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Le discours fort et engagé de Ken Loach, lauréat de la Palme d'or à Cannes

Publié le

par Juliette Geenens

Récompensé hier soir pour Moi, Daniel Blake, le cinéaste anglais a profité de son discours de remerciement pour prévenir des risques et des dérives du monde néolibéral dans lequel évoluent les pays d'Occident aujourd'hui.

Ken Loach, à 79 ans, obtient sa seconde Palme d'or pour <em>Moi, Daniel Blake</em>. (© Canal +)

Pour la seconde fois dans sa carrière, le réalisateur britannique Ken Loach a reçu la Palme d'or, hier soir à Cannes. Après avoir été récompensé en 2006 pour Le vent se lève, il se voit décerner la plus prestigieuse distinction du festival pour son film Moi, Daniel Blake, l'histoire bouleversante d'un homme à l'aube de la soixantaine qui, victime de problèmes cardiaques et coincé dans un système administratif britannique insensé, est forcé de se démener pour obtenir l'aide dont il a besoin pour vivre.

Le discours de remerciement de Ken Loach, âgé bientôt de 80 ans, rejoint étroitement le script de Moi, Daniel Blake, qui dénonce l'impuissance d'une classe sociale pauvre dans un monde inégalitaire.

Le réalisateur anglais, après avoir salué son équipe et les organisateurs du festival en français, a dénoncé les dangers du néolibéralisme.

"Nous sommes au bord d'un projet d'austérité, qui est conduit par des idées que nous appelons néolibérales, et qui risquent de nous mener à la catastrophe. Ces pratiques ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s'enrichit de manière honteuse."

Ken Loach en a aussi profité pour alerter sur la montée des partis et des idéologies extrémistes dans plusieurs pays d'Europe :

"Nous approchons de périodes de désespoir, dont l'extrême droite peut profiter. Certains d'entre nous sont assez âgés pour se rappeler ce que cela a pu donner."


Palme d'Or : Ken Loach - Cannes 2016 - Canal+
par Cannes-by-Canalplus

"Un autre monde est possible" et soutien à Nuit Debout

Comme dans son film, il prend la défense des plus pauvres, en rappelant que la fonction du cinéma n'est pas seulement de nourrir les rêves et l'imagination, mais aussi de dépeindre la société actuelle, dans ses aspects les plus négatifs et les plus sombres. Le but de Ken Loach est "de présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants." 

Et de conclure :

"Nous devons dire qu'autre chose est possible. Un autre monde est possible et même nécessaire."

Au micro de BFM TV, quelques minutes après la cérémonie de clôture, Ken Loach a manifesté son soutien pour le mouvement #NuitDebout, se positionnant, une fois encore, du côté d'une population mécontente, effrayée par l'avenir et la précarité. Il a même comparé Nuit Debout, avec les Indigné en Espagne :

"Les gens perdent la sécurité de leur emploi. C'est vraiment important qu'ils se battent en retour, et le moyen d'y arriver, c'est de manifester, et Nuit Debout, c'est la même chose. Ce genre d'activisme a donné raison à "Podemos" (parti politique espagnol de Gauche, ndlr) en Espagne, c'est une très bonne chose."