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On a parlé avec Eddie Murphy de la sortie d’Un prince à New York 2 et c’est un pur régal

Publié le

par Aurélien Chapuis

Dans cette suite du film culte de 1988, Eddie Murphy est de retour avec son humour grinçant et contagieux. Rencontre.

Cette année, Eddie Murphy a décidé d’offrir une suite à un de ses films les plus emblématiques, Un prince à New York. Avec un casting quasiment exclusivement afro-américain, le comédien et producteur souhaitait donner une plus grande visibilité aux minorités dans le monde du cinéma. Il avait déjà lancé le mouvement sur le très réussi Dolemite Is My Name avec le réalisateur Craig Brewer (Hustle and Flow, Black Snake Moan) en 2019, où il rendait hommage à l’un de ses modèles, Rudy Ray Moore.

Avec Un prince à New York 2, Eddie revient aux racines de sa comédie, irrévérencieuse et tordant les clichés, 33 ans après le premier film. Ce retour du prince Akeem est une opération séduction signée Craig Brewer, qui l’éloigne des succès destinés à la jeunesse de sa deuxième partie de carrière comme Shrek, Pluto Nash ou Dr. Dolittle.

Ces deux films sont les symboles d’une époque pleine de nostalgie pour ce génie de la comédie américaine, le plus grand humoriste afro-américain. On a eu la chance de parler (rapidement) de tout cet univers avec Eddie Murphy lui-même, accompagné d’Arsenio Hall, son génial compagnon depuis le premier film.

Un prince à New York, le point culminant des années 1980 d’Eddie Murphy

En 1988, Eddie Murphy est une superstar. Nouveau génie du stand-up, l’humoriste devient un incontournable du Saturday Night Live et attire les foules avec ses spectacles Delirious en 1983 puis Raw en 1987, qui sort carrément au cinéma avec un budget de plus de 50 millions de dollars. Et entre ses deux spectacles, Eddie Murphy infiltre le monde du cinéma. C’est une réussite totale.

Après la comédie d’action 48 heures, en duo avec Nick Nolte, puis le superbe Un fauteuil pour deux, réalisé par John Landis en 1983, le comédien atteint le Graal avec Le Flic de Beverly Hills en 1984. Il devient alors l’acteur le plus connu au monde dans les années 1980. Et la personnalité afro-américaine la plus importante après Michael Jackson.

En 1988 donc, Eddie Murphy renoue avec l’humour du Saturday Night Live et le réalisateur John Landis pour produire un film très important dans sa carrière : Un prince à New York. Il y développe une marque de fabrique que l’on retrouvera ensuite dans bon nombre de ses films, notamment l’incarnation de plusieurs personnages, comme le faisait son modèle Peter Sellers dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick par exemple. Cette multiple incarnation devient la patte d’Eddie Murphy dans Le Professeur foldingue et ses suites.

Ainsi, dans la fameuse scène du barbier, Eddie Murphy joue trois personnages différents tandis qu’Arsenio Hall en joue deux. Plus tard, les deux compères incarneront les personnages désormais cultes du chanteur mielleux Randy Watson et du Révérend Brown qui, depuis 1988, ont alimenté de nombreuses reprises et parodies. D’ailleurs, quand on demande à Eddie quel personnage il a préféré reprendre pour cette suite, il parle directement de Randy :

"Mon préféré, ça reste vraiment Randy Watson, qui arrive à la fin du film. Pouvoir rejouer ce personnage mythique pour le public et faire un concert avec les mêmes membres du groupe que dans le premier film, c’était fou. C’est exactement les mêmes membres que Sexual Chocolate, quel plaisir."

Et Arsenio Hall d’ajouter : "C’est sûrement aussi ma scène préférée, parce que je me rends compte à quel point elle était dure à tourner. Eddie me faisait mourir de rire à chaque phrase, c’était impossible à jouer. Et encore maintenant, quand je vois le film, c’est la scène qui me fait le plus rire."

Eddie Murphy nous balance même une information exclusive : "J’aime tellement le personnage de Randy Watson qu’à un moment j’ai pensé à faire un film uniquement basé sur lui. Je ne sais pas s’il arriverait à tenir un film entier parce que c’est vraiment un personnage hystérique dans tous les sens du terme, mais c’est vraiment celui qui n’a jamais arrêté de me faire rire pendant toutes ces années."

Mais Un prince à New York offre aussi et surtout un nouveau visage à la communauté afro-américaine avec un casting quasiment exclusivement noir et une vision de la royauté africaine avec le Zamunda. Quand on lui demande pourquoi le film est devenu aussi culte, Eddie Murphy dit simplement :

"C’est le premier film avec un casting 100 % noir qui a vraiment fait le tour du monde. Et je pense que c’est parce que c’est une histoire universelle sur une épopée familiale, une quête de l’amour face à la tradition et sur comment faire ce qu’il faut. C’est un arc narratif dans lequel tout le monde peut se retrouver.

Je pense que ça a donné à voir un nouveau visage de la communauté afro-américaine, très unique, on est en 1988. C’est un scénario qui ne parle pas uniquement des problèmes de la communauté au sein des États-Unis, de manière très locale. C’est vraiment un film dont tout le monde peut comprendre l’enjeu à travers le monde. Et bon, c’était aussi très, très drôle [rires]."

Le retour au Zamunda

Alors qu’une grande partie du premier film voyait le prince Akeem se confronter à l’hostilité du Queens à New York, cette suite est centrée essentiellement sur le Zamunda, avec un potentiel héritier venant du Queens qui retrouve son père (Eddie Murphy) dans son pays d’origine. Quand on demande à Arsenio Hall ce que représente le Zamunda, il nous dit en rigolant : "C’est la version africaine d’Atlanta."

En effet, cette suite du Prince à New York se déroule en grande partie dans ce pays africain fictif, qui a déjà alimenté de nombreuses reprises comme le très bon clip "Put Your Hands Where My Eyes Could See" de Busta Rhymes en 1997.

Le Zamunda est devenu une satire, mais aussi une fierté. Une fierté qu’on peut d’ailleurs retrouver dans le film Black Panther en 2018. Quand on y regarde de plus près, le royaume du Wakanda peut être considéré comme un descendant du Zamunda, en plus technologique et guerrier. Eddie Murphy nous dit :

"C’était un plaisir incroyable de revenir dans le monde du Zamunda, ce pays imaginaire qui était devenu si tangible pour de nombreux spectateurs à travers le monde. Tellement de gens se le sont approprié depuis. Ce qui était vraiment génial pour moi, c’était aussi d’y retourner avec tout le casting originel d’il y a 33 ans. C’était vraiment un tournage plein d’enthousiasme et hyper chaleureux."

Un prince à New York 2 est une suite sincère et réussie, qui joue le jeu de la nostalgie avec un retour de tous les acteurs et actrices du premier volet. Mais c’est aussi un film qui s’ouvre à la jeune génération, tant dans l’aspect social que dans l’humour. Ainsi, Leslie Jones et Tracy Morgan offrent une bouffée d’air frais avec leurs interprétations, et leurs blagues relancent complètement les interactions avec Eddie Murphy et Arsenio Hall, toujours constants et parfaits dans le jeu.

Quand on demande à Eddie Murphy la principale différence entre les deux films, il nous dit :

"Dans le deuxième, à la fin de la journée, mon dos me faisait extrêmement mal [rires]. Ce n’était pas du tout le cas du premier. C’était il y a plus de 30 ans. Pour le premier, j’avais seulement 27 ans, c’est fou. Maintenant, j’ai 59 ans. Rien que les cinq ou six heures de maquillage, c’est extrêmement fatigant. C’est vraiment un autre monde quand tu es plus âgé, les costumes, l’action, le maquillage… Jouer dans un film comme 'Un prince à New York 2' est un travail physiquement plus dur à faire maintenant qu’il y a trente ans."

Arsenio Hall renchérit : "Franchement, dans le premier film, quand Eddie me donne un coup de pied, je le sentais à peine, j’avais 20 ans, c’était facile. Dans celui-ci, je l’ai senti vraiment très fort." Eddie Murphy répond : "Je me suis excusé directement, j’ai vraiment senti que j’avais frappé trop fort le lendemain parce que j’avais le pied enflé. On n’a plus l’âge de faire ça [rires]."

Le duo Eddie/Arsenio continue d’ailleurs de faire des miracles dans ce nouveau film et Eddie explique : "On ne s’est jamais lâchés avec Arsenio, c’est le parrain de ma fille et on se parle au moins deux fois par semaine depuis 35 ans. Ce qui est fou, c’est qu’être ensemble sur un tournage, ça n’a pas changé. On passe toujours notre temps à rigoler, à se faire des blagues."

Un humour plus moderne et inclusif

Ce nouveau Prince à New York renouvelle aussi son humour en étant plus inclusif. Là où John Landis filmait de manière plus provocatrice avec des dérapages parfois limites, Craig Brewer est plutôt dans la célébration positive tout en gardant totalement l’esprit du premier film. En plus de Leslie Jones qui crève l’écran, il y a aussi beaucoup plus de personnages féminins marquants dans cette suite, notamment les trois filles du prince Akeem, jouées par l’excellente KiKi Layne (If Beale Street Could Talk), Bella Murphy (la fille d’Eddie) et Akiley Love. On sent d’ailleurs une véritable transmission entre les aînés, casting du premier film, et la nouvelle génération d’acteurs et actrices.

Quand on demande à Eddie et Arsenio quels sont leurs conseils pour ces jeunes comédiens, ils restent très simples : "Je n’ai pas vraiment de conseil pour réussir dans ce métier, dit Eddie. Si tu veux être un humoriste ou que tu es déjà un humoriste, tu sais déjà au fond de ton cœur que tu es drôle. Il n’y a absolument aucune recette. Il faut juste t’écouter."

Et Arsenio Hall appuie : "Je pense vraiment que suivre son cœur, c’est la phrase clé dans ce que vient de dire Eddie. S’il y a quelque chose que tu aimes vraiment à fond dans la vie et que ce n’est pas ce que tu fais actuellement, lâche tout et fais-le. Ne fais pas ça tant que tu ne l’aimes pas à fond et que tu ne peux pas vivre sans."

Plus de 30 ans après, l’héritage d’Un prince à New York est intact avec cette version qui plaira aux fans du premier film comme à la jeune génération, qui découvre maintenant ces personnages iconiques. La transmission est assurée. Il faut juste suivre son cœur.

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