Michaël R. Roskam, un cinéaste belge à Hollywood

Fort du succès de son premier film coup de poing Bullhead, le cinéaste belge Michaël R. Roskam a décroché un ticket d'or pour Hollywood, où il a tourné Quand vient la nuit qui sort ce mercredi 12 novembre en salles. Rencontre avec le réalisateur après son expérience américaine.

Matthias S face à Michaël R. Roskam sur le tournage

Matthias Schoenaerts face à Michaël R. Roskam sur le tournage de Quand vient la nuit

Le rêve américain, il l'a croqué à pleines dents. Michaël R. Roskam a décroché son visa pour Hollywood avec son tout premier film Bullhead, un polar noir parfaitement maîtrisé qui se déroule en milieu rural belge. Nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger en 2012, le long métrage bénéficie alors d'un coup de projecteur qui changera à jamais la carrière du réalisateur flamand.

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En effet, aujourd'hui sort en salles Quand vient la nuit, le nouveau film de Michaël R. Roskam, dans lequel on retrouve un casting impressionnant, qui compte à son bord Tom Hardy, Noomi Rapace, Matthias Schoenaerts (révélé dans Bullhead) et même le regretté James Gandolfini, qui signe ici son dernier rôle. Une deuxième réalisation racée qui finit d'asseoir la patte Roskam, auquel le système de production américain a donné les moyens de ses ambitions cinématographiques, à quelques (petits) sacrifices près.

Faire un film à Hollywood

Si pour Bullhead, le réalisateur belge avait signé seul le scénario, on doit la plume et surtout l'histoire du deuxième projet à Dennis Lehane, maître du polar dont Hollywood adore adapter les romans : de Mystic River (Clint Eastwood) à Shutter Island (Martin Scorsese) en passant par Gone Baby Gone et bientôt Live by Night de Ben Affleck.

Quand ce nouveau projet est arrivé, j’étais content d’avoir l’opportunité de collaborer avec un auteur, avec un écrivain qui a créé l’histoire. Ça partage un peu la responsabilité (rires). Mais assez vite, il faut posséder l’histoire comme si tu l’avais écrite toi-même.

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Même si ce n'est bien évidemment pas la première fois qu'un réalisateur français est invité à tourner aux Etats-Unis, être confronté à la machine hollywoodienne a quelque chose d'aussi stressant qu'excitant. "C’est sûr qu'il y a de l’angoisse", confie le cinéaste, "mais il y a le désir de faire le film, de faire du cinéma et de faire toujours plus grand. Même si c’est juste 'un petit peu'".

Et le cinéaste Belge n'a pas peur de voir grand, c'est d'ailleurs ce qui l'a attiré dans les studios outre-Atlantique, malgré des règles de production qui s'écartent de celles qu'il a pu connaitre jusqu'alors : aux Etats-Unis, il n'est pas rare que la production veuille constamment avoir la mainmise sur le réalisateur pendant le tournage.

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Michael R. Roskam raconte :

Cette réputation qu'ont les producteurs, c’est parce qu’ils le font vraiment. Ça fait partie de la culture américaine, c’est leur façon de faire du cinéma. C'est une collaboration entre le réalisateur et le producteur. Alors soit il souhaite tout contrôler, soit il te laisse faire, et là j’ai eu beaucoup de liberté.

Alors oui, on doit souvent expliquer ce que l’on fait. C’est pas "on te donne 12 millions d’euros et tu reviens quand t’as fini le film." Ils veulent savoir et on doit expliquer. C’est très important la communication. C'est un peu comme moi qui ai étudié les arts, et notamment l’art contemporain, pour lequel tu dois souvent définir ton concept. Là c'était très important pour arriver à nouer une relation avec des producteurs [...]. Ils sont plus interactifs avec le projet qu'en Europe.

L'amour de l'image

Force est de constater que même à Hollywood, le cinéaste flamand a pu faire son cinéma. Car même si Quand vient la nuit est une adaptation, il a longuement parlé du scénario avec son auteur Dennis Lehane pour faire jaillir sa veine de film noir brut comme il l'entendait. Peu à peu, il nous immerge dans une atmosphère lourde et viscérale qu'il maîtrise à la perfection.

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James Gandolfini face à

James Gandolfini face à Matthias Schoenaerts

Le réalisateur installe un rythme lent et maîtrisé, et la photographie est captivante (on la doit à Nicolas Karakatsanis, son directeur de la photographie). Ce soin apporté à l'image est notamment dû aux études d'Art suivies par Michaël R. Roskam :

Tout est visuel. Mes études comme peintre sont reflétées dans mes films car j’adore créer des tableaux, des plans très esthétiques, tout en gardant le côté fonctionnel, ça doit faire partie de l’univers logique de l’histoire. C’est un choix, c’est construit. Je ne peux pas m’imaginer mettre en scène une image moche pour obtenir un effet. Le fait d'être peintre et mes études m’ont permis de comprendre et de juger si quelque chose est beau ou pas.

Et ça aide aussi pour représenter la performance des comédiens. Ça permet de recréer trois dimensions sur deux. Quand tu diriges un comédien, il y a beaucoup de facteurs qui influencent sa performance. Non seulement  la gestion du réalisateur sur le plateau, comment tu parles, comment tu le places sous les caméras… Mais c’est aussi comme Cézanne, qui parfois laissait un petit bout de tableau sans peinture car il n’avait pas décidé quelle couleur il voulait mettre. Et puis il y a le mouvement, j’adore les caméras qui bougent.

"James Gandolfini, j’étais très excité la première fois que je l’attendais"

Outre une histoire bien ficelée et une photographie bluffante, impossible de passer à côté du casting quatre étoiles. Car derrière un scénario plutôt simple se cache en réalité de profondes histoires de personnages. Après les mafieux de Limbourg, on se retrouve donc plongés dans les bas-fonds de Brooklyn, dans les "drop bars", spécialisés dans le blanchiment d'argent. Les héros qui évoluent autour de ces établissements sont tous brisés, la plupart très seuls, et ont mis leurs rêves de côté.

Un casting de choc.

James Gandolfini, Tom Hardy, Noomi Rapace et Matthias Schoenaerts : un casting de choc

Le solide quatuor formé par Tom Hardy, Noomi Rapace, Matthias Schoenaerts et James Gandolfini permet au récit de tenir sur la longueur. Un à un, ils rendent leur personnage charismatique. Et cette fois, Michaël R. Roskam fait un grand écart. Il passe d'un casting d'acteurs locaux pour son premier film à une brochette de stars hollywoodiennes. Pourtant, pas de quoi impressionner le réalisateur de 44 ans, qui a décidément su s'adapter à toutes les facettes d'Hollywood :

Chaque comédien a une personnalité différente qui demande une approche spécifique. Avec certains, tu deviens tout de suite ami, avec d’autres tu développes juste une relation professionnelle, et sur ce tournage, ils sont tous devenus des amis. On était vraiment très à l’aise. Alors au début il faut se chercher un peu sur le plateau, oui, il sont célèbres mais ça ne me fait rien.

À une exception près tout de même :

James Gandolfini, j’étais très excité la première fois que je l’attendais, j’y étais une demie-heure trop tôt, car j’allais le voir en vrai.

Propos recueillis par Geoffroy Villeneuve.

Par Constance Bloch, publié le 12/11/2014

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