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Kheiron : "Mes parents sont des êtres surhumains"

Publié le

par Fanny Hubert

Pour évoquer Nous trois ou rien, le premier film de Kheiron, rien de mieux que d'en parler avec lui. 

Raconter l'histoire de ses parents est un projet qui lui tenait vraiment à cœur. Kheiron est donc passé derrière la caméra pour la mettre en images et en mots. Ses parents, Hibat et Fereshteh, ont quitté l’Iran quand leur fils avait moins d’un an. Après avoir rencontré pas mal de difficultés pour rejoindre la France, ils y arrivent à force de courage et de persévérance.

Pour parler du film et de cette histoire touchante, nous avons rencontré Kheiron, qui ne cache pas son amour pour celui et celle qui l'ont élevé et qui lui ont inculqué des valeurs qui régissent désormais sa vie d'acteur, d'humoriste et maintenant de réalisateur.

Konbini | Qu'est-ce qui t'a donné envie de raconter l'histoire de tes parents ?

Kheiron | Depuis que je suis tout petit, je me dis que c'est une histoire folle à raconter et qu'elle a un potentiel cinématographique important. C'est une histoire qui a une portée très inspirante. Donc dès que j'ai eu les moyens d'en faire un film, je l'ai fait.

Quelle a été la réaction de tes parents quand ils ont su que tu allais faire un film sur leur histoire ?

Ça les amuse. En fait, ils suivent ma carrière de loin. Quand je leur dis que je joue dans une salle devant 800 personnes, ils me disent : "Ah c'est cool!". Et quand ils viennent me voir jouer, c'est : "Ah oui quand même, il y avait beaucoup de gens". Là pour le film, ils m'ont dit "c'est bien mon fils amuse-toi". Et puis ils sont venus sur le tournage et ils ont commencé à halluciner.

Tu avais 10 mois quand tes parents ont fui l'Iran. À quel moment est-ce qu'ils t'ont raconté leur histoire ?

Je l'ai toujours su. Il n'y a pas eu un moment où ils m'ont dit "assieds-toi, on va parler". Ça n'a jamais été un secret. C'était l'histoire familiale. Ils m'ont toujours dit que c'est important d'avoir un plan A et un plan B. Eux, ils ont dû tout quitter pour aller vivre ailleurs. J'ai toujours vécu en me disant que quelque chose d'horrible pouvait m'arriver demain.

Est-ce que tu es déjà allé en Iran ?

Non. Mes parents avaient peur que j'y aille et qu'ils me gardent pour l'armée ou à cause de leur passif. J'ai eu la nationalité française quand j'avais 15/16 ans et j'ai commencé à travailler mon art. Je suis un grand bosseur, je prends qu'une semaine de vacances par an. C'est dur d'aller ailleurs quand tu prends qu'une semaine de vacances. Je ne me sens pas exilé. Je me sens français. Je pense que c'est le jour où j'aurai des enfants que j'aurai envie d'aller là-bas.

Dans le film, le personnage du Chah d'Iran interprété par Alexandre Astier est drôle et totalement à côté de la plaque. Pourquoi l'avoir imaginé de cette manière ?

J'ai beaucoup discuté avec mes parents pour faire ce film. Ils m'ont raconté ce qu'il s'était passé. Apparemment, vers la fin de la révolution, le Chah, quand il savait que c'était fini pour lui, aurait dit : "Mais pourquoi ils m'ont pas dit avant qu'ils étaient malheureux ?" Alors que les gens manifestaient depuis des mois et des mois. Il a minimisé la situation. Pour moi, un dictateur c'est un enfant. Une âme d'enfant qui se croit tout permis. Le Chah a brisé des vies mais le plus intéressant pour moi c'était d'en faire un bouffon.

En fait, en Iran il y avait deux ennemis à montrer : le Chah et les islamistes. Le Chah a supprimé la liberté d'expression mais pas les libertés individuelles. Les femmes pouvaient porter des jupes, les hommes s'habillaient comme ils voulaient. L'Iran était proche des États-Unis, c'était un pilier du continent à ce moment-là. Quand les islamistes sont arrivés, ils ont en plus supprimé les libertés individuelles. Il fallait créer un décalage entre le roi fou et moderne qu'était le Chah et les islamistes.

Le film oscille entre moments extrêmement drôles et d'autres très dramatiques et violents. Comment est-ce que tu as trouvé cet équilibre entre les deux ?

Je le fais à l'instinct. En plus, mes parents sont les premiers à rigoler de leur situation. Une fois, mon père est venu sur le tournage et je faisais une scène où j'étais dans le mitard. La maquilleuse mettait deux heures et demi à montrer que je venais de me faire torturer. Et mon père me dit : "Toi t'as mis 2h30. Moi j'ai mis 3 minutes à être comme ça".

Quel est ton sentiment sur la crise actuelle des migrants ?

C'est compliqué. J'aime bien le modèle canadien mais il y a des avantages et des inconvénients. Ils font passer des stages intensifs et des tests aux migrants. Et si les migrants ne maîtrisent pas les bases, ils ne peuvent pas rester. Mais l'inconvénient c'est que c'est une immigration choisie. Il faut un juste milieu entre les deux. 

Ce qu'il faudrait c'est aider les pays d'origine et considérer les migrants comme des invités. La Terre doit être à tout le monde. On ne devrait pas avoir à répondre à un quelconque gouvernement. Mais c'est une question très compliquée. Pour moi, mes parents sont des êtres surhumains. Ils maîtrisent mieux le français que certains Français que je connais. Ils sont un exemple de réussite mais ça ne devrait pas être aussi compliqué.

Ce qui ressort surtout du film est un fort message de tolérance et d'espoir. C'est ça que tu as voulu véhiculer ?

Oui, c'est exactement ça. Mes parents doivent beaucoup aux gens qu'ils ont rencontrés. Finalement le film c'est "Nous tous ou rien". Et j'aime beaucoup cette phrase : "Si l'on n'arrive pas à vivre ensemble, on mourra seul".