète de la mort. Un peu comme dans Kill Bill, c'est à travers la figure d'un petit animal mignon (un poisson nommé Emilio, chez Tarantino) que l'enfant prend conscience de la mortalité des êtres.

Rebelote un peu plus loin dans le film, avec cette fois un hérisson qu'un homme de maison dégomme avec un fusil, laissant les petits épleurés. Cruauté du monde adulte, cette fois, mais aussi rappel du destin tragique que connaît la mère de Sophie dans le film, qui disparaît dans un naufrage. Le crapaud est quant à lui témoin d'une scène glaçante, où Sophie s'aventure sur une marre gelée, dans un élan de témérité qui confine au penchant suicidaire.

De la méchanceté des enfants

La douceur du trait de Benjamin Renner et la truculence de certains moments mettant en scène ces animaux sont d'autant plus poignants qu'ils contrastent avec ces sujets graves, morbides. Comme dans les plus beaux films sur l'enfance, à commencer par le classique Jeux interdits (1952), de René Clément, la rencontre avec la mort fait partie de l'apprentissage de la vie, petit.

Le hérisson des <em>Malheurs de Sophie</em>, dessiné par Benjamin Renner. (Gaumont Distribution)

Si Platon assure que "nul n'est méchant volontairement", la relative insensibilité de Sophie aux malheurs de ces animaux (une petite pensée pour les poissons de sa mère qu'elle découpe vivants) jette un peu plus le trouble sur sa personnalité : tantôt petite fille esseulée qui fait des bêtises pour attirer l'attention des adultes, tantôt vrai tyran en puissance, y compris envers ses semblables humains. Mais toute satisfaction individuelle n'existe-t-elle pas aux dépens des autres ?

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