Luc Besson : la Cité du Cinéma dans de mauvais draps

La Cité du Cinéma de Luc Besson est dans de mauvais draps. C'est en tout cas un rapport de la Cour des comptes qui le dit, repris par Le Parisien. Il affirme que la Cité du Cinéma est soupçonnée de "délit de détournement de fonds publics et de recel de ce délit". Une accusation signifiant que les studios auraient été financés en partie par de l'argent public "contre l'avis des services de l'Etat et de la Caisse des Dépôts et Consignations [CDC], principal financeur du projet".

Il faut revenir à 2004 pour comprendre. Cette année, la Caisse des Dépôts et Consignations refusait, selon Le Parisien, de mettre de l'argent dans le projet : trop risqué, financièrement instable. Mais aux alentours de 2007 et 2008, le vent tourne : le directeur de la CDC d'alors, Augustin de Romanet, aurait fait pression pour que le projet soit soutenu. Derrière, Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, appuie cette décision. Résultat, la Cité du Cinéma obtient un financement à hauteur de 156,7 millions d'euros dont 75% provient de la CDC.

Publicité

La note de ce financement procurée par Le Parisien conclut très simplement qu'il a été permis "par quelques hauts responsables publics". De toute cette affaire, le nom de Nicolas Sarkozy n'est pas très loin : Christophe Lambert, directeur général de la société de production de Luc Besson EuropaCorp, était un proche de l'ancien président de la République durant sa campagne de 2007.

Un projet instable

En juin 2012, Luc Besson annonce un agrandissement de la Cité du Cinéma. A l'origine un studio pour blockbusters, la Cité du Cinéma va avoir un petit frère : l'Ecole de la Cité. Ce nouvel établissement se veut ouvert à tous et en particulier aux jeunes qui n'ont pas forcément les moyens : inscription gratuite, 18-25 ans, pas de diplôme obligatoire et un emploi à la fin du cursus de deux ans.

Publicité

Derrière cette iniative et le regret de Luc Besson qui "aurait aimé" faire une telle école plus jeune, une volonté de rentabiliser une Cité du Cinéma qui a du mal à remplir son carnet de films. A l'époque Thierry de Segonzac, le président de la Fédération des industries du cinéma, de l'audiovisuel et du multimédia (Ficam) affirmait:

Cette Cité du cinéma est magnifique mais, à ma connaissance, l'aménagement des studios n'a pas commencé, le carnet de tournages est vide et les immeubles de bureaux ont du mal à se remplir [...]. Cet équipement est trop grand pour être viable économiquement.

Depuis, des scènes de Taken 2 et Malavita y ont été tournées et les studios attendent d'autres productions : le prochain film de McG avec Kevin Costner à l'affiche : 3 Days to Kill (EuropaCorp), le prochain Alain Resnais (Le Pacte), Mea Culpa (TF1, LGM) ainsi que Le jeu de la vérité (EuropaCorp).

Publicité

Luc Besson dément

Dans un communiqué, EuropaCorp s'est défendu de ces accusations :

EuropaCorp déplore que cette magnifique réalisation soit prise en otage pour des règlements de comptes politiques. [La Cité du cinéma] n'a bénéficié d'aucune aide publique pour sa réalisation". [L'ensemble a été financé par] un partenariat public-privé (la Caisse des dépôts et le Groupe Vinci) et c'est ce modèle de financement qui a permis sa réalisation -sans l'intervention financière de la Seine-Saint-Denis. 

Et la société de production de Luc Besson de poursuivre :

Publicité

[Il] ne saurait tolérer que de telles mises en cause soient proférées sans qu'il y soit donné les réponses judiciaires appropriées.

Aujourd'hui 18 novembre, EuropaCorp a annoncé vouloir poursuivre Le Parisien. Dans un nouveau communiqué, la société de production affirme vouloir "engager une procédure pénale pour un délit de diffusion d’informations fausses ou mensongères". Et de préciser :

Par ailleurs, la société EuropaCorp engage des poursuites en diffamation à l’encontre du journal, de la journaliste Odile Plichon, et du directeur de la publication du Parisien-Aujourd’hui en France, auteurs des allégations attentatoires à son honneur et à sa considération.

Sur tous les fronts de l'actualité

Luc Besson est sur tous les fronts de l'actualité. Il y a deux semaines sortait Malavita, son dernier film produit par Martin Scorsese et avec Robert de Niro. Après trois semaines d'exploitation, le film a rassemblé un peu plus de 800 000 spectateurs en France et 31 millions de dollars aux États-Unis.

Le 18 octobre dernier, on apprenait que le cinéaste-businessman avait l'intention d'ouvrir un cinéma particulier dans le centre commercial Aéroville, près de l’aéroport Charles de Gaulle : douze salles de luxe, 25 euros la place pour une séance accompagnée d'une assiette de saumon-tarama et d'une coupe de champagne.

Par Louis Lepron, publié le 18/11/2013

Copié

Pour vous :