NEW WAVE #6 : Alice Isaaz, la queen bordelaise

Ils sont jeunes, viennent d’un peu partout et vont prendre la relève du cinéma français. Après Finnegan Oldfield, Stéfi Celma, Rod Paradot, Déborah François et Corentin Fila, Alice Isaaz interprète la chanson la plus absurde de tous les temps dans ce nouvel épisode de la NEW WAVE.

Elle a débuté aux côtés de Mimie Mathy, dans Joséphine, ange gardien avant de donner la réplique sur grand écran à Vincent Cassel, Isabelle Huppert ou encore Fabrice Luchini. En six ans, Alice Isaaz a réussi une fulgurante ascension. L’an passé, elle a justement décroché un second rôle dans Elle de Paul Verhoeven, qui représentait la France aux Oscars.

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Cette forte tête est venue illuminer nos studios de sa classe entre un tournage et la promo d’Espèces menacées, sélectionné à la Mostra de Venise. Avec ce film, Gilles Bourdos lui a offert son plus beau rôle jusqu’ici : celui d’une femme battue, condamnée à se replier sur elle-même et satisfaire son partenaire violent. Du teen movie au film d’auteur grave et complexe, la queen bordelaise est définitivement bien installée dans la capitale, prête à conquérir le royaume parisien.

Après avoir retiré son bonnet et son sweat aux couleurs des États-Unis, Alice Isaaz retrouve toute son élégance pour son interview, à découvrir juste après une performance complètement WTF :

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Konbini | Quelle performance ! Il faut maintenant que tu nous expliques d’où elle vient, cette chanson.

Alice Isaaz | La Bamba triste, c’est une chanson de Pierre Billon, écrite en 1984, qui était passée totalement inaperçue. En 2010, on ne sait pas vraiment pourquoi, elle a fait le buzz sur Internet. La choisir, c’était un peu une private joke avec mes potes, on a bien rigolé dessus. Elle est tellement absurde [rires].

En fait, Pierre Billon a été le parolier de Johnny Halliday et a écrit cette chanson au moment où il a été écarté de l’équipe. Et derrière son absurdité, chaque parole de cette chanson a un sens pour lui. Il s’adresse à ses collègues. Il devait être désespéré, à la fin du clip on le voit même plonger dans l’eau alors qu’il fait -10 °C, tu te demandes ce qui lui est passé par la tête…

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Quel âge as-tu ?

26 ans.

Quelles sont tes origines ?

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Suisse, slovaque, française et espagnole.

Tu as des surnoms ?

Oh là là, j’en ai plein. Ça va faire une longue histoire, là ! [Rires.] C’est surtout mon mec, que je connais depuis dix ans mais avec qui je suis depuis trois ans, qui m’en donne. Tous les mois, il en a un nouveau. Le pire, c’est que tous mes potes le reprennent. Ça a commencé avec "Dino" car j’ai de petits pieds, puis "Gloups", "Blacks", etc.

D’ailleurs, j’ai une anecdote assez marrante sur mon prénom. Ma mère pensait me l’avoir dit mais je l’ai ignoré pendant très longtemps : en fait, je m’appelle Alice, par rapport au film de Woody Allen.

J’espère que tu le trouves cool, au moins, ce film ?

Mais tu sais que je ne l’ai encore jamais vu, alors que j’adore son cinéma ? Il faut vraiment que je le regarde.

Alice Isaaz et Vincent Cassel dans Un moment d’égarement. (© Mars )

On va peut-être revenir un peu sur ta jeunesse, tu as des parents dans le milieu du cinéma ?

Mes parents travaillent dans le milieu pharmaceutique, mais ma mère est très cinéphile. Avec mon père, ils vont au cinéma environ trois fois par semaine. Et comme je suis très occupée, avec mes tournages, etc., ce sont eux qui me conseillent de voir tel ou tel film.

J’ai aussi mon grand-père maternel, décédé maintenant, qui a joué dans Le Petit Bougnat avec Isabelle Adjani.

Tu voulais devenir comédienne, toi ?

Non, pas du tout. Ça s’est fait par hasard. J’ai fait un bac S et j’étais très angoissée à l’idée de ne pas savoir quoi faire. Quand j’ai joué dans mon premier court-métrage, j’étais entre la première et la terminale. J’ai vraiment respiré, c’était nouveau.

J’ai ensuite décidé de m’inscrire au cours Florent, sans me donner d’objectif particulier. Juste deux ans, je pouvais tout à fait reprendre mes études après. Mais finalement, tout s’est enchaîné tellement vite…

J’ai fait beaucoup de télé au départ : Joséphine, ange gardien, Victoire Bonnot, Les Petits Meurtres d’Agatha Christie… En revanche, je ne crache pas dessus. En ce moment, je suis à fond dans Le Bureau des légendes et je me dis que j’aimerais beaucoup faire une bonne série française.

Tu t’es fait repérer, c’est ça ?

Oui. J’étais en vacances à Anglet et j’ai passé une soirée au camping. Là-bas, j’ai rencontré un réalisateur, Jonathan Borgel : il m’a demandé si je faisais du théâtre et m’a fait passer une espèce de casting à l’arrache.

Au début, mes parents étaient très sceptiques, car c’est bizarre un mec que tu rencontres en camping, qui te dit qu’il te veut dans son film [rires]. Mais ils l’ont rencontré et m’ont dit de foncer. Ils m’ont laissée faire ce que je voulais, et pour ça, je leur suis très reconnaissante.

"Les comédiens sont souvent très mauvais juges quand il s’agit d’eux-mêmes"

Tu te souviens de ton premier casting ?

Non, bizarrement. Juste du premier que j’ai décroché : c’était pour Joséphine, ange gardien. J’avais l’impression de ne pas avoir convaincu le réalisateur, j’avais même hâte que ça se termine. Au final, il m’a rappelée. Ça prouve que les comédiens sont souvent très mauvais juges quand il s’agit d’eux-mêmes.

Tu commences à avoir un joli CV. Selon toi, quel film t’a révélée ?

C’est toujours un peu dur à dire. Il y a les films qui m’ont révélée médiatiquement, comme Un moment d’égarement, et d’autres qui m’ont rendue plus légitime dans le milieu comme Elle ou La Crème de la crème.

C’est une belle reconnaissance d’avoir fait Elle !

Pour moi, c’était inouï d’être choisie par Paul Verhoeven, de tourner avec Isabelle Huppert…

Elle est comment en vrai, Isabelle Huppert ?

Elle est géniale. Je pense que je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi passionné. Elle est très curieuse. C’est sûr qu’elle ne va pas te mettre une tape dans le dos mais, pardon, on s’en fout ! Elle est loin de l’image froide que certains lui donnent. Elle est très professionnelle. En plus, elle s’intéresse à toi, te pose des questions. Elle sait ce que tu as tourné avant, et ce que tu vas faire. Elle a ce désir d’apprendre. Une énergie folle.

Sur le tournage, elle était présente dans presque tous les plans, sinon toutes les séquences, et le soir, elle n’allait pas prendre un bain pour se détendre : non, elle allait au théâtre. Et quand tu te dis que sa pièce durait quatre heures… C’est impressionnant ! En plus, elle est fêtarde, drôle. Au Festival du film de Marrakech, c’était la première à vouloir aller au casino. Là-bas, elle observait la croupière et me disait : "Oh, regarde les gestes de la croupière, ça pourrait être un beau rôle." Elle observe tout, tout le temps.

Et toi, justement, tu rêves d’avoir quels rôles ?

Déjà, je trouve que j’ai eu de la chance de pouvoir varier autant mes rôles. On me dit parfois que je joue souvent la peste mais non, pas vraiment ce n’est pas mon impression. À part Les Yeux jaunes des crocodiles… En ce moment je tourne un film d’Emmanuel Mouret, Mademoiselle de Joncquières qui est une adaptation de Jacques le fataliste, de Diderot, dans lequel j’interprète le rôle de Mademoiselle de Joncquières : c’est bien la preuve que les gens arrivent à m’imaginer dans d’autres types de rôles.

Je m’estime chanceuse de n’être jamais cantonnée aux mêmes personnages. Avant, j’avais une agente et, lors de notre premier entretien, elle m’a demandé ce que je ne voulais surtout pas faire. Je lui ai répondu : les films d’horreurs. Franchement, je n’en regarde jamais, ça me fait trop peur. Mais maintenant, j’adorerais. Il y a plein de choses que je voudrais faire, mais j’ai encore le temps d’explorer plusieurs univers. Les biopics, par exemple, j’adorerais.

Tu as des talents cachés ?

J’ai fait du piano pendant onze ans, et de la danse classique. Mais je ne sais pas chanter, je suis paralysée à l’idée de chanter devant quelqu’un. Des fois, je me dis que je devrais prendre des cours. En tant que comédienne, ça pourrait m’aider à poser ma voix.

En ce moment, tu es à l’affiche d’Espèces menacées. Tu incarnes une jeune femme qui se coupe de sa famille à cause de son mari violent. C’est un rôle à la fois dur et magnifique…

Oui, c’est un rôle magnifique mais aussi très difficile. Je devais sans cesse faire preuve d’imagination car il n’y avait pas de scènes de violence à proprement parler. Je devais trouver à chaque fois l’état psychologique qui s’ensuit. C’est un très beau rôle pour une femme. C’est rare qu’il y ait d’aussi beaux rôles pour une actrice. Je remercie Gilles Bourdos, qui est un excellent metteur en scène, de m’avoir fait confiance. Je suis très fière de ce projet et j’espère qu’il ira loin.

Tu reviens tout juste de Venise, où tu présentais le film…

Oui, nous n’avons pas eu de prix mais nous avons eu de très bons retours de la presse, notamment américaine. Du Hollywood Reporter et de Variety. Je suis très contente.

Dans quoi pourra-t-on te voir prochainement ?

Comme je te le disais, je suis en ce moment sur le prochain film d’Emmanuel Mouret, avec Cécile de France et Édouard Baer, Mademoiselle de Joncquières. J’ai aussi tourné un film qui s’appelle La Surface de réparation de Christophe Regin avec Franck Gastambide. Et je viens juste d’apprendre que je serai dans le prochain film de Rémi Mazet avec Camille Cottin et Fabrice Luchini.

Une série qu’on a faite en pensant bien fort à Polo <3

Crédits :

  • Autrice du projet et journaliste : Lucille Bion
  • Direction artistique : Arthur King, Benjamin Marius Petit, Terence Mili
  • Photos : Benjamin Marius Petit et Jordan Beline (aka Jordif, le roi du gif)
  • La team vidéo : Adrian Platon, Simon Meheust, Maxime Touitou, Mike "le Châtaigner" Germain, Félix Lenoir, Mathias Holst, Paul Cattelat
  • Son : Manuel Lormel et Axel Renault
  • Remerciements : aux brillants actrices et acteurs qui ont participé, à Rachid et la team Konbini, aux SR, à Benjamin Dubos, Raphaël Choyé et Anis Aaram, les agents et attachés de presse : Matthieu Derrien, Karolyne Leibovici, Marine Dupont, Pierre Humbertclaude, Nina Veyrier.

Par Lucille Bion, publié le 23/10/2017

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