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L’un des derniers vidéoclubs de Paris vient de fermer ses portes

Publié le

par Lucille Bion

"On rendait aussi bien service à notre clientèle cinéphile qu’à des institutions. C’était un service d’utilité publique".

Lorsque l’on compose le numéro de Vidéosphère, on tombe sur le répondeur : "Malheureusement, nous avons définitivement fermé nos portes", explique la voix grésillante. Située rue des Bernardins dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, cette caverne d’Ali Baba vient de tirer son rideau, comme le rapporte Libération.

Ce temple des cinéphiles créé il y a 28 ans par Henri Moisan avait déjà connu un coup dur en déménageant du quartier Saint-Michel, pour s’installer dans une boutique plus petite. Les 200 mètres carrés qui abritaient pas moins de 40 000 titres sont aujourd’hui devenus un cabinet médical, déplore un internaute sur Twitter.

Dans les colonnes du Figaro, le responsable expliquait pourtant ses différentes méthodes de diversification pour survivre, entre organisation de ciné-clubs, vente de vidéos, d’affiches et de figurines. Face à son chiffre d’affaires de location qui chutait de 15 % par an depuis le début des années 2010, Henri Moisan laissait également entendre qu’il misait sur les documentaires et les films rares qu’on ne trouve pas sur Internet :

"Il faut se battre tous les jours. Ce qui nous fait le plus de mal, ce sont les programmes diffusés sur les chaînes câblées et la TCA, une taxe sur les ventes et les locations de vidéos fixée à 2 % et qui s’ajoute au 20 % de la TVA."

Si à l’époque, il affirmait "tenir bon", il explique dans les pages de Libération que "le Covid n’est pas la cause, mais l’accélérateur de la fermeture de Vidéosphère qui n’a malheureusement pas le droit aux subventions destinées aux cinémas, aux librairies ou aux éditeurs de vidéos."

Pas de subventions

Privé de subventions, le propriétaire des lieux rapporte que CNC et le Ministère de la Culture lui avaient dit que le support physique était terminé. Pourtant, il tient à rappeler que Vidéosphère était une mine d’or incontournable pour le domaine culturel :

"Ce qui est dommage, c’est qu’on était une exception culturelle : on rendait aussi bien service à notre clientèle cinéphile qu’à des institutions comme Radio France, la Cinémathèque, le Centre Pompidou… C’était pratiquement un service d’utilité publique et un lien social dans le quartier des cinémas d’art et d’essai."

Également accessoiriste de plateau, Henri Moisan refuse d’être fataliste et n’a plus qu’un objectif : sauvegarder sa collection de 20 000 VHS et 35 000 DVD de films inédits. Pour préserver son patrimoine, il a ainsi fait don de son trésor à la BNF qui, selon lui, sont "les seuls qui auront la capacité de restaurer, sauvegarder et numériser ce patrimoine culturel".

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