Un journaliste croit savoir de quoi parlent (vraiment) les films Marvel

Selon un journaliste de Polygon, les franchises Iron Man et Avengers seraient une chronique du stress post-traumatique du milliardaire en armure Tony Stark.

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Mauvais rêve, Tony ?

Et si "l’homme de fer" était l’allégorie vivante du terrible symptôme de stress post-traumatique (PTSD), si répandu chez les jeunes soldats américains de retour des guerres d’Irak et d’Afghanistan et devenu aux États-Unis un véritable problème de santé publique ? Selon le journaliste Ben Kuchera, qui s’est fendu le 20 mai dernier d’un long texte analytique intitulé "Que quelqu’un aide Tony Stark", aucun doute : Tony Stark, le milliardaire punchlineur et couillu derrière l’armure indestructible, est un cas clinique, dont les symptômes influencent tout l’univers cinématique Marvel.

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Le choc traumatique intervient à la fin du premier volet d’Avengers, sorti en 2012, lorsque Tony Stark consent au sacrifice ultime pour sauver la ville de New York, envahie par une armée alien interdimensionnelle venue tout droit d’un trou de ver placé juste au-dessus de Manhattan. Alors que tout espoir semble perdu, le milliardaire à l’égoïsme proverbial se saisit d’une ogive nucléaire et s’en va la déposer dans le terrier cosmique. Une mission suicide dont Tony Stark réchappe miraculeusement (on ne tue pas Robert Downey Jr. comme ça), retraversant le trou de ver juste avant sa disparition et chutant de plusieurs kilomètres avant d’être rattrapé par Hulk, qui passait par là. Si l’homme au super-pacemaker ne garde aucune séquelle physique de l’accident, les conséquences psychologiques sont bien présentes, et se confirment dans la chronologie cinématographique Marvel.

Iron Man 3 ? Anxiété extrême et paranoïa meurtrière

Le volet suivant, Iron Man 3, explore de manière frontale la paranoïa et l’anxiété ressenties par le milliardaire traumatisé. Après avoir rencontré des dieux, des aliens et des dimensions parallèles, le pauvre Tony Stark ne trouve plus le sommeil, terrifié par des forces menaçantes contre lesquelles il ne peut rien. Il se met alors à bricoler ses armures frénétiquement, obsédé par l’idée de protéger sa planète (un peu) et la femme qu’il aime, Pepper Potts (surtout).

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Dans Iron Man 3, cette dernière joue plus souvent le rôle de confidente et d’auxiliaire de vie que de partenaire, mais l’épicentre du film réside néanmoins dans la relation amoureuse entre ces deux personnages, de plus en plus vérolée par les troubles éprouvés par Tony Stark (il manque quand même de la tuer après avoir fait un cauchemar, symptôme récurrent chez les vétérans de l’armée). Depuis la sortie de Captain America : Civil War, on sait désormais spoiler alert – que leur relation ne survivra pas au développement de la maladie.

De même, l’idée de démon intérieur s’exprime tout au long du film à travers une autre métaphore, pas subtile pour deux sous : du côté des méchants, une substance rend plus forts ceux qui parviennent à la contrôler, et fait exploser (littéralement) ceux qui se laissent dominer par elle. Tout, dans Iron Man 3, gravite autour de la notion d’équilibre psychologique, et des ravages causés par l’expérience du choc traumatique.

L’obsession sécuritaire

Dans les films suivants, les angoisses affichées par Tony Stark, loin d’être résolues, vont causer encore plus de souci à l’équilibre du monde. Dans le deuxième Captain America, Le Soldat de l’hiver, le milliardaire, toujours obsédé par l’imminence d’une guerre perdue d’avance, vire carrément au Don Quichotte et s’évertue à proposer un système de protection planétaire (métaphore transparente du système de bouclier antimissile que les Américains s’entêtent à vouloir implanter en Europe de l’Ouest). Stark, c’est l’Amérique post-Bush, traumatisée par ce qu’elle a vu sur les champs de bataille. À l’autre bout du spectre psychologique, l’inflexible Captain America (Oncle Sam avec des muscles) refusera l’idée de Tony Stark/Iron Man. Un répit, avant la catastrophe Ultron.

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Car c’est finalement dans Avengers : L’Ère d’Ultron que Tony Stark concrétisera enfin ses fantasmes sécuritaires en développant la première véritable intelligence artificielle, Ultron, dans le but de protéger l’espèce humaine plus efficacement qu’avec une banale prolongation de l’état d’urgence. Réponse de l’IA, du haut de sa vertigineuse intelligence ? L’humanité ne doit pas être protégée, elle doit être éradiquée. Résultat : une bataille gigantesque pour la survie, qui passe à deux doigts de provoquer la fin de notre espèce. Si le syndrome de stress post-traumatique affecte normalement l’entourage immédiat de celui qu’il touche, dans le cas d’un super-héros, les répercussions sont invariablement planétaires.

99 problèmes, mais pas Loki

Comme le souligne Ben Kuchera, il est intéressant de constater que Tony Stark, homme supérieurement intelligent, est le seul à souffrir aussi ouvertement du PTSD – et encore plus intéressant de constater que les autres super-héros sont parfaitement incapables de le voir. Pourtant, à la toute fin d’Iron Man 3, cachée derrière le générique, une scène dévoile une conversation entre Iron Man et Bruce "Hulk" Banner, dans laquelle le premier se confie au second… qui s’endort en retour. Bravo, les potes.

De même, dans le dernier volet, les super-héroïnes – la Veuve Noire (Scarlett Johansson) et la Sorcière Rouge – ont beau remplir le rôle de femme-infirmière qu’on leur a attribué avec tous les hommes alentour, elles réussissent à passer à côté du désespoir de Tony, dont les moindres faits et gestes semblent pourtant hurler "à l’aide".

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À l’heure de Civil War, le milliardaire en armure est donc un homme malade, seul et ignoré par tous. Les autres Avengers, entre deux claques dans le dos, estiment qu’Iron Man et sa grande gueule vont forcément bien. En tant que mâle alpha, détenteur officiel de la paire de c… de l’équipe, il ne peut pas aller mal sans faire s’effondrer le paravent de sa masculinité triomphante. Alors il souffre, en silence et planqué, résistant à l’envie de hurler qu’il y a aussi un cœur sous la carapace à huit milliards de dollars.

Le souci, comme conclut Ben Kuchera, c’est que les produits de ses angoisses mettent en danger toute l’espèce humaine : lorsque l’on y réfléchit, le seul véritable ennemi que les Avengers aient connu au cinéma depuis 2012 a été Loki. Tous les autres problèmes sont le résultat de la gestion calamiteuse de Tony Stark, incapable de surmonter son expérience traumatique. Car lui, contrairement aux autres, n’est pas un super-héros, c’est juste un type très riche dans un costume très cher. Et, comme presque 8 % des Américains, Tony Stark souffre de PTSD. Un trouble du comportement contre lequel il n’existe encore aucun remède, alors que ce mal est pourtant reconnu depuis la Seconde Guerre mondiale. Et largement personnifié à Hollywood, (Stallone dans Rambo, De Niro dans Taxi Driver, Eatswood dans Gran Torino) depuis presque autant de temps.

Par Thibault Prévost, publié le 27/05/2016

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