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Konbini Book Club : 5 livres à dévorer si vous avez aimé le film Get Out

Publié le

par Leonard Desbrieres

© Blumhouse Productions

Konbini inaugure sa bibliothèque idéale, en phase avec l’actualité pop culture du moment.

© Blumhouse Productions

C’est l’histoire d’un Noir qui va rendre visite à sa belle famille… Non, non, ce n’est pas une blague de Jean-Marie Bigard mais bien le point de départ de l’un des plus beaux paris hollywoodiens de ces dernières années. Dans Get Out, le réalisateur Jordan Peele utilise les codes du film d’horreur pour proposer une réécriture contemporaine du classique des années 1960 Devine qui vient dîner (de Stanley Kramer avec Spencer Tracy, Sidney Poitier et Katharine Hepburn).

En arrière-plan de ce projet détonnant, une thématique qui hante la société américaine depuis plusieurs siècles : la question de la ségrégation raciale. Un sujet dont les écrivains américains ont fait leur cheval de bataille. Retour sur cinq livres emblématiques de la littérature afro-américaine.

Le classique : Beloved, de Toni Morrison (1987)

Pourquoi le lire ? Parce que Beloved est le chef-d’œuvre de référence sur les racines de l’Amérique noire et les réalités de l’esclavage. Tout comme le film Get Out, ce roman fait froid dans le dos avec un mélange de tension et de peur derrière lequel se cache une attaque en règle contre la société américaine. Un livre qui résume à lui tout seul le combat et la vitalité de Toni Morrison, une femme hors norme, seul auteur afro-américain à avoir reçu le prix Nobel de littérature (en 1993, pour l’ensemble de son œuvre).

Le pitch : Beloved, c’est l’histoire de Sethe, une ancienne esclave devenue maîtresse de maison qui tente de vivre avec la décision qu’elle a prise dix-huit ans auparavant, dans un acte d’amour maternel désespéré, d’égorger son enfant pour lui épargner une vie d’esclave. Entre deuil et rédemption, l’histoire de cette femme bascule lorsque les fantômes du passé viennent frapper à la porte sous les traits d’une inconnue portant une étrange cicatrice au niveau du cou.

L’auteure : l’ensemble de la bibliographie de Toni Morrison pourrait être cité comme la référence de la littérature noire américaine. L’écrivaine a passé sa vie à brosser le tableau des tragiques réalités de l’Amérique : l’esclavage, la ségrégation, l’identité bafouée ou encore le déracinement. Une œuvre tout entière vouée à redonner du sens à la culture afro-américaine face au modèle blanc qui écrase tout sur son passage.

À noter : en 1998, l’adaptation plutôt réussie de Beloved par Jonathan Demme avec Oprah Winfrey, Danny Glover et Thandie Newton.

Beloved a été publié en français par les éditions Christian Bourgois.

La nouvelle référence : Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie (2015)

Pourquoi le lire ? Parce que Chimamanda Ngozi Adichie est devenue la grande voix féminine de la littérature mondiale. Dans ce roman, elle fait valser le politiquement correct et détruit les clichés sur la race ou le statut d’immigrant avec humour et émotion. Quinze ans d’histoire américaine racontés sous forme d’un carnet de voyage captivant auquel on devient complètement accro.

Le pitch : l’histoire est largement autobiographique. Ifemelu, une étudiante nigériane décide d’émigrer aux États-Unis en abandonnant derrière elle son grand amour. Pendant plus de quinze ans, elle va mener un combat pour trouver sa place entre le monde blanc et l’univers rude et cloisonné des Afro-Américains. Une histoire d’amour à la fois drôle et grave avec en toile de fond le racisme et les violences qu’il engendre.

L’auteure : certains voient en elle l’héritière de Toni Morrison. La romancière, qui partage sa vie depuis l’âge de 19 ans entre le Nigéria et les États-Unis, connaît de l’intérieur la difficulté d’être noire au pays de Donald Trump. Outre son engagement pour la cause noire, elle est depuis des années l’une des figures emblématiques du féminisme mondial. Ci-dessous, son discours We Should All Be Feminist, à voir ABSOLUMENT.

Americanah a été publié en français par les éditions Gallimard.

L’essai coup de poing : Une colère noire, de Ta-Nehisi Coates (2016)

Pourquoi le lire ? "En Amérique, la destruction du corps noir est une tradition – un héritage", lit-on. C’est simple, chaque phrase de cet essai est une punchline sur laquelle on a envie de s’arrêter. Une colère noire – lettre à mon fils est un cri de rage puissant dont l’objectif principal est la prise de conscience : la ségrégation raciale aux États-Unis est toujours bel et bien d’actualité. Et c’est réussi ! On reste sans voix devant ce livre dont la résonance est d’autant plus forte en pleine présidence Trump.

Le pitch :
à l’origine de ce livre ? Les sanglots du fils de l’auteur, âgé de 15 ans, après l’acquittement des policiers responsables de la mort de Michael Brown, l’adolescent abattu de six balles à Ferguson en 2014. Ta-Nehisi Coates rédige alors un pamphlet sous forme de lettre adressée à son fils pour attaquer au vitriol une Amérique qui dresse en paravent son fameux rêve pour mieux dissimuler les violences faites aux minorités.

L’auteur : Toni Morrison dit de lui qu’il est le nouveau James Baldwin, la nouvelle voix de la communauté noire américaine. Né en 1975 à Baltimore – une ville où la communauté noire, très importante, est particulièrement touchée par la discrimination raciale –, il suit depuis plus de vingt ans pour le magazine The Atlantic les vagues de violences et de protestation qui agitent le pays.

L’actualité littéraire : The Underground Railroad, de Colson Whitehead (2017)

Pourquoi le lire ? The Underground Railroad est une perle rare, à la fois un "page turner" addictif et un roman engagé sur l’histoire de l’Amérique. Un périple à travers les États-Unis qui captive autant qu’il fait réfléchir, le combo parfait.

Une dernière preuve, s’il en fallait, de la qualité de cette œuvre : les droits viennent d’être achetés par le scénariste et réalisateur du génial Moonlight Barry Jenkins pour une adaptation en série produite par Amazon. On en salive d’avance !

Le pitch : couronné en avril dernier du prix Pulitzer, le plus prestigieux prix littéraire américain, The Underground Railroad, du nom des réseaux clandestins qui venaient en aide aux esclaves avant la guerre de Sécession, raconte le périple d’une jeune esclave noire, Cora, qui s’évade d’une plantation de Georgie à travers des galeries souterraines. À chaque étape, lorsqu’elle sort de ce labyrinthe, elle se retrouve dans un État différent des États-Unis et se voit confrontée à des personnes ayant chacune sa conception de la notion de race. Un conte philosophique qui fait beaucoup penser au Candide de Voltaire.

L’auteur : né à New York en 1969, diplômé d’Harvard, journaliste au New York Times, Colson Whitehead est le grand espoir du roman afro-américain. The Underground Railroad est son sixième roman.

The Underground Railroad est paru en anglais aux éditions Penguin/Random House et sera publié en français le 23 août prochain par les éditions Albin Michel.

Le livre WTF : Black Boy Feelings, vol. 1: Boyhood, de Richard Bryan et Jeana Lindo (2017)

Pourquoi le lire ? Parce que Black Boy Feelings est un livre assez barré qui porte un message fort sur un sujet très peu mis en avant. À travers des poèmes, des essais ou des photos, l’ouvrage entend venir à bout du stéréotype selon lequel l’homme noir est forcément un gros dur hermétique à tous sentiments… Une autre facette de la lutte contre les préjugés raciaux, plus légère, mais tout aussi importante.

Le pitch : compte Instagram, boutique en ligne, organisation d’événements et maintenant parution d’une anthologie : Black Boy Feelings est un mouvement ambitieux. Un seul combat : mettre en lumière la sensibilité et la vulnérabilité de l’homme noir. Avec ce livre, le collectif rassemble de nombreux projets artistiques qui mettent brillamment en scène ce combat.

Les auteurs : Richard Bryan et Jeana Lindo sont deux amis d’enfance récemment diplômés. Ils sont les instigateurs, avec le soutien d’artistes comme Kid Cudi, du mouvement #blackboyfeelings dont ce livre est issu. Sur le modèle du mouvement #blackgirlmagic, ils luttent au quotidien contre des formes trop souvent oubliées de racisme ordinaire.

Mad love for @kafka_is_daddy rocking that fur and our #tshirt out here. #wintergear #blackboyfeelings #blonde #blackandqueerarenotmutuallyexclusive

Une publication partagée par Black Boy Feelings (@blackboyfeelings) le

Black Boy Feelings est disponible ici.

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