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Impériale, Laetitia Dosch révèle tout son talent dans Jeune Femme

Publié le

par Mehdi Omaïs

© Shellac

Dans son premier long-métrage, Jeune Femme, la cinéaste Léonor Serraille révèle une actrice flamboyante : Laetitia Dosch.

© Shellac

Des cris. De la fureur. Une jeune femme qui frappe violemment à la porte de son mec. Il n’ouvre pas. Elle cogne alors de plus belle, à l’aide de sa tête, jusqu’à perdre connaissance et se réveiller dans les urgences d’un hôpital, avec en prime deux-trois points de suture. Très vite, elle réapparaît, cette fois face caméra, avec une image rugueuse, parfois floue. Elle geint, s’énerve, tempête, les veines saillantes, face à un membre du personnel médical littéralement dépassé. Elle, c’est Paula, l’héroïne du premier long-métrage de Léonor Serraille, Jeune Femme, adapté de son projet de fin d’études de la Femis et sélectionné pour Un certain regard, au Festival de Cannes.

Paula ne s’exprime visiblement qu’en fulminant. Crier est son mode d’expression. Tout en elle, de sa chevelure à sa manière de se mouvoir, renvoie à une forme de bestialité. Un peu comme un animal blessé, en perdition, qui montrerait les dents à la moindre occasion. Son mal-être puise sa source dans les confins de cette satanée solitude propre aux grandes villes. Solitude d’autant plus dévastatrice quand sonne l’heure de l’hiver. Esseulée, un chat sous le bras, elle erre alors, de portes claquées en lieux bigarrés, cherchant l’accalmie au cœur d’une capitale française qui ne lui fait presque aucun cadeau.

Laetitia Dosch impériale

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de ce premier long-métrage, outre sa sincérité manifeste et son énergie contagieuse, c’est sa comédienne, Laetitia Dosch. De tous les plans, elle insuffle à l’entreprise sa folie douce, son humour désespéré et sa grâce, embarquant le spectateur dans le voyage intime et tumultueux de son personnage. Ou comment, au contact des autres, faire taire la bête apeurée pour enfin éveiller l’humaine apaisée. "Le renouveau a toujours été d’abord un retour aux sources", écrivait Romain Gary dans La Danse de Gengis Cohn. Une phrase qui caractérise parfaitement la trajectoire de Paula.

Il y a certes, çà et là, les scories d’un premier film. Quelques aspects narratifs ne sont en effet pas assez maîtrisés, donnant parfois une impression de redite, un sentiment de répétition dans les agissements de Paula. Il n’empêche que Jeune Femme finit par étourdir, enchanter, tout en trouvant sa musicalité personnelle, sa grammaire intérieure. Celle d’un monde qui se conjuguerait à un futur d’espérance. Oui, Léonor Serraille esquisse clairement une ode à la femme, fonceuse malgré les obstacles, forte malgré la vulnérabilité. Elle s’est d’ailleurs entourée d’une équipe technique essentiellement féminine pour cette première réalisation, laquelle devrait faire parler d’elle à sa sortie, courant septembre 2017.

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