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Pourquoi Netflix est (encore) le grand absent du Festival de Cannes

Publié le

par Arthur Cios

Entre le festival et la plateforme, ce n’est pas le grand bonheur.

La question est claire, et est posée directement par un journaliste à Thierry Frémaux pendant la conférence de presse du 3 juin, lors de laquelle le programmateur du Festival de Cannes a dévoilé la sélection officielle de l’édition 2021. Pourquoi aucun film Netflix n’est présent dans la programmation ?

La relation houleuse entre le festival et la plateforme de streaming demeure assez floue. En 2017, pour la première fois de son histoire, le festival a diffusé des longs-métrages sortis en France sur des plateformes de streaming, ici Netflix : Okja de Bong Joon-ho ainsi que The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach. Des films qui ont subi sifflements et huées lorsque le logo de la firme américaine est apparu à l’écran. 

Depuis, pas un seul film de plateforme n’a été montré. Pourtant, on sait que le délégué général du Festival de Cannes aurait voulu présenter en 2019 The Irishman, et que Le Pouvoir du chien, le prochain film de Jane Campion, qui a gagné la Palme d’or en 1993 avec La Leçon de piano, était parmi les favoris pour l’édition 2021. Que nenni. On sait aussi que des discussions ont eu lieu entre le festival et Netflix au sujet d’un enjeu important : les films pourront être sélectionnés en compétition seulement s’ils sont diffusés dans les salles de cinéma en France.

En 2021, Netflix sera, une fois encore, aux abonnés absents. Les négociations entre les deux institutions n’ont pas abouti à un commun accord, comme Frémaux l’expliquait quelques jours avant l’annonce dans les colonnes de Deadline. Car, en fait, tout est une question de chronologie des médias.

Des positions fixes et des négociations compliquées

Car le conflit est en réalité simple. D’un côté, le festival déclare qu’il ne peut pas montrer des films en compétition officielle s’ils ne sortent pas dans les salles de cinéma, mais qu’il est tout à fait enclin à en présenter hors compétition. De l’autre, la plateforme aimerait que ses films soient montrés, mais en compétition.

Ted Sarandos, grand patron de Netflix, indiquait en 2019 chez Variety qu’il voulait que les films Netflix soient "traités comme ceux de n’importe quels cinéastes". Et vu la chronologie des médias, contrairement aux États-Unis où cela est possible, un film ne peut pas sortir en salles et se retrouver en même temps sur une plateforme de streaming – il faut pour cela attendre trois ans.

En 2018, un an après Okja et The Meyerowitz Stories, une règle était mise en place à Cannes : tous les films éligibles pour concourir devront préalablement s’engager à être distribués dans les salles françaises. Dans une interview donnée au Film français, Thierry Frémaux confirmait ainsi l’impossibilité pour les films Netflix de prendre part à la compétition :

"Les gens de Netflix ont adoré le tapis rouge et aimeraient nous présenter d’autres films. Mais ils ont compris que leur intransigeance sur leur propre modèle s’oppose désormais à la nôtre."

Pourtant, nous pensions qu’un accord aurait pu être trouvé. Netflix continue de gagner du galon du côté du cinéma de qualité, en récoltant année après année de plus en plus de nominations aux Oscars et autres prix. Et pour gagner en crédibilité, Sarandos aurait tout intérêt à présenter certains longs à Cannes. De l’autre, Frémaux doit se mordre les doigts d’avoir dû refuser des pépites, comme Roma d’Alfonso Cuarón.

D’ailleurs, il ne cache pas ses ressentiments vis-à-vis de l’entêtement de Sarandos. À la question posée lors de la conférence (vers 73 minutes), Thierry Frémaux répond ainsi :

"Nous regrettons cette absence, cette attitude, cette volonté de ne pas être capable de négocier une présence. Une présence hors compétition, dont les studios américains ont prouvé depuis longtemps qu’elle pouvait être très belle sur le tapis rouge. Nous continuons à inviter Netflix à venir à Cannes, en compétition s’ils sont capables de vendre leur film à un distributeur français, et sinon hors compétition où l’on sera heureux d’accueillir ces films."

Le problème semble donc assez figé. Même si la chronologie des médias évolue en France, les deux avis tranchés ne risquent pas de déboucher sur une entente dans les années à venir.

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