Le régime iranien part en guerre contre Argo

Le cinéma est un médium hautement politique. Point besoin d'en faire la démonstration, la preuve en est faite chaque jour. Après le triomphe d'Argo et de Ben Affleck aux Golden Globes, le régime iranien a décidé de livrer bataille dans les médias. Une adaptation "non déformée" de cet épisode historique serait en préparation du côté de Téhéran. 

Hier le triomphe sur tapis rouge de Ben Affleck aux Golden Globes. Aujourd'hui, les retombées politiques d'une affaire qui ne s'arrêtent pas à la fin du film. Ayant choisi d'adapter à l'écran un épisode de l'histoire contemporaine qui aborde des enjeux marqués, Ben Affleck s'est pas la même occasion mis en porte-à-faux. Son film Argo devient peu à peu un "casus belli", une occasion pour le régime iranien de prouver sa vigueur, version "soft power".

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Car les dignitaires du régime de Mahmoud Ahmadinejad ont annoncé leur intention, eux aussi, de donner leur version de la prise d'otages de 1979. Extrait d'une interview du futur réalisateur, Ataollah Salmanian, dans les médias iraniens:

Le scénario du film a été approuvé par les autorités et nous attendons d’avoir le budget pour démarrer le tournage. (...) Le film peut être une réponse appropriée à la vision déformée de certains films comme Argo

Pour l'instant, pas plus d'informations sur une sortie ou une éventuelle distribution internationale. A noter qu'Argo n'est pas la  seule création américaine dans le nez de l'opinion publique iranienne. En réponse aux récompenses reçues par Argo (meilleur film dramatique, meilleur acteur, meilleur réalisateur), un quotidien iranien a répliqué que c'était la «plus grande cérémonie politique de l’histoire du cinéma américain».

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Homeland et Argo, même combat

La série Homeland a aussi été fustigée à la fois comme d'instrument de propagande pro-américain (l'intrigue de la troisième saison tourne autour d'un complot de terroristes iraniens sur le territoire américain) et une déformation de la réalité du Liban.

Dans une interview pour Télérama, Joe Prince, un professeur d'histoire du cinéma à l'Académie libanaise des beaux-arts, évoquait une vision "erronée" de Beyrouth et plus largement du Liban :

Le début de la saison 2 de Homeland, série maintes fois primée, donne une vision vraiment erronée du pays. L'actrice Claire Danes joue le rôle d'un agent de la CIA qui se rend au Liban. L'action se passe dans la rue Hamra, où l'on voit des miliciens et de nombreuses femmes voilées. On a plus l'impression d'être dans le vieux souk de Tripoli, dans le Nord du pays, qu'à Hamra ! Cette rue est aujourd'hui le lieu in de Beyrouth, avec ses magasins et ses nombreux pubs. Le quartier a certes été un repaire de combattants pendant la guerre civile, mais c'était il y a plus de vingt ans.

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Et l'historien de poursuivre, s'attaquant au personnage de Claire Danes qui se voile les cheveux :

De même, Claire Danes met des lentilles de couleur sombre, se teint les cheveux et se voile pour aller à Beyrouth. C'est invraisemblable puisqu'il y a plein de femmes blondes qui y habitent. Il y a donc un grand décalage entre la réalité de Beyrouth et la représentation donnée par Homeland.

Source - Libération

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Par Tomas Statius, publié le 15/01/2013

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