( © Benjamin Marius Petit )

NEW WAVE 2018 : Félix Maritaud, l’expérimenté

Ils sont jeunes, viennent d’un peu partout et ils sont la relève du cinéma français. On leur donne la parole dans NEW WAVE. Place à Félix Maritaud, l’une des plus grandes révélations de l’année.

( © Benjamin Marius Petit )

120 Battements par minute, Un Couteau dans le cœur, Sauvage, Jonas… On l’a découvert dans le film de Robin Campillo et le monde du cinéma, séduit, ne semble plus pouvoir s’en passer. Félix Maritaud a remporté le Prix fondation Louis Roederer de la révélation à la Semaine de la critique et le Valois du meilleur acteur au Festival du Film Francophone d’Angoulême. Prochaine étape : un César du meilleur espoir masculin ? Du moins, l’acteur est présélectionné.

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À peine arrivé à Paris, après avoir présenté Sauvage à Taïwan, Félix Maritaud est venu dans nos studios interpréter "T’en va pas" d’Elsa. Après cette performance, effacez votre chagrin avec son interview ciné qui déborde de conseils sur les façons d’aimer et de s’accepter.

Konbini | Quel âge as-tu ?

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Félix Maritaud | J’ai 25 ans, bientôt 26. Dans trois semaines.

Tu es né où ?

Je suis né à Nevers, dans la Nièvre. Je suis né à Nevers, j’adore dire ça : naître à Nevers (never), c’est un peu comme ne pas exister [Rires].

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[Rires] Et tu as grandi où ?

J’ai grandi à La Guerche-sur-l'Aubois, c’est un village entre Nevers et Bourges dans les plaines au centre de la France. Il n’y a pas grand-chose là-bas.

Tu t’occupais comment du coup ?

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Je parlais avec mes chiens, j’avais des potes et on faisait du VTT dans les bois.

Qu’est-ce que tu faisais avant d’être acteur ?

Oh tu sais, tu vis ta vie. J’avais des petits boulots, je faisais beaucoup la fête. Je rigolais avec mes potes… Enfin normal, quoi. J’avais pas de but précis. [Rires]

Tu faisais quoi comme études, t’étais quel genre d’élève ?

J’étais plutôt bon élève, intelligent mais j’allais pas beaucoup en cours. Je séchais beaucoup. Je recherchais plutôt l’expérience avec les potes, l’expérience sociale, etc. Du coup j’étais pas un élève très studieux mais je savais quand même ce que je faisais.

Après le lycée, je suis allé directement travailler dans un restaurant et par hasard, je me suis retrouvé dans une école des Beaux-Arts. Je suis resté un an et demi.

Par hasard ?

Oui j’avais rencontré un mec en soirée, et j’ai voulu faire comme lui. Mais j’aimais beaucoup l’art, donc ce n’est pas un grand hasard, en fait…

Il y a des membres de ta famille qui t’ont donné la fibre artistique ?

Non, c’était plus une affinité d’usage du monde. En général quand tu n’as envie de rien d’autre que de l’expérience, que de la vie… être artiste, ça permet d’être n’importe quoi et de faire n’importe quoi. C’est un cercle très large de possibilités, l’art.

Comment tu as décroché ton premier rôle ?

On a montré ma photo à Robin Campillo et il a voulu me rencontrer pour me proposer un casting de cinéma. Comme je vis pour l’expérience, j’ai accepté. Quand j’ai rencontré Robin, il y avait presque une relation d’artistes, quelque chose de très beau. Il m’a donné le rôle dans 120 Battements par minute, et ça a un peu tout lancé.

Mais qui a donné ta photo ?

Un client habitué d’un bar dans lequel je bossais avant. C’est marrant !

Tu étais déjà à Paris ?

J’étais parti de Paris depuis un an et demi, j’étais allé à Bruxelles et au moment où ils m’ont appelé, j’étais retourné chez ma mère. J’étais en stand-by total dans ma vie. J’allais devenir jardinier. J’avais fait toutes les démarches pour faire une réinsertion professionnelle dans les jardins publics. M’occuper des fleurs… j’adore ça.

Je ne m’attendais pas à ça… [Rires]. Tu te souviens de ton premier casting ?

Oui, j’étais super stressé et en même temps je ne me rendais pas compte de tout ce que ça représentait d’être acteur. Je n’avais aucune idée de ce qui allait m’arriver. Je ne connaissais pas ce métier. Ça s’est très bien passé tout de suite aux répétitions, sans dire que j’étais super bon.

Mon premier casting, je crois que c’était avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Antoine Reinartz. On faisait des scènes.

Déjà la petite team au complet, c’est cool. Après le tournage, tu as eu le désir de devenir acteur ? Comment s’est passée la suite ?

Je me suis dit que ça allait continuer. J’ai accepté d’avoir un agent juste après. Ça a vraiment été un choix. Je ne l’ai pas fait en voulant être acteur, mais pour vivre des expériences, comme ce que j’avais pu vivre sur 120 BPM. Des émotions très fortes liées au collectif m’ont donné envie de continuer.

Et tu as bien enchaîné depuis… Tu es même présélectionné aux César, bravo.

Merci. J’ai déjà l’impression d’avoir tout gagné avec Sauvage. J’ai tellement reçu du public, des professionnels ou non professionnels. Le César, ça ferait plaisir à ma mère mais je ne sais pas si Sauvage est un film qui donne beaucoup envie à l’Académie. Certes je fais une bonne performance d’acteur dedans mais il faut quand même tenir le coup…

Pour moi tout est du bonus maintenant. Là je reviens de Taipiei où Sauvage sort le mois prochain et les gens m’ont accueilli comme un prince, j’ai eu de super beaux échanges. Toucher des gens, c’est beau à voir. Le César, c’est un peu la cerise sur le gâteau.

En voyant Sauvage, on imagine tout de suite un tournage violent.

C’est toujours violent un tournage. C’est un rythme de vie compliqué, c’est beaucoup d’éléments qui cohabitent. C’est très intense. Le tournage de Sauvage était assez joyeux. Tout le monde était très concentré sur le film. C’était un personnage que je n’ai pas toujours pu contrôler, en plus je n’ai pas envie de contrôler des personnages : je préfère les laisser vivre…

120 Battements par minute, Un Couteau dans le cœur, Sauvage… ce sont des films qui ont tous le même thème LGBT+, c’est quelque chose que tu veux porter ?

C’est un concours de circonstances qui fait que mes premiers films sont des films LGBT+. Je ne crois pas cependant que ce soit l’enjeu du film. Moi je ne cherche qu’à porter le drapeau de l’amour et de la liberté, et ça concerne tout le monde. Je ne peux pas être exclusif, comme ça.

C’est banal pour moi. J’ai pas d’avis dessus. Je veux partager des émotions au maximum de gens. Je trouve que la société souffre de sa peur de l’émotivité. Les gens s’empêchent tous d’être émus, sans arrêt. Genre on dit aux garçons de ne pas pleurer, aux filles d’arrêter de pleurer… Tout le monde est flippé de ses émotions par rapport aux autres.

On joue des choses qui ne nous concernent pas forcément mais c’est réel pour certains. C’est pour ça que je continue aussi.

J’aime bien l’idée de créer des liens. Si je décidais de ne faire que des films gays, je deviendrais une espèce de fasciste… Je fais des films pour leur beauté, leur intelligence, leur liberté… Il est de fait aussi que dans le cinéma français actuel, il y a pas mal de réalisateurs gays qui utilisent des thématiques gays pour en faire des films assez beaux et universels. Les générations sont beaucoup plus fluides et flexibles maintenant.

Je suis très impressionné par la flexibilité de cette nouvelle génération. Cet anéantissement de ces espèces de conditionnements sociaux que moi j’ai pu subir étant ado. À partir du moment où je me suis rendu compte que j’aimais bien les mecs, il fallait que je devienne un homosexuel. Mais en fait, ce n’est pas parce que tu as une attirance pour quelqu’un que ça doit conditionner toute ta vie sociale. Te conditionner toi, dans ta vie.

C’est très réducteur oui, tu ne dois pas perdre ton identité. Il y a tellement de façons d’aimer…

Oui, aimer, être aimé, recevoir de l’amour, donner de l’amour. On ne peut pas juste regarder un tout petit morceau des choses, il faut tout regarder, en grand. Il faut créer un espace pour chacun, dans lequel il peut se développer sereinement, sans flipper de qui il est.

Regarde la génération de nos parents, complètement enfermée : ils sont tous sous antidépresseurs, ils pètent tous des plombs à 50 ans…

Donc tu vois, si avec mes rôles, je peux montrer des choses à des mecs homosexuels, plus jeunes, pas sûrs d’eux, qui ont peur de s’assumer et être qui ils sont… mais ça me rend trop heureux ! On a toujours l’impression qu’on est responsable de ce que les personnes pensent de nous. Mais on n’est jamais responsable que de nos actes. Je suis content d’être dans ce monde où la parole est libérée, même s’il y a des extrêmes qui se créent avec des paroles d’exclusion, racistes, fascistes, etc. Je pense qu’il faut toujours rester focus sur ce qu’on trouve de plus beau chez une personne et ne pas la dénigrer.

Plus on les exclut, ces personnes, moins on trouve de possibilités de dialogue et plus on fait fonctionner un système où les gens ne sont pas unis. C’est de la coopération.

(© Arte)

Après ce beau discours, on va terminer sur tes prochains projets. On peut commencer par rentrer dans l’actu avec Jonas. Tu m’en parles ?

Jonas est déjà en replay sur Arte et passera ce soir sur la chaîne (le 23 novembre). C’est un film de Christophe Charrier. J’ai lu le scénario et j’ai remarqué que c’était assez bien ficelé, qu’il y avait plein d’arcs narratifs, que c’était assez intelligent.

J’ai tout de suite été frappé par la franchise du cinéaste qui venait de se faire lâcher par son acteur : on a pris un café ensemble et j’étais un peu sur la Lune… Il m’a dit : “ce que j’aime chez toi, c’est qu’on a l’impression que t’écoutes pas.” (Rires) Il m’a envoyé ça en pleine gueule, alors que c’était un rendez-vous pro… J’ai beaucoup aimé notre collaboration : c’est un réalisateur précis, qui sait ce qu’il veut, qui a toutes ses images en tête. C’est un film sur la sincérité aussi.

Et là tu reviens juste de tournage…

J’ai tourné trois courts-métrages. Le premier est Massachusetts de Jordi Perino avec Coralie Russier qui va être un super film. C’est l’histoire de deux ados qui veulent s’enfuir par le bateau pour arriver vers un nouveau monde. Ça va être un film sur le questionnement, le désir et l’amour.

Ensuite, j’ai tourné Je fixais des vertiges de Chloé Bourgès où je suis le seul acteur. C’est l’histoire d’un mec qui part à la recherche de son père. C’était incroyable : tournage en pleine nature dans les Cévennes… C’était très beau et très enrichissant.

Ensuite j’ai tourné un court-métrage de Pauline Garcia où je joue un personnage un peu différent ; je joue le grand frère de Lily-Rose Depp. J’ai hâte de voir.

Tu as d’autres projets ?

Je vais retourner un court-métrage hyper pop sur quatre transsexuels, avec de la danse, etc. Ils se racontent leurs histoires dans leur café et ça part en couille ! Je me fais arracher les couilles dans le film, donc tu vois, ça va être assez cool.

Ensuite j’ai un autre projet assez innovant que l’on voudrait tourner rapidement : c’est l’histoire d’un DJ en tragédie grecque. Tu vas voir, tu vas halluciner.

Crédits :

  • Autrice du projet et journaliste : Lucille Bion
  • Réalisation : Raphaël Choyé
  • Monteur : Simon Meheust
  • Cadreurs : Simon Meuheust, Luca Thiebault, Mike Germain
  • Son : Manuel Lormel et Paul Cattelat
  • Créa : Terence Milli
  • Photos : Benjamin Marius Petit

Par Lucille Bion, publié le 23/11/2018

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