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Les Visiteurs 3 : "Un arrière-goût de fiente de porc"

Publié le

par Ariane Nicolas

Jean Reno et Christian Clavier dans « Les Visiteurs 3 ». (

On est allé voir Les Visiteurs 3, le jour de sa sortie, à la première heure. On craignait une bouse, on ne s'était pas planté.

Jean Reno et Christian Clavier dans <em>Les Visiteurs 3.</em> (Nicolas Schul / Gaumont / Ouille Productions / TF1 Films Production / Nexus Factory / Okko Production)

Pas de projection presse, pas d'avant-première pour le public. Le mystère accompagnant la sortie des Visiteurs 3 : la Révolution n'avait d'égal que le pressentiment qu'il serait aussi nul que le précédent, Les Couloirs du temps (sans parler du troisième et officieux épisode, Les Visiteurs en Amérique, carrément écarté par la production depuis). 

À 70 ans, Jean-Marie Poiré signe son grand retour depuis 2002 et le gênant Ma femme s'appelle Maurice, plantage en règle avec le duo Chevallier et Laspalès. Un come-back perdant, où l'on a peine à retrouver Jacquouille et cousin Hub' en pleine Terreur. Ni drôle ni surprenant, Les Visiteurs 3un arrière-goût de fiente de porc.

Diarrhée et fromage qui pue

Où sont les veaux, les rôtis, les saucisses... et les blagues, dans Les Visiteurs 3 ? Les acteurs, rassemblés autour du maigre scénario coécrit par Christian Clavier et Jean-Marie Poiré, n'ont rien à se mettre sous la dent. Aux vannes nooooombreuses sur l'haleine fétide des héros moyenâgeux succèdent les remarques scatophiles et les séances de perçage de furoncle.

Invité à la table de sa sœur (Sylvie Testud) et son gendre (Christian Clavier), le futur ancêtre de Jacquard, Robespierre (Nicolas Vaude) en vient à se vider sur les toilettes, terrassé par un boudin antillais trop épicé, dans un concert de pets qu'on imagine destiné à désacraliser l'incorruptible figure du révolutionnaire.

Karin Viard, Alex Lutz et Franck Dubosc dans <em>Les Visiteurs 3</em>. (Nicolas Schul / Gaumont / Ouille Productions / TF1 Films Production / Nexus Factory / Okko Production)

On a aussi compté 16 occurrences du mot "couilles", répétées par la troupe de nobles en fuite (Karin Viard, Alex Lutz, Ary Abittan, toutes rames dehors). À ce rythme, qu'il n'y ait qu'un seul rot sur une heure cinquante de pellicule relève du miracle. Ah ! On a failli oublier la scène où Christian Clavier, qui s'est par ailleurs réservé les seules situations un peu comiques du film, déguste un fromage moisi rongé de vers vivants. Pitié, Messire, rendez-nous Les Bronzés font du ski

"Ils ont bousillé Marat !"

Pas totalement amnésiques, Clavier et Poiré saupoudrent ici et là cette Révolution insipide de quelques parfums du premier volet : des clins d'œil au moment "jour/nuit", une allusion au marivaudage prolo entre Clavier et Chazel ou encore aux "Sarrasins" (à travers le personnage de Pascal NZonzi, moins bien loti que dans Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?).

Las, l'expédition de Clavier près de la baignoire de Marat tourne au vinaigre, le gag se résumant à lui faire ingurgiter du savoir noir à la place d'un gâteau au chocolat. "Ils ont bousillé Marat !", s'étrangle un protagoniste après qu'une statue du révolutionnaire a été brisée. Dont acte.

Sylvie Testud entourée de gardes républicains dans <em>Les Visiteurs 3</em>. (Nicolas Schul / Gaumont / Ouille Productions / TF1 Films Production / Nexus Factory / Okko Production)

Visiblement ravi de renfiler ses loques de serviteur crotté, Clavier s'amuse surtout à relire l'histoire. C'est de bonne guerre, on n'est pas là pour suivre un cours sur le Comité de salut public, mais on regrette que la satire ne soit pas poussée plus loin.

Quand Les Visiteurs dézinguaient les affectations de tous les milieux sociaux (à la vulgarité de Dame Ginette répondait l'hypocrisie de l'énarque et le snobisme petit-bourgeois du dentiste), le troisième volet s'en tient au ricanement sur le physique et le choc des cultures, déjà vu dans les précédents épisodes.

France d'hier et d'aujourd'hui

Deux éléments auraient pu sauver les meubles. D'abord, le personnage de Franck Dubosc, un comte passé député davantage pour sauver sa tête que pour défendre l'idéal républicain. Ce noble repenti symbolise deux époques, deux styles, deux régimes politiques différents et au fond, deux France, celles que les comédies françaises aiment tant mettre en scène. Celles "d'en haut" et celle "d'en bas".

À travers lui, le destin de la France bascule. Dommage, Poiré préfère souligner son penchant libertin – sans doute pour plaire aux fans de Patrick Chirac.

Alex Lutz, Véronique Boulanger, Karin Viard, Marie-Anne Chazel et Pascal NZonzi dans <em>Les Visiteurs 3.</em> (Nicolas Schul / Gaumont / Ouille Productions / TF1 Films Production / Nexus Factory / Okko Production)

Le film amorce finalement une réflexion sur le jeu des chaises musicales qui régissent la société (le noble devient prolétaire, le gueux devient bourgeois, etc.) et les symboles qui scellent le contrat social.

Ainsi entend-on Jacquouille clamer "Hourra, c'est plus laïque !" à tout-va, expression maladroitement reprise de la bouche de Charlotte de Robespierre, qui lui explique que le laïque "Hourra" a détrôné le pieux "Hosanna". Laïcité, inégalités sociales, racisme, Les Visiteurs 3 est un film qui nous parle d'aujourd'hui... avec un humour daté d'avant-hier. 

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