La fin de l'horrifique La Plateforme a (enfin) son explication

La petite fille, la scène finale : on vous explique tout.

De manière grossière, il existe deux catégories de films : ceux qui ne laissent aucun doute sur leur finalité, et ceux qui laissent le spectateur en suspens quant à leurs intentions. La Plateforme fait partie de cette seconde catégorie.

Le film de l’espagnol Galder Gaztelu-Urrutia, distribué en France par Netflix, a laissé dans le flou de nombreux spectateurs, avec pas mal de questions autour de la destinée de certains personnages comme du message du film. Afin de répondre aux interrogations, Netflix France a diffusé une vidéo d’une durée (tout de même) de 8 minutes et 14 secondes.

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Premier point important apporté : La Plateforme n’entend pas être, selon son réalisateur, une critique de la société, mais plutôt une "autocritique sociale" pour mieux pointer du doigt nos capacités d’empathie lorsque nos fondements (notre quotidien, nos biens, nos repères, etc.) sont remis en cause.

Le fameux "Trou" représente une énigme, la possibilité (ou non) d’accéder à nos volontés les plus chères, nos envies, nos objectifs de carrière ou de résoudre nos problèmes personnels. Certains tombent dans le trou (donc meurent) avant même d’avoir pu résoudre l’équation de leur vie. Voilà pour la métaphore originelle de l’endroit.

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La deuxième est de symboliser le système capitaliste : il faut beaucoup de travail et d’endurance pour se nourrir, grimper les échelons, obtenir des opportunités. Parfois on monte, parfois on tombe. Parfois on gagne, parfois on perd. Tout en haut, le niveau zéro régit le lieu, ce système oppressif en béton armé dans lequel on rencontre différents profils : l’avide de pouvoir et de ressources (Trimgasi) qui ne pense qu’à lui ou la personne altruiste (Imoughari) dont les valeurs se sont perdues dans le système.

Goreng, Don Quichotte sans solution

Au milieu de cette histoire, Goreng. Il est celui que le spectateur suit. Il est le narrateur, ce Don Quichotte qui lui ressemble tant, physiquement comme dans sa perception de la réalité. Ce n’est pas un héros, car il n’est en aucun cas la solution à ce système : lui-même va devenir le bourreau de certains hôtes de la plateforme, quand il entreprendra sa sanglante descente jusqu’au dernier niveau, afin de réguler la consommation des denrées dans une volonté de solidarité. Il finira par tuer pour que son message passe : un système oppressif en remplace un autre.

Jusqu’à l’arrivée de la petite fille, découverte alors que la "panna cotta" était encore le "message". La petite fille est le symbole le plus important de la dernière partie du film : elle représente la pureté, elle est inconnue de tous et on la retrouve dans les bas-fonds d’une société capitaliste. Elle est aussi l’être le plus vulnérable de la plateforme.

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Même Imoughari, représentante du système, ne savait rien de son existence comme des 133 niveaux au-dessous des 200 premiers. La vidéo explicative y voit une métaphore, celle de toutes ces personnes qui sont invisibles, oubliées du système. Si invisibles que la fille et sa mère (Miharu, qui signifie en japonais à la fois "protéger" et "faire ouvrir les yeux"), sont muettes.

Et que se passe-t-il dans les dernières minutes du film ? Goreng arrive au dernier niveau mais il ne peut remonter avec la fille jusqu’au niveau zéro car "son cannibalisme et ses meurtres l’ont trop corrompu pour monter avec elle". Le voilà donc mort. Comme le précise le réalisateur au site Digital Spy, le niveau le plus bas n’existe pas – mais la fille, si, et elle est bien vivante. Galder Gaztelu-Urrutia a même tourné une scène supplémentaire, coupée au montage : on aurait vu la petite fille arriver au premier niveau.

Si ces éléments précisent l’intrigue et apportent une eau métaphorique aux moulins d’un Goreng don quichottien, La Plateforme n’a pas de conclusion claire, sinon d’affirmer qu’il n’est guère utile de remplacer un système oppressif par un autre, alors qu’aucune nouvelle solution n’est apportée. Pour autant, et la petite fille est là pour défendre cette idée, les prochaines générations pourront (peut-être) trouver une réponse.

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Par Louis Lepron, publié le 17/04/2020