(© Metropolitan FilmExport – Harold & Kumar Chassent Le Burger )

À défaut d'être mis en valeur à Hollywood, les Asiatiques se mobilisent sur YouTube

Dans une société de l'image où Hollywood dicte ses lois, YouTube est une alternative qui permet aux Asiatiques d'être visibles. Analyse de la crise du héros américain. 

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John Cho et Kal Penn dans Harold & Kumar chassent le burger. (© Metropolitan FilmExport)

Pas plus tard que la semaine dernière, les médias pointaient du doigt Hollywood avec le petit scandale que l'adaptation de Mulan en live action a provoqué. Un premier scénario chassait la guerrière du rôle-titre et la remplaçait par un Américain de moins de 30 ans. Les internautes, fan de Mulan pour la plupart, se sont immédiatement mobilisés sur la Toile et Disney a finalement rectifié le tir. Le problème, c'est que cette affaire est loin d'être un cas isolé.

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Notons qu'à Hollywood, seulement 1 % des rôles principaux sont actuellement distribués à des acteurs asiatiques. Pour rapporter de l’argent, un film  doit marcher tout de suite. Les productions utilisent donc des arguments qui vont attirer le public pendant la promotion du film, bien avant sa sortie dans les salles. Autrement dit, Hollywood mise de moins en moins sur la nouveauté et l'audace pour s'assurer un succès. Visualisé comme un consommateur, le spectateur se voit offrir en apparences un large choix,  mais il s'agit majoritairement de produits très standardisés. Si l'ostracisme qui vise les artistes asiatiques à Hollywood est vivace, les initiatives pour en venir à bout sont nombreuses sur Internet. Voici quelques exemples.

#StarringJohnCho : pour éveiller les consciences

Pour contrer le whitewashing et l'inégalité raciale dans le monde du spectacle, il existe un hashtag. En effet, #StarringJohnCho évoque ce problème majeur et récurrent imposé par Hollywood. John Cho est un acteur américain d'origine sud-coréenne qui s'est fait remarquer dans la franchise American Pie. Au début, son personnage ne possède pas de nom, puis, à partir du troisième épisode, il commence à prendre de l'importance dans la série. Depuis, la carrière de John Cho a évolué (Star Trek, Sleepy Hollow, Une nuit à New York...)  et l'acteur s'est imposé malgré lui comme le leader des stars asiatiques dans les films hollywoodiens. De là est né le hashtag #StarringJohnCho, un mouvement social qui imagine les blockbusters avec des héros asiatiques dans les rôles-titres :

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Traduction : "Je me souviens de ce que me disait mon prof d'équations non-linéaires : il faut toujours compter sur une variable.

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Traduction : "Un étudiant lance un appel pour la représentation des Américains d'origine asiatique au cinéma. #StarringJohnCho" 

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A Movie poster with a Asian Star should not be a rare thing. 1 out 7 of is better than 0 out of 7.
Traduction : ". Une affiche de film avec une star asiatique de devrait pas être une chose rare. 1 sur 7, c'est toujours mieux que 0 sur 7."

Ki Hong Lee, une vitalité du cinéma asiatique

On assiste donc à un nouveau débat au cinéma, une sorte de crise du héros américain. Un jeune acteur, Ki Hong Lee (aperçu dans la franchise Le Labyrinthe) soulève, dans une vidéo très optimiste, les principaux problèmes auxquels les Asiatiques sont confrontés dans le milieu du cinéma :
L'acteur américain d'origine sud-coréenne explique qu'il ne faut pas se formater à l'industrie du cinéma, par exemple : changer son nom, juste parce ce qu'il n'est pas facile à retenir. Cette pratique, très courante, révèle que le socle d'une carrière ne tient parfois qu'à des détails superficiels. Certes, un acteur, par définition, doit parfois dissimuler une part de sa personnalité (son métier consiste à interpréter des personnages) mais ce cas de figure est radical pour pouvoir accéder à la célébrité : changer de nom pour un souci de prononciation est anormal et scandaleux.

YouTube, la société virtuelle pour exister ?

Dans une société où tout le monde veut être vu, la seule alternative pour faire bouger les choses, c'est Internet. C'est en effet une plateforme accessible à tous qui crée sans cesse un monde où chaque personne peut être regardée, observée, écoutée. Des youtubeurs de More Wong Fu ont invité pour leur traditionnel "Lunch Break" Ki Hong Lee à parler de sa position dans le cinéma :
Dans une ambiance plutôt détendue, les hôtes en viennent à charrier l'acteur sur son sex-appeal. Loin d'être lourde, cette blague soulève en fait une autre réalité : il n'y a pas que les stars hollywoodiennes, surexposées, qui peuvent faire fantasmer.
YouTube semble être devenu le nouveau moyen pour les jeunes vidéastes d'origines asiatiques d'exister et de se faire entendre. Toutes ces chaînes (Wong Fu ProductionsKevJumba...) ont renforcé chez les Américains d'origine asiatique un sentiment d'appartenance à leur communauté et ont éveillé chez eux une certaine fierté pour leurs origines. C'est en regardant ces vidéos que, par exemple, la blogueuse Karen Hao, qui a écrit un article sur la visibilité des Asiatiques, s'est découvert une force dans sa différence, et qu'elle a compris qu'elle avait bien sa place aux États-Unis.

L'étude de cette blogueuse et son témoignage sont à relayer car ils mettent en lumière les inégalités scandaleusement importantes qui façonnent cette société du spectacle de masse. Le cinéma d'aujourd'hui nous abrutit avec les mêmes images, les mêmes visages car il s'engouffre dans un processus capitaliste. Les internautes arriveront-ils à dompter le cirque hollywoodien ?

Par Lucille Bion, publié le 18/10/2016

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