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Nos 5 films coups de cœur au festival des Arcs

Publié le

par Lucille Bion

Une panthère introuvable, un improbable duo et des trains en grève.

Pour la treizième année, le festival des Arcs continue à promouvoir la diversité du cinéma européen. Du 11 au 18 décembre 2021, 120 films venus des quatre coins de l’Europe, longs-métrages, courts-métrages ou documentaires, sont présentés au public, au cœur du domaine skiable des Arcs. Action, road movie, thriller et comédie, tous les genres sont permis.

Samedi 18 décembre, le président du jury Michel Hazanavicius remettra la Flèche de cristal à l’un des dix films en compétition. En attendant, Konbini vous livre ses coups de cœur en direct des sommets enneigés, entre une panthère introuvable, un improbable duo et des trains en grève.

#1. La Panthère des neiges

Le photographe Vincent Munier et l’écrivain Sylvain Tesson nous embarquent dans les hauts plateaux tibétains, à la quête d’une discrète panthère des neiges. Munie de sa caméra, Marie Amiguet suit à la trace ce duo, oscillant tantôt entre l’art délicat de l’affût et les monologues poétiques plaqués sur un paysage sublime qui défile pendant 92 minutes.

Sans aucune prétention de mise en scène, la cinéaste capture l’instant au gré des rencontres animales. Sous les températures parfois glaciales pouvant aller de -25 °C à -35 °C, c'est un comme un monde irréel que donne à voir La Panthère des neiges. Entre quelques réflexions sur notre monde occidental et des émerveillements légitimes, on mesure la chance qu’a eu la petite équipe de pouvoir entrapercevoir ce spectacle environnemental.

La quête de la perle rare n’est finalement qu’un prétexte pour nous rappeler combien la nature est belle. Le film avait d’ailleurs été présenté en avant-première au Festival de Cannes, dans la nouvelle sélection du Cinéma pour le climat. Un beau moment d’évasion, dont Sylvain Tesson a évoqué l’importance lors d’une interview pour Konbini :

#2. Entre les vagues

Avec un premier film incisif et rempli d’énergie, Anaïs Volpé s’impose comme une réalisatrice prometteuse pour dépoussiérer le cinéma français. Elle prend la relève avec Entre les vagues, un récit d’amitié puissant et habité par ses comédiennes. Souheila Yacoub (puissante dans Climax ou Les Sauvages) et Déborah Lukumuena (l’étoile de Divines) jouent deux amies férues de théâtre. Lorsque l’une est prise pour interpréter le rôle principal d’une pièce, l’autre est amenée à faire sa doublure. Solidaires et appliquées, les deux amies vont se stimuler pour servir au mieux ce personnage qu’elles partagent, jusqu’à ce que l’une d’entre elles lutte contre son système immunitaire défaillant, offrant à l’autre l’occasion de briller.

Tourné entre deux vagues de Covid, et donc deux confinements, le film transpire d’ardeur, propice à cette production unique, drôle et déchirante. Une cinéaste à suivre de près.

#3. À plein temps

Depuis que Laure Calamy a déserté l’agence ASK de Dix pour cent, le cinéma lui déroule le tapis rouge. Dans À plein temps, l’actrice incarne une mère célibataire jonglant entre sa vie de famille, son travail chronométré dans un palace et les grèves de Paris. Cette vie impossible, dans un Paris crade et bordélique, est rythmée par une musique angoissante, rendant ce parcours hypnotisant. En portant le film à elle seule, Laure Calamy a réussi à décrocher un prix à Venise pour sa prestation haletante. Combo : Éric Gravel a, lui aussi, reçu l’Orizzonti du Meilleur réalisateur.

Étourdissant et flamboyant, À plein temps illustre avec brio une nouvelle typologie de personnage féminin. Coincée entre sa vie de famille et les aléas d’une société en crise, l’héroïne rappelle les heures sombres qu’ont traversées les Parisiens, avant que la pandémie ne vienne paralyser un peu plus le tableau. Intense et angoissant, cette pépite prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs.

#4. Robuste

Deuxième film pour Déborah Lukumuena sous les sommets enneigés des Arcs et seconde réussite. Cette fois-ci, l’actrice césarisée pour Divines incarne Aïssa, une lutteuse de haut niveau et agente de sécurité chargée d’assurer la protection de Georges, un vieil acteur bougon et fatigué du grand cirque du cinéma, incarné par Gérard Depardieu. Georges râle, plante son producteur, méprise son réalisateur, prend la poudre d’escampette à tout bout de champ et c’est évidemment un alter ego de notre Gérard national dans un double très réaliste, qui forcément excelle et nous fait sourire.

Face à lui, Déborah, tout comme Aïssa, ne se laisse pas impressionner par ce personnage qui en impose. L’actrice et le personnage qu’elle incarne parviennent rapidement à trouver leur place, grâce à une évidente intelligence humaine et au profond respect qu’elles nourrissent pour l’homme en face d’elles.

Il n’y a aucun propos politique dans Robuste. Aïssa a un physique atypique, elle est lutteuse et garde du corps. Mais après sa journée de travail, elle vit une vie de jeune fille comme les autres et s’en va retrouver son amant à la nuit tombée. Aïssa est aussi une femme noire et a en face d’elle un homme blanc et puissant, mais ce n’est pas la question, car on ne retrouve pas les habituels enjeux scénaristiques à l’œuvre dans ce genre de duo atypique, que tout oppose. On comprend immédiatement qu’ils s’entendront et se respecteront, avec beaucoup de pudeur et sans jamais envahir leur intimité respective.

Le film ne donne finalement qu’à voir leur relation et les liens qui se tissent entre eux et c’est bien suffisant. Aïssa et Georges sont les deux robustes du titre, mais ce sont surtout deux colosses aux pieds d’argile à la recherche de tendresse.

#5. Petite Nature

Pour son second long-métrage, l’acteur et réalisateur Samuel Theis a choisi d’offrir un prequel à Party Girl, son premier film inspiré de la vie de sa mère. Avec Petite Nature, il retourne à Forbach, en Lorraine, pour filmer une nouvelle autobiographie qui imaginerait la vie de sa mère plus jeune, dans une sorte de diptyque en réponse à son premier long-métrage.

Mais ici, le personnage principal n’est plus sa mère et la "petite nature", c’est Johnny, un enfant de 10 ans aux cheveux longs, interprété par Aliocha Reinert, une immense révélation. En réalité, l’enfant est tout sauf une petite nature et lutte de toutes ses forces pour échapper à sa condition et à sa cité HLM. En intégrant la classe de CM2 de monsieur Adamski, un jeune titulaire qui croit en son potentiel et l’ouvre à un nouveau monde, Johnny va s’éprendre de cet instituteur, attiré par son savoir, ses connaissances et son statut social.

En ces temps de libération de la parole autour du tabou de l’inceste et de la pédophilie, filmer cette histoire d’amour, bien qu’à sens unique, était une entreprise périlleuse. Mais en plaçant son film à hauteur d’enfant, en racontant l’histoire par ses yeux, et non en portant un regard sur lui, cela permet à Samuel Theis de traiter ce sujet épineux avec une infinie délicatesse. Et surtout, Samuel Theis filme son histoire avec responsabilité, répond très clairement à la question morale que pose son film et fait le pari de la pudeur.

Article écrit par Lucille Bion et Manon Marcillat.

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