Le cinéma saoudien se lance à la conquête du monde

Dans les dix ans à venir, l’Arabie saoudite espère occuper une place de choix dans l’équation du cinéma mondial. Précisions.

Film Wadjda. (© Copyright Pretty Pictures)

Après des années de retard et de disette, l’Arabie saoudite affirme plus que jamais sa volonté d’entrer avec fracas dans le grand échiquier du cinéma mondial. Déjà, en décembre 2017, six mois après avoir autorisé la conduite aux femmes, le puissant royaume disait oui à l’ouverture de salles de cinéma, mettant ainsi fin à une prohibition des lieux de divertissement vieille de 35 ans. Cette décision est le fait du prince héritier Mohammed Ben Salmane, lequel s’échine à travailler sur des réformes économiques, sociales et culturelles, au grand dam des ultra-conservateurs, toujours en faction.

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Lors du prochain Festival de Cannes, qui se tiendra du 8 au 19 mai, l’Arabie saoudite passera visiblement à la vitesse supérieure puisqu’elle profitera de cet événement planétaire et ultra-médiatisé pour déployer sa propre industrie cinématographique à travers le Saudi Film Council. À l’initiative de la General Culture Authority (GCA) du royaume, cette entité sera dirigée par Faisal Baltyuor. Selon plusieurs sources œuvrant au sein de ladite structure, il sera question ici d’occuper une large place dans le périmètre du colossal marché du film cannois.

"Bâtir des ponts avec l’industrie mondiale du cinéma sera un des axes de travail fondamental du Saudi Film Council", a confié Baltyuor aux journalistes de Variety. "Nous recherchons des manières de maximiser cette mission et d’être un acteur à part entière d’une dynamique globale, de créer un véritable écosystème autour du cinéma."

Apparemment, un premier long-métrage, baptisé Joud et produit par le King Abdulaziz Centre for World Culture, a été soumis au comité de sélection en vue d’une potentielle programmation en mai prochain. Le projet en question puiserait sa source dans la Qasida, une forme de poésie pré-islamique.

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Pour accompagner ces multiples envies artistiques, les Saoudiens ne lésineront pas sur les moyens. Ils comptent notamment lancer des programmes pour développer les talents, fonder des infrastructures de production, travailler sur la promotion des valeurs et de la culture du royaume, etc.

"L’Arabie Saoudite a en son sein de nombreux talents qui constitueront des atouts majeurs pour accroître ce secteur", poursuit Faisal Baltyuor. De quoi en tout cas conforter les gros groupes dans leur course à la construction de salles et autres multiplexes…

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Le 1er mars dernier, la société VOX Cinemas (basée à Dubaï) inaugurait en effet sa salle avec la projection du cartoon satirique Masameer. Avec une population de 30 millions d’habitants, dont une majorité a moins de 25 ans, le royaume constitue un territoire à très fort potentiel.

Pas étonnant que d’immenses chaînes comme AMC Entertainment, VUE International ou iPic Entertainment essayent de s’y positionner. Au total, la GCA (General Culture Authority) a annoncé des plans visant à injecter 64 milliards de dollars dans le secteur du divertissement saoudien au cours de la prochaine décennie.

Par Mehdi Omaïs, publié le 22/03/2018

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