French director Luc Besson poses as he arrives on May 20, 2016 for the screening of the film « The Last Face » at the 69th Cannes Film Festival in Cannes, southern France. (Photo by ALBERTO PIZZOLI / AFP)

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Cinq nouvelles femmes accusent Luc Besson d’agressions sexuelles

Elles ont décidé de prendre la parole dans un article de Mediapart, publié ce mercredi 28 novembre, pour témoigner contre Luc Besson, déjà accusé de viol et d’agressions sexuelles.

Le réalisateur Luc Besson au festival de Cannes, le 20 mai 2016 (© Alberto Pizzoli/AFP)

Une première enquête avait été ouverte en mai lorsque l’actrice Sand Van Roy, âgée de 27 ans, avait porté plainte, accusant Luc Besson de l’avoir violé. Cette première plainte avait entraîné la publication de nouveaux témoignages à l’encontre du cinéaste français.

Ainsi, le 10 juillet dernier, on pouvait lire dans les colonnes de Mediapart que plusieurs femmes de son entourage dénonçaient ses comportements déplacés : harcèlement sexuel, agressions sexuelles, relations non désirées ou encore actes sexuels violents.

Malgré le silence de l’accusé et de ses avocats, Mediapart a poursuivi son enquête. Le média dévoile aujourd’hui cinq nouveaux témoignages accablants de stagiaires, étudiantes, assistantes, mannequins, qui ont décidé de prendre la parole.

L’ex-assistante de Luc Besson

Une des victimes présumées, qui souhaite rester anonyme et se fait appeler "Ananda" dans l’article, raconte qu’elle a travaillé pour Luc Besson en tant qu’assistante. Dans son récit, elle explique que son cauchemar a commencé par un texto :

"Tout a commencé quand j’ai envoyé un texto à tous mes contacts pour dire : 'Voilà je suis dans la mouise, si quelqu’un a du travail ou un appartement pour mes enfants et moi, je suis preneuse.'"

Le cinéaste lui aurait alors tendu la main et l’aurait invitée à le rejoindre au Meurice, un palace parisien, pour évoquer sa situation et trouver une solution, à savoir, lui proposer une place dans son entreprise. Le réalisateur aurait prétexté un emploi du temps chargé :

"Il me propose de boire un thé. Dans la journée, le thé a été annulé pour se transformer en déjeuner, puis le déjeuner annulé pour se changer en dîner."

À son arrivée dans le palace, un petit mot attendait la jeune femme à l’accueil :

(© Mediapart : "Coucou !! Bon, prend [sic] toi un Bon Bain tranquille, télé, room service… Une Soirée de Princesse quoi !! Biz luc <3" Plusieurs personnes, des proches comme une graphologue experte en écritures et documents, agréée par la Cour de cassation, ont reconnu l’écriture du cinéaste.)

Ananda assure qu’elle n’était pas inquiète du lieu de rendez-vous et qu'elle a attendu le cinéaste sur le canapé, sans bouger, ni prendre de bain, "évidemment" :

"Naïvement, je me suis dit qu’il avait peut-être pris une chambre pour me la laisser comme il savait que j’étais en galère. Jamais je n’ai pensé que j’allais passer à la casserole."

Lorsque Luc Besson est arrivé, en retard, ils ont commandé un dîner et évoqué la situation de la jeune femme, dont l’objectif était de récupérer ses enfants, retrouver un appartement et un boulot :

"C’est là que la manipulation a commencé. Je le comprendrai plus tard seulement, car j’étais très jeune à l’époque. Elle est là, la contrainte. […] Tu es désespérée et le gars te fait comprendre qu’il a une solution à tous tes problèmes."

Luc Besson lui aurait alors demandé de "venir sur ses genoux" et qu’elle "lui fasse un bisou". Sans savoir pourquoi, la jeune femme se serait laissé faire et se serait réveillée le lendemain, avec la sensation d’avoir été salie, "qu’un truc pas clair s’était passé".

Le lundi suivant, Ananda s'est présentée au siège d’EuropaCorp, comme Luc Besson le lui avait conseillé. À sa grande surprise, elle a découvert qu’elle venait d’être nommée assistante de direction. Avec le recul, elle est persuadée que c’était pour qu’il garde "toujours un œil sur [elle]".

Le jour suivant, elle a retrouvé son nouveau patron dans un autre hôtel. Elle aurait prétexté un mal de crâne pour lui échapper, mais l’accusé n’aurait eu aucun scrupule à la réveiller en pleine nuit pour avoir un rapport sexuel :

"Je me suis dit 'fais l’étoile de mer', tu laisses faire et tu te dis que ça va passer. J’ai eu l’impression que plus tu es mal, vulnérable, plus il te tombe dessus."

Si peu à peu, la victime présumée a su maintenir le prédateur loin d’elle, elle confie à Mediapart qu’elle aurait subi des attouchements permanents sur les fesses. Son ex-assistante mentionne une troisième relation non consentie dans son récit. Même cas de figure, il lui aurait donné rendez-vous dans un hôtel :

"Quand j’ai ouvert la porte, il m’attendait nu caché sous une serviette. Il m’a fait 'coucou' comme un enfant et en le voyant comme ça, je me suis dit 'merde'. Cette fois-là, il m’a un peu fait payer le fait que je lui échappais. Il n’a pas été doux. Pas violent non plus. J’ai eu l’impression d’être plutôt une pute."

Ananda aurait finalement réussi à échapper à la situation en quittant son travail, à la fin de sa période d’essai, malgré une proposition d’embauche en CDI. Plusieurs de ses collègues appuient le témoignage de la victime présumée.

"Une actrice, il faut vraiment avoir envie de la baiser."

Une deuxième femme, Karine Isambert, ex-mannequin, réalisatrice et actrice, a décidé de parler à visage découvert. Elle évoque dans les colonnes de Mediapart sa première rencontre avec le cinéaste dans le hall d’un hôtel. Lors de cette première entrevue, Luc Besson aurait fait des commentaires sur son apparence juvénile et aurait tenu des propos étonnants :

"Il me dit : 'Là vous faites très très jeune, beaucoup plus qu’en vrai, vous avez l’air d’avoir 14 ans, j’adore ! […] Une actrice, il faut vraiment avoir envie de la baiser.' Je lui dis que c’est quand même important que la fille sache bien jouer, qu’elle incarne quelque chose. Il me répond : 'Ouais, mais c’est important si on a envie d’elle, sinon ça n’a pas d’intérêt.'"

À la fin de leur entrevue, il aurait proposé un dîner à Karine Isambert, qui a immédiatement refusé. À la suite de ce refus, le cinéaste lu aurait répondu : "Ça va être difficile pour moi de vous donner un rôle si on ne dîne pas ensemble, parce que j’ai besoin un peu de faire connaissance, d’être limite un peu amoureux de vous." Pour la saluer, Luc Besson lui aurait ensuite "serré le haut de la fesse pour [la] presser contre lui assez fort", tout en lui faisant la bise.

D’autres témoignages dans les colonnes de Mediapart témoignent du comportement déplacé du patron d’EuropaCorp avec ses stagiaires ou des étudiantes de son école. Ces dernières auraient d’ailleurs lancé un appel à témoignages depuis une boîte mail intitulée "metooedlc", pour "MeToo École de la Cité".

L’une des étudiantes confie qu’elle venait le matin avec "la peur au ventre" en pensant "à la perspective de ce qui pouvait arriver, et (qu’elle n’aurait) aucun moyen de l’arrêter."

Cette dernière explique ainsi qu’un jour, Luc Besson l’aurait attiré dans sa loge, alors que sa femme venait de partir. Il l’aurait embrassé, sans son consentement. Lors de son dernier jour de stage, la jeune étudiante aurait été confrontée à un problème similaire :

"Il met un pied dans l’ascenseur et me dit de venir, je lui dis que non, j’allais partir. Il insiste, je n’ose plus refuser une seconde fois, je monte dans l’ascenseur et le temps qu’il descende, il me prend dans ses bras, respire mes cheveux, m’embrasse dans le cou. Ça m’a mise extrêmement mal à l’aise… Je suis partie angoissée. "

À la fin de sa scolarité, cette étudiante aurait évoqué par deux fois ces épisodes auprès du directeur de l’école de l’époque, Laurent Jaudon.

Les nombreux témoignages récoltés par Mediapart mettent Luc Besson dans une mauvaise posture. Entendu lors d’une audition le 2 octobre, le réalisateur a depuis supprimé sa présence sur les réseaux sociaux.

Par Lucille Bion, publié le 28/11/2018

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