Pulp Fiction a 25 ans : retour sur l'histoire d'un film culte

Pour célébrer les 25 ans de la Palme d'or de Pulp Fiction, on vous propose de replonger dans cette oeuvre culte avec un brin de nostalgie.

Une partie de l'équipe de "Pulp Fiction" à Cannes (1994)

Une partie de l'équipe de Pulp Fiction à Cannes (1994)

C'était il y a 25 ans. En 1994, le festival de Cannes offrait sa plus haute distinction à un film devenu instantanément culte : l'Odyssée sanglante et absurde de deux malfrats dans la cité des anges. Aux manettes, le jeune Quentin Tarantino, un ex-employé de vidéo club propulsé sur le devant de la scène deux ans plus tôt grâce à Reservoir Dogs, une sorte de huis clos narrant l'échec d'un braquage par une bande de gangsters.

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De manière inespérée, l'incroyable Pulp Fiction rafle la Palme d'or à Cannes. Un sacre qui ne fait pas l'unanimité et lui vaut quelques insultes vociférées dans la salle lors de la remise du prix par Clint Eastwood. Loin d'être déstabilisé, Quentin Tarantino répond par un furtif doigt d'honneur qui résume bien son cinéma : il se fout des conventions.

Le cinéaste a écrit les premiers jets de son Pulp Fiction bien avant d'avoir rédigé les scripts de Reservoir Dogs. En collaboration avec Roger Avary, le projet s'orientait au départ vers trois courts métrages étroitement liés, sous le nom de The Black Mask. Un hommage à la revue policière du même nom, le magazine de "pulp" le plus connu. À l'époque, les deux hommes pensent confier la réalisation à trois cinéastes.

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C'est donc après avoir réalisé Reservoir Dogs que Tarantino reprend le projet. Il finit par en faire un long métrage en trois parties, toujours avec Avary. Après cinq mois d'écriture dans la capitale des Pays-Bas, l'histoire est présentée à plusieurs sociétés de production qui le refusent toutes. Finalement, Miramax, co-présidée par un certain Harvey Weinstein et son frère Bob, immédiatement séduit par le script, rachète les droits. Les choses sont prises en main : le film est doté d'un budget de 8 millions de dollars. Huit millions qui seront rentabilisés lors du premier week-end d'exploitation en salles.

Un casting mythique

Une fois le budget établi, il est temps pour Tarantino de sérieusement se pencher sur le casting. Et les choses se corsent. Car comme le rappelle Vanity FairHarvey Weinstein ne voulait pas donner le rôle de Vincent Vega à John Travolta. Selon Mike Simpson, l’agent de Tarantino chez William Morris Endeavor :

John Travolta, à l’époque, c’était plus mort que mort. Il était un moins que rien.

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Si Tarantino n'avait pas eu le dernier mot, on aurait pu passer à côté de l'incroyable performance de l'acteur de Grease.

John Travolta et Samuel L Jackson

John Travolta et Samuel L Jackson

Tarantino refuse également de se plier aux diktats des producteurs concernant l'actrice qui interprétera la sulfureuse Mia Wallace. Si Miramax Films souhaite engager Holly Hunter ou Meg Ryan, le cinéaste insiste pour avoir Uma Thurman. Dans sa tête de réal, une envie : lui faire porter une perruque brune coupée au carré en hommage à Anna Karina, une des comédiennes fétiches de Jean-Luc Godard.

Mais du côté de l'actrice, accepter un tel rôle n'était pas une évidence. À l'époque, Uma Thurman a 23 ans, est originaire d'une petite ville du Massachussets et s'est faite connaître dans Les Liaisons dangereuses (1988) de Stephen Frears.

Tarantino doit user de toutes ses armes pour la convaincre, d'après Uma Thurman :

Il n’était pas ce demi-Dieu vénéré qu’il est aujourd’hui. Je n’étais pas certaine de vouloir le faire parce que je m’inquiétais à propos de Gimp [le personnage-objet-sexuel habillé de cuir sortant d’une cage, ndlr].

Nous avons eu de longues discussions mémorables où nous avons comparé le viol d’un homme à celui d’une femme. Personne ne croirait que j’ai hésité une seule seconde. Je ne peux même pas le croire moi-même, en fait.

Pour décrocher le rôle de Marsellus Wallace, une seule audition suffit à Ving Rhames. Le personnage de Jules Winnfield a quant à lui été écrit par Tarantino spécifiquement pour Samuel L. Jackson. Cependant, l'acteur manque de se faire voler son personnage après une première audition décevante. Mais cette fois, c'est Harvey Weinstein qui y croit.

Richard N.Gladstein, un des producteurs du film, se souvient d'un Samuel L. Jackson complètement habité par son personnage lors d'une audition de la dernière chance :

Sam est venu avec un hamburger dans une main et une boisson dans l’autre et il puait la junk food. Il est entré en buvant et en mangeant son hamburger tout en nous regardant. J’ai eu peur. J’ai cru qu’il allait nous tirer une balle dans la tête. Ses yeux sortaient de sa tête.

Tarantino est obligé de l'admettre : le costume de Jules colle parfaitement à l'acteur.

John Travolta et Bruce Willis

John Travolta et Bruce Willis

Enfin, Bruce Willis, véritable vedette de l'époque, manifeste son intérêt pour Pulp Fiction après avoir été approché par Harvey Keitel. Comme les autres comédiens, il décide de baisser son cachet pour participer au film. Et puisque le rôle de Vincent Vega est déjà attribué, il hérite de celui de Butch, le boxer.

Tarantino se remémore :

Quand j’ai eu Bruce Willis, Harvey a eu sa vedette et nous étions partis.

Nouvelle vague et série B

Une fois le casting bouclé, le tournage du film commence en septembre 1993 à Los Angeles. Et Tarantino voit grand. Malgré un budget limité à 8 millions de dollars, il souhaite que son long métrage ait l'air d'une super production. "Je voulais qu'il ressemble à une épopée [...] dans tous les domaines : l'inventivité, l'ambition, la durée, le cadrage. Tout excepté le coût", explique t-il.

Le film est bouclé en dix semaines, sur une pellicule 50 Asa, afin qu’il n’y ait pas de grain, pour une image la plus proche possible du procédé Technicolor des années 50.

Et selon l'actrice Maria de Medeiros, qui joue Fabienne, la compagne de Bruce Willis dans le film, sur le tournage règne une ambiance "très décontractée" :

Il y avait une ambiance de film d’amis et de film d’auteur. Tous les gens qui étaient là, et qui sont de grandes vedettes, étaient très conscients de faire un film, d’abord avec un budget dérisoire par rapport à ce à quoi ils étaient habitués, et ensuite de faire un film avec un grand artiste. Il y avait cette ambiance-là, de film indépendant. Ça les amusait. Tout le monde était très décontracté.

Par ailleurs Pulp Fiction est bourré de références et s'inspire de plusieurs genres cinématographiques. Tarantino arrive à conjuguer comme personne ses influences de série B et celles de la Nouvelle Vague. Ainsi, hormis la coupe à la Karina de Thurman, la séquence culte de danse s'inspire d'une scène de Bande à Part de Godard, que le réalisateur a montrée aux acteurs pendant le tournage.

Uma Thurman raconte d'ailleurs que parmi toutes les scènes stressantes du film, c’est pourtant celle où elle twiste avec John Travolta qui l’a le plus intimidée. Elle explique qu'elle se sentait "maladroite, embarrassée et timide".

On retrouve également une autre référence à la Nouvelle Vague dans l'association des prénoms portés par les personnages Jules et Jimmy, en hommage au film Jules et Jim de Truffaut. Tarantino, qui a longtemps rêvé de devenir acteur, décide pendant le tournage de se glisser lui même dans la peau du très nerveux Jimmy. Résultat, une séquence d'anthologie.

Si globalement le tournage n'a pas rencontré de problèmes particuliers, la scène la plus difficile à tourner selon le réalisateur a été celle de l'injection de l'adrénaline. Elle a nécessité de nombreuses prises et a en réalité été filmée à l'envers, John Travolta retirant la seringue de la poitrine d'Uma Thurman, avant d'être inversée au montage.

La musique, fil conducteur de l'action

Comme pour tous ses films, Tarantino a apporté un grand soin à la bande-originale de Pulp Fiction : un mélange de rock américain, de surf music, de pop et de soul. Outre l'utilisation du titre "You Can Never Tell" de Chuck Berry dans la scène de twist, on retient notamment l'interprétation de "Misirlou" par Dick Dale, que l'on peut entendre lors du générique de début.

Et à l'origine, la chanson a été chantée pour la première fois en 1927 en Grèce par l'orchestre de Rebetiko de Michalis Patrinos.

Pour Tarantino, musique et images ont toujours été liées pendant l'élaboration d'un projet, comme il l'explique dans une interview accordée au New York Times :

J’ai une énorme collection de disques que je range dans une pièce spéciale à côté de ma chambre. Cela ressemble à la boutique d’un disquaire d’occasions, avec des posters et des bacs répartis par genres [...].

Quand je suis prêt à écrire un nouveau film, ou que je pense à une histoire et que je pars de zéro, je vais dans cette pièce et essaye de trouver de la musique pour le film – d’autres BO, des chansons, peu importe. Lorsque je trouve quelques morceaux, je me rapproche un peu plus de la concrétisation du film. Qui sait si ces deux ou trois chansons finiront dans le film? Mais cela me permet d’avancer.

Pulp Fiction fait partie des - trop rares - oeuvres qui réconcilient le public et la critique. Cette aventure délirante et grandiose parsemée de répliques inoubliables et de séquences cultes est construite à travers des récits déstructurés. La narration éclatée sous la forme de films à sketchs nous plonge dans un microcosme qui mêle avec brio ultra-violence, humour noir, ironie et situations décalées.

L'une des plus grandes forces du film réside dans la galerie de personnages, dans laquelle les gangsters et les truands sont aussi typés que dans les Pulp magazines - dont Tarantino s'est directement inspiré pour l'affiche et le titre de son chef-d'oeuvre.

En mettant en scène ses chers bad boys au coeur de situations du quotidien, le cinéaste les humanise : quoi de plus jouissif que d'entendre des malfrats sanguinaires discuter passionnément de... Big Mac ? Dans Pulp Fiction, il parvient à nous faire rire avec des sujets noirs et glauques (meurtres, overdose, viols) et montre l'étendu de sa virtuosité artistique. En somme, l'apanage d'un grand réalisateur.

-> À écouter : 25 titres des BO de Tarantino pour 25 ans de carrière

Par Constance Bloch, publié le 23/05/2014

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