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Larry Flynt, le magnat du porno provocateur et libertaire, est mort

Publié le

par Manon Marcillat

En 1996, Miloš Forman avait consacré un biopic à cet homme à la vie rocambolesque, connu pour avoir fondé le magazine Hustler.

Le magnat du porno Larry Flynt, fondateur du magazine Hustler au cœur d’un film de Miloš Forman dans les années 1990 et défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, est décédé mercredi à Los Angeles à l’âge de 78 ans.

"Il s’est éteint tranquillement pendant son sommeil" à l’hôpital, avec à ses côtés son épouse Elizabeth et sa fille Theresa, précise une porte-parole du groupe Flynt dans un communiqué transmis à l’AFP. Larry Flynt est mort "des suites d’une maladie soudaine", dit le texte, sans plus de précisions. Selon des médias américains citant sa famille, l’homme d’affaires a succombé à un arrêt cardiaque.

Flynt avait lancé en 1974 son magazine pornographique Hustler, concurrent de Playboy et Penthouse qu’il jugeait "ringards", avec des photos très explicites et un ton délibérément scandaleux. Il avait ensuite développé son empire avec d’autres publications, des clubs et des sex-shops, des studios spécialisés dans les films X puis des sites Internet. En 2000, l’homme d’affaires a même ouvert un casino Hustler dans la banlieue de Los Angeles, où il s’était établi de longue date.

En octobre 2017, le vieil homme lifté, cloué dans un fauteuil roulant plaqué or depuis une tentative d’assassinat en 1978, s’était permis un dernier coup d’éclat en offrant, sur une pleine page dans le Washington Post, 10 millions de dollars à qui lui fournirait toute information conduisant à la destitution de Donald Trump. C’était son "devoir patriotique", avait affirmé cet habitué des polémiques et des procès, qui avait bâti sa réputation et sa fortune sur la provocation. L’homme était coutumier de la méthode : pour soutenir le président Clinton empêtré dans l’affaire Lewinsky en 1998, il avait obtenu la tête de plusieurs élus compromis dans des scandales sexuels révélés dans son magazine.

Son goût de la provocation a failli lui coûter la vie : le 6 mars 1978, à proximité d’un tribunal où il est une énième fois poursuivi pour "obscénité", un extrémiste proche du Ku Klux Klan ouvre le feu sur lui, le laissant paraplégique. Le tireur, un tueur en série raciste qui n’a été arrêté qu’en 1980 pour d’autres crimes et qui ne fut jamais inquiété pour cet attentat, n’avait pas apprécié des photos publiées par Hustler mettant en scène des partenaires de différentes couleurs. La santé de Larry Flynt dès lors ne cessera de se détériorer, le rendant dépendant aux anti-douleurs et aux drogues.

En slip au tribunal

Né en 1942 dans un village déshérité du Kentucky, Larry Flynt s’enrôle à 15 ans dans l’armée grâce à un certificat de naissance contrefait. Il est démobilisé peu après et devient le roi de la combine. Il vend de l’alcool clandestinement, joue au poker. Avec quelques dollars de côté, il ouvre en 1965 un premier bar puis un second et un troisième. Ces "Hustler Clubs", des boîtes miteuses où les hôtesses servent les clients entièrement nues, deviennent une institution dans l’Ohio.

Il publie une feuille de chou, Hustler Magazine (en français, à la fois : arnaqueur, arriviste, escroc, prostitué), qui jette aux orties les codes policés de la photo de charme : les modèles y exposent leurs parties génitales. Il gagne son premier million en publiant en 1975 des photos volées de Jackie Onassis nue sur une île grecque. Hustler décolle et se vend bientôt à 3 millions d’exemplaires. Le magazine censuré en France jusqu’en 2011 brise tous les tabous avec des accroches comme "George Bush a le sida".

Père de cinq enfants et marié à cinq reprises, Larry Flynt mène une vie décalée : "le roi des ploucs" multiplie les excès, fréquente des figures radicales de la contre-culture. En 1977, une étonnante conversion au christianisme évangélique, sous l’influence de la sœur du président Jimmy Carter, lui donne le désir éphémère de transformer Hustler en magazine chrétien.

Au fil des ans, les ligues pour la vertu et les féministes le traînent devant les tribunaux. Larry Flynt jubile ! Il y plaide le droit à l’obscénité et à la parodie. Il se présente au tribunal en slip taillé dans un drapeau américain, fait de la prison mais parvient à porter deux affaires devant la Cour suprême. En 1987, la plus haute juridiction américaine lui donne raison contre un télévangéliste moqué dans une parodie de publicité.

Miloš Forman brosse de lui un portrait élogieux dans un film qui porte son nom en 1996 où il est incarné par Woody Harrelson. "Je dois admettre que je n’ai jamais acheté le magazine Hustler et je crois que je ne l’achèterai jamais", écrivait le réalisateur dans une préface de l’autobiographie de Flynt. "Mais aussi longtemps que je vivrai, j’admirerai toujours Larry Flynt : sa vie, son courage et sa ténacité", affirmait Forman.

Konbini avec AFP

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