NEW WAVE #9 : Zita Hanrot, l’étoile de Marseille

Ils sont jeunes, viennent d’un peu partout et vont prendre la relève du cinéma français. Après Finnegan Oldfield, Stéfi Celma, Rod Paradot, Déborah François, Corentin Fila, Alice Isaaz, Benjamin Siksou et Arthur Mazet, Zita Hanrot débarque dans la New Wave, et c’est divinement bien.

Depuis que Philippe Faucon lui a offert le rôle puissant d’une fille d’immigrée étudiante en médecine dans Fatima, l’agenda de Zita Hanrot s’est bien rempli. C’est souvent le cas quand on reçoit un César du meilleur espoir. La jeune Métisse d’origine jamaïcaine a pourtant commencé sa carrière très jeune. Clips, courts-métrages, séries et films… Cette Marseillaise aux faux airs de Scarlett Johansson semble avoir déjà tout fait.

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Sortant des vieux cartons "Dieu m’a donné la foi", la chanson d’Ophélie Winter, elle se métamorphose en prédicatrice possédée, complètement allumée, avant d’enchaîner pour une interview toute douce :

Konbini |Quel âge as-tu ?

Zita Hanrot 27 ans.

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As-tu des surnoms ?

Je n’aime pas trop les surnoms en général, mais j’ai "Zitouille", qui vient de mes parents, et aussi "Zitounette" parce que "Zitoune", je crois que ça veut dire "huile d’olive" en arabe. Je ne suis pas du tout arabe, d’ailleurs.

Justement, quelles sont tes origines ?

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Ma mère est originaire de la Jamaïque et de la Guyane anglaise, en Amérique du Sud. Mon père vient de France, sa famille est originaire de Reims. Moi je suis née à Marseille et j’ai grandi là-bas.

L’année dernière, on a découvert à l’écran ton frère, Idrissa Hanrot, qui jouait dans Five. D’autres membres de ta famille ont un lien avec le cinéma ?

Ah oui ! [Rires.] Une de mes cousines, Valentine Milville, est très réputée en tant que scénariste et productrice. Mon frère est lui aussi producteur de cinéma et de pub, et effectivement, il a joué dans Five. Ça s’est fait un peu par hasard. Il fait l’acteur de temps en temps.

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Dans la famille, on travaille un peu tous dans la même chose et on est tous voisins… On s’est un peu constitué une équipe, c’est cool ! [Rires.]

Zita Hanrot dans Tank. (© Studio+)

Tu me disais que tu avais grandi à Marseille, quand es-tu venue à Paris ?

Mon frère est parti plus tôt que moi, il avait son agence de mannequin à Paris. Là, ça fait sept ans que je suis à Paris. Je suis venue quand j’avais 20 ans, après un voyage, pour me consacrer au théâtre. J’avais envie de me mettre dans une ambiance de concours, de prépa, pour entrer au Conservatoire.

C’est marrant, tu n’as plus du tout l’accent.

Non, mais dans ma famille, personne ne l’a. [Rires.] Tu sais, déjà si t’es métisse et qu’en plus t’as l’accent marseillais, t’es pas bien partie pour faire du cinéma, ça réduit vachement le spectre des rôles.

Oui, tu peux vite être vite cataloguée. Pareil pour Fatima, il ne faudrait pas que ce personnage te colle trop à la peau.

Pour Fatima, le réalisateur savait très bien que je n’étais pas du tout arabe, mais c’est quand même une culture dont je me sens proche. En étant à Marseille, en ayant grandi parmi les Maghrébins… À l’école, tous mes potes parlaient arabe, par exemple.

L’inquiétude que j’avais sur Fatima, c’était surtout que l’on ne croie pas à la famille, car celle qui joue ma petite sœur est assez claire de peau, comme la mère. Dans le film, on me parlait souvent en arabe aussi, et j’avais peur de rater le coche, de ne pas capter les répliques.

Tu ne parles pas du tout arabe ?

Pas du tout, j’ai appris sur le plateau et, au fur et à mesure, mon oreille s’est habituée à la langue. Le coauteur du film est marocain, donc il m’expliquait des choses, traduisait pour moi. Quand tu baignes un mois dans une langue, tu commences à prendre, comprendre certains mots. J’ai appris certains mots avec des signes.

Et puis, tu as eu ton César…

Oui, ça s’est vachement accéléré. C’est l’usine maintenant ! [Rires.] Non, je plaisante, mais ça s’est vraiment densifié d’un coup : je rencontre de nombreux metteurs en scène et j’ai accès à beaucoup plus de scénarios… Avant, j’avais deux scénarios qui traînaient chez moi, maintenant j’en reçois par mail, par courrier… Ça prend de la place dans mon salon. Le changement est vraiment radical depuis le César.

Pas seulement pour toi, non ? Le film a aussi reçu le César de la meilleure adaptation et de celui du meilleur film.

Oui, c’est un vrai tremplin pour le réalisateur, sa boîte de production (comme c’est lui qui a produit son film) et moi. C’est trop bien, et encore plus pour Philippe Faucon qui s’investit énormément dans son travail, qui met du temps à faire des films.

Mais tu avais déjà tourné avant ? Tu as commencé très jeune…

À 8 ans, une copine de ma mère qui était directrice de casting m’a proposé de faire de la figuration dans le clip de Doc Gynéco "Playa", pour La Clinique. On était à Saint-Tropez, j’étais très excitée. Je me souviens qu’il y avait des filles de 25 ans en bikini qui me paraissait très âgées parce que j’étais très jeune, et elles étaient là :

" Oh là là, Doc Gynéco, machin. Faut qu’on fasse une photo."

Elles n’osaient pas y aller. Du coup, j’y suis allée pour elles. Il était sous une moustiquaire assez kitsch, sur un ponton, avec des cocktails, assis lascivement avec ses potes sur un canapé. Elles ont toutes pu faire leur photo et, en fait, quand il m’a serré la main, il avait sa main dans son pantalon. C’était assez immonde, mais j’étais très fière d’avoir bravé le truc ! [Rires.]

Mais ça, c’était vraiment par hasard. Et puis, j’ai tourné une série quand j’étais petite, Le Tuteur, sur France 2. Un truc assez médiocre. [Rires.]

"Moi j’avais envie d’être sur scène, de faire le clown, d’être au centre…"

Comment tu t’es retrouvée là-dedans ?

Mon frère avait été repéré dans la rue l’année précédente alors qu’ils cherchaient quelqu’un pour jouer le fils du tuteur. Mais une semaine avant le tournage, il s’est cassé la jambe en skate et il a dû abandonner le rôle. L’année suivante, ils devaient composer la famille du personnage et comme mon frère avait parlé de moi, je suis allée aux essais et j’ai décroché un rôle.

Moi, j’avais envie d’être sur scène, de faire le clown, d’être au centre… Quand j’ai eu 18 ans, j’ai clarifié mon envie, en prenant des cours de théâtre. Pour faire ça, pour de vrai.

C’était ton premier casting ?

Oui, on était dans une ruelle à Marseille, sur le Vieux-Port, entre deux immeubles. Mon père avait son atelier juste à côté et l’école de théâtre que j’ai intégrée plus tard se trouvait également dans cette impasse : les lieux m’étaient familiers !

C’était assez drôle ce casting, parce que pour la série, ils devaient constituer une famille métisse abandonnée. Ils avaient ramené plein de bébés et je devais improviser avec eux, pour voir si je pouvais m’en occuper. Comme je faisais beaucoup de baby-sitting avec mes petits cousins, j’étais très à l’aise… Mais c’est drôle de se dire que j’ai décroché le rôle en jouant avec des enfants. Quand tu vois le résultat, tu vois que je ne sais pas trop jouer ! [Rires.]

Dans le film De sas en sas. (© Cappricci Films)

Tu faisais quoi comme études en parallèle ?

J’ai fait de l’histoire de l’art, mais j’ai dû y aller un mois, c’est tout. Je fumais surtout des clopes sur la pelouse. Comme j’avais raté l’inscription aux écoles de théâtre, je me suis inscrite pour faire quelque chose, faire comme mes parents qui sont graphistes et éditeurs de bouquins d’art. Et puis, je me suis vite rendu compte que je faisais semblant. Je ne voulais plus perdre de temps.

Comment as-tu découvert le cinéma ?

On avait beaucoup de films chez nous. J’ai eu une période où je regardais pas mal de films de David Lynch et de Fritz Lang, vers 17 ans. Une fois, mon père s’occupait de la com' visuelle d’une rétrospective sur Fritz Lang et il nous avait donné des places à mes copines et moi. J’avais adoré. Tu sais, quand on a des parents dans ce milieu, il y a des ponts qui font que c’est beaucoup plus simple et accessible.

Mais sinon, je me souviens d’Edward aux mains d’argent, le premier film qui m’a marquée parce qu’il m’a traumatisée pendant des mois. J’avais 5 ans quand mes parents me l’ont montré, je ne pouvais plus dormir et ils l’ont beaucoup regretté.

Tu ne fais pas trop partie de la génération Disney du coup ?

Ouais, c’est vrai, à part Aladdin et Pocahontas, quand même. Mais je n’ai jamais vu Le Roi lion, par exemple, et je regardais La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

On avait même fait un remake, avec ma cousine, quand on avait 8 ans ; moi je jouais Belle. Ça durait 20 minutes et la vidéo est toujours chez mes grands-parents ! On a fait une parodie des Inconnus aussi. [Rires.]

Pour finir, as-tu des talents cachés ?

Je danse. Je sais très bien faire les ongles aussi, si un jour je veux changer de boulot… [Rires.]

Dans quoi pourra-t-on te voir prochainement ?

En janvier, je serai à l’affiche de Carnivores avec Leïla Bekhti. C’est un film de Jérémie et Yannick Renier, leur premier long-métrage, qu’ils ont écrit et réalisé. C’est l’histoire de deux sœurs actrices.

(Carnivores © Mars Films )

Ensuite, je serai dans La Fête est finie de Marie Garel-Weiss. Je vais jouer une grosse junkie. Je suis allée à des réunions de l’association Narcotiques anonymes avec l’autre actrice principale. On a passé beaucoup de temps à discuter avec les gens qui ont cette maladie. J’ai trouvé ça passionnant. Le cinéma, c’est vraiment génial parce que ça te permet de faire des rencontres inédites, très intéressantes. J’ai vachement aimé parce que sur le plateau, je me sentais investie d’une mission… Comme l’histoire est inspirée de faits réels, je devais leur faire honneur.

Et pour finir, on me verra dans Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy, avec Laurent Lafitte. Je joue une gendarme complètement givrée, un rôle très physique. J’ai eu un coach pour un entraînement très intense, en mode militaire. J’avais des armes, je devais faire de l’escalade, courir… Le rôle était assez compliqué et j’avais beaucoup de doutes sur ce que je faisais. Comme c’était un personnage solitaire, j’ai décidé de me mettre dans une bulle pendant le tournage. Je n’appelais plus mes amis, je me couchais tôt et ne restais pas avec l’équipe le soir pour boire des verres. J’étais un peu esseulée à la fin.

Je me rends compte qu’on me propose souvent des rôles assez tristes, mélancoliques… Des personnages assez solitaires, fragiles. Avec beaucoup de profondeur.

Une série qu’on a faite en pensant bien fort à Polo <3

Crédits :

  • Autrice du projet et journaliste : Lucille Bion
  • Direction artistique : Arthur King, Benjamin Marius Petit, Terence Mili
  • Photos : Benjamin Marius Petit et Jordan Beline (aka Jordif, le roi du gif)
  • La team vidéo : Adrian Platon, Simon Meheust, Maxime Touitou, Mike "le Châtaigner" Germain, Félix Lenoir, Mathias Holst, Paul Cattelat
  • Son : Manuel Lormel et Axel Renault
  • Remerciements : aux brillants actrices et acteurs qui ont participé, à Rachid et la team Konbini, aux SR, à Benjamin Dubos, Raphaël Choyé et Anis Aaram, les agents et attachés de presse : Matthieu Derrien, Karolyne Leibovici, Marine Dupont, Pierre Humbertclaude, Nina Veyrier.

Par Lucille Bion, publié le 26/10/2017

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