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Avec Douleur et Gloire, Pedro Almodóvar est en route pour la Palme d’or

Présenté en compétition, le dernier film d’Almodóvar est un puzzle sur la vie du cinéaste, en proie à ses souvenirs.

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur. Aujourd’hui, place au nouveau film de Pedro Almodóvar, Douleur et Gloire.

C’est quoi ?

Entouré de ses comédiens fétiches, Pedro Almodóvar raconte dans Douleur et Gloire son histoire à travers un cinéaste fictif incarné par un Antonio Banderas grisonnant. Ce sera le messager de Pedro Almodóvar, reclus entre les quatre murs de son appartement luxueux, en proie à la maladie et aux souvenirs. Sur sa table traînent des invitations par paquets, indiquant combien son art a compté et combien le temps a passé, sans le ménager.

Convié par la Cinémathèque de Madrid à présenter son chef-d’œuvre ultime, Sabor, le cinéaste hésite à accepter, la faute à un clash médiatisé avec son acteur principal. Rongé par cet épisode, il décide de revoir ce film avec un nouveau regard. Il recontacte le comédien et le convainc de faire la présentation du film en duo.

Ils se retrouvent comme deux ados et se replongent dans leur tournage houleux tout en se défonçant à l’héroïne, histoire d’apaiser les esprits. À travers ces trips, le cinéaste entrevoit son enfance : sa mère sévère, la misère, ses premiers émois amoureux… Mais quand il revient dans la réalité, son ex-comédien déniche un de ses scénarios très personnels.

Mais c’est bien ?

L’écriture sensible et délicate de Douleur et Gloire nous emmène dans l’univers intime de Pedro Almodóvar, puisqu’on est clairement face à un film autobiographique. En famille, presque, il redirige ses acteurs fétiches en utilisant deux temporalités : l’enfance et l’âge adulte. Un rythme qui permet de créer deux atmosphères, l’une solaire, l’autre sombre et pessimiste.

S’il a bâti une carrière monumentalement longue de 40 ans de cinéma, le réalisateur espagnol n’a rien perdu de son talent, restant fidèle aux thèmes qui lui sont chers : la drogue, la maternité et l’homosexualité.

Cette perle colorée pose la question de l’inspiration des artistes et de leur pudeur à travers leurs créations : comment un film peut être un puzzle de brefs moments d’évènements réels nourrissants, prêts à enrichir la fiction ? Comment un cinéaste se cache derrière ses personnages et jusqu’où peut-il aller, dans ses révélations, pour qu’on lui foute la paix ?

Cette réflexion autocentrée est la pièce maîtresse de ce film merveilleux qui montre des personnages moins bavards et excentriques qu’à ses débuts, puisqu’ils ne se battent plus pour les mêmes causes. Ici, Pedro Almodovar fait face à ses 69 ans, laissant penser que l’écriture de Douleur et Gloire a été, quelque part, thérapeutique.

Ce qui est certain, c’est qu’après avoir couché sur pellicule ses souffrances, il pourrait bien se diriger vers la gloire, en gagnant la récompense ultime, à savoir la Palme.

© El Deseo

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’acteur qui tire son épingle du jeu : Antonio Banderas

La principale qualité : la sincérité

Le principal défaut : le montage aurait pu être resserré

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : toute l’œuvre d’Almodóvar.

Ça aurait pu s’appeler : Almodóvar, ma vie, mon œuvre

La quote pour résumer le film : "Le film le plus sensible d’Almodóvar"

Par Lucille Bion, publié le 19/05/2019

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