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La culture en France : un secteur économique essentiel

Publié le

par Pénélope Meyzenc

En France, la culture contribue sept fois plus au PIB que l'industrie automobile.

Du spectacle vivant au cinéma en passant par la musique et les arts appliqués : depuis le début de la crise du coronavirus, les acteurs du secteur culturel tentent de se "réinventer" et "d’enfourcher le tigre", à la demande d’Emmanuel Macron. Depuis de longs mois, les salles de concerts gardent portes closes, alors que les musées, théâtres et cinémas rouvrent doucement au public. Malheureusement, cette crise sanitaire sans précédent a affaibli ce secteur pourtant essentiel à l’économie française.

Un secteur économique essentiel

La culture contribue grandement au développement de nombreux écosystèmes régionaux et pèse donc, à ce titre, dans le PIB de la France depuis toujours. En 2018, pour rappel, le poids économique direct de la culture, c’est-à-dire la valeur ajoutée de l’ensemble des branches culturelles, s’élevait à 47 milliards d’euros.

En 2015, dans un rapport conjoint des ministères de l’Économie et de la Culture et selon des calculs de l’INSEE, la culture en France équivalait à 3,2 % du PIB, soit 7 fois plus que l’industrie automobile. Aujourd’hui, le secteur compte près de 80 000 entreprises et plus de 635 000 salariés directs.

Au global, en comprenant les dix secteurs étudiés par le document (arts visuels, musique, spectacle vivant, cinéma, télévision, radio, jeu vidéo, livre, presse, création publicitaire), le milieu approchait 1,3 million d’emplois pour 83,6 milliards de revenus, soit "plus du double des emplois liés à la production automobile". Sans compter que cette culture à la française "constitue […] un véritable 'soft power' français, pour nos exportations, notre influence" avec près de "2,7 milliards d’euros" d’exportations de biens culturels.

Au grand désespoir des professionnels, malgré une reprise de l’activité et les mesures de soutien prises par le gouvernement pour venir à son secours, cette industrie semble encore avoir du mal à se relever. Car selon une récente enquête publiée le 2 juillet par le ministère de la Culture et réalisée sur près de 7 800 acteurs, le bilan de la crise du coronavirus est catastrophique et les pertes sont colossales.

Ce dernier estime la baisse moyenne du chiffre d’affaires pour les secteurs culturels à 25 % en 2020 par rapport à 2019, et chiffre à 22,3 milliards d’euros l’impact de la crise du coronavirus sur cette industrie. C’est finalement les secteurs du spectacle vivant et du patrimoine qui sont les plus touchés, voyant leurs chiffres d’affaires chuter respectivement de 72 % et 36 %.

Des acteurs dans le flou

Au mois de mai, dans le cadre de son plan de sauvetage de la culture, le gouvernement annonçait avoir mobilisé plus de 5 milliards d’euros depuis le mois de mars pour atténuer les conséquences de la crise sur les différentes branches de la culture. Pourtant, aujourd’hui, ses acteurs restent encore dans le flou, alors que les conséquences commencent à se faire sentir.

On le sait, les salles de concerts et boîtes de nuit n’ont pas pu rouvrir, les festivals d’été ont quasiment tous été annulés, alors même que les grands évènements artistiques de la rentrée ne pourront pas non plus avoir lieu comme la Biennale d’art contemporain de Lyon, et celle de Paris au Grand Palais.

Ceux qui ne sont pas encore déconfinés attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés. C’est notamment le cas des programmateurs et propriétaires de salles de concerts ou d’établissements de nuit, conscients de la complexité des nouvelles règles relatives aux gestes barrières. La rentrée s’annonce encore difficile pour ceux, en tout cas, qui n’ont pas encore mis la clé sous la porte.

Faux espoir il y a quelques jours encore, alors que le premier ministre revenait sur l’annonce du 2 août du ministère de Roselyne Bachelot indiquant que les rassemblements culturels de plus de 5 000 personnes pourraient être autorisés à compter du 15 août par les préfets en respectant "certaines conditions" sanitaires. Cette annonce a en effet été prorogée par Jean Castex et l’interdiction des événements de plus de 5 000 personnes a été prolongée jusqu’au 30 octobre.

Véritable cercle vicieux pour les acteurs dont les activités sont encore gelées. Ceux-ci ne voient plus la fin de ce cauchemar : "Agacement, désolation, ras-le-bol, c’est ce que nous ressentons : nous sommes le seul secteur qui n’a pas repris", se désolait il y a quelques jours auprès de l’AFP Aurélie Hannedouche, du Syndicat des musiques actuelles (Sma).

Une industrie délaissée ?

En 2015, selon une étude EY sur l’empreinte économique mondiale de la culture, ce secteur représentait 7,7 millions d’emplois en Europe seulement pour un revenu total de 709 milliards de dollars. Ce secteur, qui est un très gros employeur en France, semble pourtant avoir été relativement délaissé au cours des derniers mois, une constatation à l’image de ces dernières années. Même si la nouvelle ministre de la Culture assurait sur ses réseaux sociaux que "nous continuerons à avancer, ensemble", les acteurs se sentent abandonnés.

Pascal Nègre, ancien président d’Universal Music France et ex-vice président d’Universal Music International, déclarait il y a quelques jours sur Twitter qu’il "est temps que le ministère de la Culture arrête de jouer avec les mots et donc les artistes et le public ! Il faut avoir le courage de dire qu’il n’y aura aucun concert cette année et mettre un vrai plan d’aide en place pour la filière sinistrée".

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La considération de cette filière fait d’ailleurs l’objet de vives critiques depuis de nombreuses années. Ses acteurs dénoncent régulièrement un manque de reconnaissance politique et économique d’un secteur qui contribue pourtant grandement au rayonnement de la France à travers le monde. Manque de moyens ou d’attention, cette industrie délaissée l’est à nouveau en ces temps de crise, restant une fois de plus le parent pauvre du système.

Un manque de public ?

À l’ensemble de ces difficultés s’ajoute une nouvelle complication : la mentalité des Français semble aussi avoir évolué. Alors qu’une majorité d’entre eux n’a pas quitté le territoire cet été, leur intérêt pour les lieux culturels clos, en tout cas, ne semble pas s’être réveillé.

Crainte de se confronter à un public important, de se retrouver dans un espace couvert ou de se plier aux nouvelles normes sanitaires : cette crise pourrait avoir donné naissance à de nouveaux types de spectateurs. Nombreux sont ceux qui préfèrent aujourd’hui s’orienter par exemple vers les nouvelles versions numériques des évènements culturels, ceux-là mêmes qui ont sauvé tant bien que mal les artistes et évènements pendant le confinement.

Ces spectateurs se réapproprient leur rapport à l’art, et pourraient souhaiter en profiter autrement. Espérons qu’après un manque de considération politique, ce ne sera pas au tour du public d’abandonner la culture.

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