L’histoire vraie derrière La Mule, le papi qui bossait pour un cartel

Dès aujourd’hui, Clint Eastwood est de retour au cinéma avec une histoire vraie et rocambolesque. Celle de Leo Sharp, aka Tata, un octogénaire star des réseaux de cartels.

À 88 ans, Clint Eastwood se glisse dans la peau de Leo Sharp, aka Tata, un horticulteur passionné qui, du haut de son grand âge, transportait de la drogue pour des cartels afin de remplir son portefeuille. La légende fut arrêtée par la DEA (Drug Enforcement Administration) que représente dans le film l’officier Bradley Cooper, fidèle acteur du réalisateur depuis American Sniper.

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Derrière cette fiction convaincante et très attendrissante, la part d’invention semble être assez conséquente. C’est pourquoi nous avons décidé de revenir sur l’histoire vraie et rocambolesque de Leo Sharp, décédé en 2016 à 92 ans.

La mule la plus efficace du cartel de Sinaloa

Après avoir ramené 246 kg de cocaïne en février 2010 puis 250 le mois suivant et ainsi de suite, l’octogénaire s’est très vite imposé dans le game. Et ce game, c’est celui d’un certain Joaquín Guzmán plus connu sous son blase, El Chapo, membre phare du cartel de Sinaloa, qui gérait le trafic de drogue l’un des plus puissants du monde et qui a rendu fou pendant plusieurs mois l’agent spécial Jeff Moore et son équipe de la DEA.

En effet, les agents traquaient et épiaient les faits et gestes du cartel, qui mentionnaient sans cesse l’une de leur meilleure mule surnommée "Tata". Ne sachant pas avec quel visage se pavanait la perle rare ni quelle était sa carrure, les policiers ont peiné à l’attraper. Selon le New York Times, ils ont écouté des conversations téléphoniques codées et souvent en espagnol, provenant de 11 appareils différents.

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C’est à travers ces enregistrements que le DEA comprend que Tata joue un rôle clé dans le transport illicite. Il conduit toujours seul et parvient à éviter les contrôles de police sur la route. Mais à force de recherches, en octobre 2011, la police du Michigan parvient à mettre la main sur la fameuse mule, repérée sur la route. Selon les témoignages, le conducteur ne conduisait pas vite, mais il déviait de manière erratique.

À leur grande surprise, l’homme qui sort de la voiture a 87 ans et 104 kilos de cocaïne dans son coffre. Il n’est pas rasé et sa dégaine laisse à désirer, comme on peut le deviner dans la vidéo d’arrestation :

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Le chien flaire les produits illicites et l’homme est arrêté, puis identifié. Il s’agit de Leo Sharp, un américain inconnu des services de police, né à Michigan City dans l’Indiana et qui a grandi à Detroit, dans le Michigan.

Dans sa jeunesse, il fait partie de l’armée, où il combat en Italie durant la seconde guerre mondiale, une expérience qui lui a permis de recevoir une distinction (un Bronze Star Medal) pour ses services rendus à la nation.

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Horticulteur passionné et délicat

Après ses prouesses militaires, le jeune homme va chercher un peu de douceur du côté des plantes et devient un horticulteur renommé. Leo Sharp se rend alors régulièrement à des conférences vêtu d’un costume blanc très chic et collabore avec des fermiers mexicains qui l’aident à cultiver ses fleurs délicates. L’une d’entre elles fait sensation : l’hémérocalles, aussi appelée le Lys d’un jour, réputée pour être fragile et éphémère.

La légende raconte que ses confrères ont baptisé une de ces espèces la "Siloam Leo Sharp" pour rendre hommage à ce personnage haut en couleur qui finira sa vie derrière les barreaux.

Lorsque Leo Sharp se fait arrêter, ses avocats tentent de négocier avec la Cour et plaident la démence, profitant de son grand âge pour évoquer la faiblesse psychologique. Il prend trois ans ferme alors qu’il en risquait initialement 14.

Il supplie alors la Cour de se racheter en cultivant, pour les bénéfices de l’État, des papayes en Floride tout en promettant de rembourser 500 000 dollars. Mais son destin était déjà scellé et le voilà, à 90 ans envoyé en prison.

Avec ses petites magouilles, Leo Sharp aurait récolté au total la somme astronomique d’un million de dollars, rapportait Le Matin. Aujourd’hui, son histoire hallucinante fait l’objet d’un film dirigé par Clint Eastwood. Si La Mule peut avoir des airs comiques au premier abord, il s’agit bien d’un drame attendrissant et rudement bien mené.

Par Lucille Bion, publié le 23/01/2019

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