(© Yves Saint Laurent)

Vous ne ressortirez pas indemne de Lux Æterna, le nouveau film de Gaspar Noé

Le moyen-métrage inédit de Gaspar Noé offre une expérience unique en son genre.

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur. Aujourd’hui, le retour de Gaspar Noé avec son moyen-métrage expérimental Lux Æterna.

Lux Æterna, c’est quoi ?

On ne fait pas chier Gaspar Noé. On ne lui impose rien, pas même l’argent de Saint Laurent, la multinationale lifestyle aux milliards d’euros de chiffre d’affaires. Demandez-lui de faire un court-métrage promotionnel pour la marque française sous le patronage de son directeur artistique Anthony Vaccarello, il vous fera un moyen-métrage de 50 minutes intitulé Lux Æterna mélangeant la folie des tournages et les bassesses les plus crasses du petit milieu du cinéma en choisissant des figures cool d’Instagram comme deux grandes actrices françaises. Comme l’a d’ailleurs précisé le Festival de Cannes lors de l’annonce de cette séance hors compétition, ce projet est "un essai sur le cinéma, sur la cinéphilie et sur l’hystérie des plateaux". Ambiance.

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Mais ça raconte quoi en fait Lux Æterna ? Avant tout l’histoire de Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg qui jouent leur propre rôle. La première, réalisatrice, a demandé à la deuxième de jouer une femme qui va être brûlée vivante pour sorcellerie. Dans un décor de salon, une longue discussion s’engage alors entre les deux actrices dans un split-screen saisissant. Anecdotes de tournages, propos sur la religion, malaises sur plateau : tout y passe.

Jusqu’à ce que le tournage commence. Et là, c’est le drame : le split-screen à l’origine utilisé pour confronter Dalle et Gainsbourg se transforme en une oppressante machinerie, donnant à voir les petites manigances qui s’opèrent derrière la caméra, entre les décors en carton et le vernis des conventions sociales qui craquellent.

Soit Beatrice Dalle qui est visée par son producteur, le chef opérateur qui tente de la faire virer, Charlotte Gainsbourg qui est harcelée par un réalisateur en herbe qui veut lui proposer un nouveau projet ou un coiffeur qui essaye de saisir ses cheveux alors qu’un problème personnel la rattrape.

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(© Yves Saint Laurent)

C’est bien ?

Rien ne va dans Lux Æterna et, dans la plus pure tradition des films de Noé, le spectateur est coincé par une forme et un fond cinématographique titubant entre la violence verbale et un manque de communication flagrant qu’on pouvait déjà ressentir dans Climax, la drogue aidant.

On ne pourra jamais demander au cinéaste italo-argentin d’arrêter de bousculer à la fois le septième art comme les spectateurs de Cannes, 17 ans après la présentation et le tollé provoqué par Irréversible au festival. Les émotions sont là, prêtes à exploser, alors autant leur proposer, au bout d’une quarantaine de minutes d’une orgie verbale, 10 minutes d’une explosion lumineuse à tuer un épileptique.

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On comprend alors que Gaspar Noé est et restera toujours ce cinéaste qui aime plus que tout se lier à son auditoire, quel qu’en soit le coût, qu’il remette en cause une formalisation promotionnelle avec Saint Laurent ou qu’il agresse visuellement le spectateur. Et Béatrice Dalle de perdre pied, et son chef opérateur (Gaspard Noé en réalité) de jouir de sa création, bordélique, inclassable, provocatrice.

Pour quoi ? Mais pour la beauté de l’art, voyons.

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’acteur qui tire son épingle du jeu : Béatrice Dalle, pour sa folie, et Charlotte Gainsbourg, pour la justesse de son jeu.

La principale qualité : la puissance qui en ressort, autant des dialogues improvisés que des images qui imprègnent vos rétines.

Le principal défaut : épileptiques, fuyez !

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : tous les Gaspar Noé, en gros.

Ça aurait pu s’appeler : Au Bucher, ou Septième art.

La quote pour résumer le film : "Le film expérience du Festival de Cannes"

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Par Louis Lepron, publié le 19/05/2019