#MeToo : après sa prise de parole, Adèle Haenel reçoit de nombreux soutiens

Depuis que la comédienne a eu le courage de s'exprimer dans Mediapart, le monde du cinéma français se mobilise.

Dimanche soir, Mediapart révélait un témoignage d’Adèle Haenel accusant le réalisateur Christophe Ruggia "d’attouchements" et de "harcèlement sexuel", de 2001 à 2004, lorsqu’elle avait entre 12 et 15 ans. Rapidement relayée, en France comme à l’international, l’enquête de Mediapart a été approfondie dans une émission spéciale ce lundi : 

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Après sept mois d’enquête, la journaliste Marine Turchi a sollicité 36 personnes, dont 23 se sont exprimées à visage découvert et confortent le témoignage d’Adèle Haenel. Depuis cette prise de parole courageuse, elle a été largement soutenue par des actrices, des politiciens et des associations cinématographiques iconiques. 

Pendant ce temps, Christophe Ruggia nie en bloc ces accusations et demande pardon à la comédienne, qu’il avait révélée dans Les Diables en 2001 : 

"Je n’ai jamais eu à son égard, je le redis, les gestes physiques et le comportement de harcèlement sexuel dont elle m’accuse, mais j’ai commis l’erreur de jouer les Pygmalion avec les malentendus et les entraves qu’une telle posture suscite. Emprise du metteur en scène à l’égard de l’actrice qu’il avait dirigée et avec laquelle il rêvait de tourner à nouveau.

À l’époque, je n’avais pas vu que mon adulation et les espoirs que je plaçais en elle avaient pu lui apparaître, compte tenu de son jeune âge, comme pénibles à certains moments. Si c’est le cas et si elle le peut je lui demande de me pardonner."

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"On ne peut pas faire comme s’il ne s’était rien passé"

D’abord, la SRF (Société des réalisateurs de France) a diffusé un communiqué, expliquant qu’elle avait lancé une procédure de radiation de Christophe Ruggia, qui coprésidait l’association jusqu’en juin dernier : 

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Marc Missonnier, vice-président de l’Union des producteurs de cinéma (UPC), a salué personnellement "le courage" de la comédienne et s’interroge, comme l’a rapporté l’AFP 

"Si son initiative pouvait contribuer à ce que des inhibitions sautent, ou à ce que des peurs soient dépassées pour que des gens parlent, ce serait formidable. Mais est-ce que ce sera le cas ? Je ne sais pas du tout. En tout cas, on ne peut pas faire comme s’il ne s’était rien passé."

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La Société des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP) n’a pas tardé à écrire un communiqué, dans lequel elle témoigne son "soutien à Adèle Haenel dans cette démarche courageuse" et s’engage à combattre "les comportements sexistes et les violences sexuelles". Le collectif a exprimé son désir "d’accélérer la réflexion entamée par le ministère de la Culture, le CNC et le Collectif 50/50, afin que des actes de ce type ne puissent plus se reproduire".

Si le monde du cinéma s’est mobilisé pour l’actrice suite à son témoignage choquant, certaines de ses pairs lui prêtent main-forte sur les réseaux sociaux. Parmi elles ? L’actrice Noémie Merlant, à qui elle donne la réplique dans Portrait d’une jeune fille en feu, mais aussi Sand Van Roy, qui a accusé Luc Besson de l'avoir violée, ou encore Marion Cotillard, qui la remercie dans un post Instagram "pour tous les être abîmés qui savent maintenant qu’ils n’ont pas à subir cette violence".

"Chère Adèle, tu marques l’histoire. L’histoire de cette révolution libératrice"

Dans les colonnes de Mediapart, Adèle Haenel exprimait son désir de briser le silence à travers un témoignage qui aurait plus de résonance qu’une affaire traitée en justice, car elle se méfie d’un système qui "condamne si peu les agresseurs", "un viol sur cent"

Devant ces paroles choc – qui font immédiatement penser à l’affaire Luc Besson, accusé de harcèlement sexuel et de viol, et dont l’affaire a rapidement été classée sans suite –, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, invitée sur France Inter ce mercredi matin, a encouragé l’actrice à se tourner vers la justice.

Quelques heures plus tard, nous apprenons que le parquet de Paris a décidé de s’autosaisir et a ouvert une enquête pour "agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel", confiée à l’Office central de la répression de la violence faite aux personnes (OCRVP), rapporte Le Monde.

Par Lucille Bion, publié le 06/11/2019

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