Trailer : la terrible expérience de la prison de Stanford adaptée en film

Un film présenté à Sundance retrace l’histoire d’une expérience de psychologie sociale aussi célèbre que controversée, dans laquelle des étudiants de Stanford sont volontairement placés dans des conditions carcérales.

Le matin du 17 août 1971, vingt-quatre jeunes hommes vivant dans la région de Palo Alto sont arrêtés à leur domicile, sous les yeux de leurs voisins. Coupables de cambriolage et de vol à main armée, ils sont menottés, emmenés au commissariat local, puis placés dans une cellule mobile et aveuglés. Lorsqu’on leur enlève enfin le bandeau et les menottes, ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils se trouvent, mais sont certains d’une chose : leur liberté de mouvement leur a été supprimée.

Tous sont de jeunes étudiants d’université. Tous, après une série de questions déterminant leur situation familiale, sociale et professionnelle, ont été jugés "normaux". Tous se sont portés volontaires pour être enfermés dans une prison factice, construite dans les sous-sols de l’université Stanford, pour tenter d’évaluer les effets de l’incarcération sur l’être humain. L’étude est commanditée par l’armée US, qui souhaite alors comprendre les mécanismes de conflit au sein des prisons.

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Le film The Stanford Prison Experiment revient sur cette expérience :

Prisonniers contre gardiens

Philip Zimbardo, le psychologue en charge de l’expérience, divise les participants en deux groupes, de manière arbitraire. Comme dans ces jeux de rôles enfantins faisant s’affronter l’autorité et l’interdit, certains seront les prisonniers tandis que les autres joueront les gardiens. Ici, néanmoins, le réalisme est de mise : les prisonniers sont fouillés à nu et obligés de porter une robe de chambre numérotée, sans avoir le droit de porter de sous-vêtements. Leur nom est remplacé par leur numéro. Leur tête est couverte d’un bas nylon, censé simuler la coupe rase en vigueur dans les établissements pénitentiaires. Une lourde chaîne entrave leurs chevilles.

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Les gardes, de leur côté, se voient offrir toute la panoplie du chefaillon : uniforme kaki, matraque de bois et lunettes d’aviateur, afin d’éviter tout contact oculaire. La violence physique est proscrite mais les gardes peuvent menacer, sanctionner et punir à leur guise. Zimbardo, le psychologue, prend lui-même part à l’expérience en endossant l’uniforme du superviseur de la prison, mais laisse les gardes gérer l’établissement pénitentiaire comme ils le souhaitent.

L'homme est un loup pour l'homme

L’expérience devait initialement durer deux semaines. Après 24 heures de simulation, le dispositif expérimental de Zimbardo explose : les faux gardes deviennent d’authentiques sadiques, maltraitant physiquement et psychologiquement des faux détenus ayant quant à eux perdu toute velléité de rébellion. Privations, humiliations, harcèlement physique et sexuel ont lieu quotidiennement.

La prison devient rapidement insalubre. Les gardes choisissent de continuer à travailler la nuit, pensant les caméras de surveillance éteintes, pour se livrer à plus de tortures. Au cours de l’expérience, l’un des sujets – le prisonnier 416 - entame une grève de la faim. Zimbardo, parfaitement au courant de ce qui se passe, laisse faire.

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Après six jours à ce régime, Christina Malsach, amie intime de Zimbardo, visite la prison et, horrifiée par ce qu’elle voit, demande au psychologue d’interrompre immédiatement l’expérience. Zimbardo notera que sur la cinquantaine d’observateurs ayant visité les lieux durant six jours, parmi lesquels les familles des faux détenus et d’autres psychologues, ce fut la seule personne à remettre en cause la moralité de l’expérience.

stanford

Une image tirée du film The Stanford Prison Experiment

Aujourd’hui, l’expérience de Stanford, devenue l’une des  plus controversées de la psychologie sociale, est utilisée pour démontrer que le comportement humain n’est que l’adaptation à un contexte et non une caractéristique individuelle. Selon Zimbardo, lorsqu’un groupe se retrouve immergé dans une idéologie et une structure institutionnelle bien définie, il agit conformément à ce que l’on attend de lui, indépendamment des son caractère personnel.

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En d’autres termes, n’importe lequel d’entre nous, placé dans des conditions spécifiques, peut potentiellement devenir un monstre et agir comme tel, l’obéissance prenant le pas sur la morale personnelle. Ce mécanisme est poétiquement appelé "l’effet Lucifer". Hobbes 1, Rousseau 0: l'Homme ne serait donc pas un "bon sauvage" mais bien un loup pour ses congénères.

Zimbardo, Milgram...et les autres

Le film qui retrace l’expérience de Stanford, présenté a Sundance et prévu en salles le 17 juillet, est la troisième fiction a se pencher sur le cas de Stanford après L’Expérience, sorti en 2003, et son remake US, avec Adrian Brody et Forrest Whitaker, The Experiment. Par le passé, Arte et la BBC y sont également allées de leur documentaire.

Par son dispositif controversé et ses résultats terrifiants, l’expérience de Stanford se rapproche de celle de Stanley Milgram (réalisée entre 1960 et 1963) - récemment mise en scène par France 2 dans une téléréalité glaçante - dans laquelle des cobayes, sous l’influence d’une fausse autorité scientifique, infligeaient des chocs électriques mortels (factices, évidemment) à d’autres être humains sans questionner la moralité de leurs actes. De même, l’expérience de la « troisième vague », menée en 1967 par un professeur de lycée de Palo Alto (décidément) et ayant inspiré le film La Vague en 2008, est une preuve supplémentaire d'abandon du sens moral au profit de l'obéissance aveugle.

Dans ces trois cas, cependant, de fortes critiques ont été émises au sujet de la validité des études, souvent considérées comme biaisées par les sujets eux-mêmes, certains d'entre ayant pleinement conscience du rôle de tortionnaire qu'ils jouaient. Pourtant, l'affaire de la prison américaine d'Abou Ghraib, en Irak, fermée après la publication de photos montrant des prisonniers subissant tortures et humiliations, est l'illustration, malheureusement bien réelle, de l'effet Lucifer. Dans ce cas précis, l'expérience aura duré trois longues années.

Par Thibault Prévost, publié le 22/06/2015

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