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"Je sais que je vais cartonner" : quand les figurants rêvent de gloire

Publié le

par Richard Duclos

Dans un film d'auteur comme dans un blockbuster, les figurants ont pour point commun... d'être ignorés. Et pourtant, nombre d'entre eux rêvent de percer dans le milieu.

Le rêve devient réalité pour Bérénice Béjo dans <em>The Artist.</em> (© Warner Bros. France)

"C'est magique. Je vis un vrai conte." L'excitation perce dans la voix de Jean-Jacques, comédien en herbe de 41 ans. "Les Aventures de Spirou et Fantasio, Remise de peine... En un mois, j'ai enchaîné quatre films. J'ai eu la chance de tourner avec Audrey Tautou, Karin Viard et Christian Clavier." Pourtant, Jean-Jacques ne verra sans doute pas son nom à l'affiche des films auxquels il vient de participer : car il n'y est que figurant.

Ils marchent dans la rue, prennent le métro, lisent un journal dans un café ou font du shopping. Dans les films, les figurants composent une armée de l'ombre, à peine remarquée mais facile à rejoindre : une simple photo envoyée en réponse à une annonce suffit souvent pour être recruté.

Marie-Josée, 58 ans, a ainsi récemment pu mettre les pieds sur le tournage du film Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, dans lequel elle incarne une joueuse de bingo. Comme pour beaucoup, c'est la curiosité, l'envie de voir les coulisses et de participer à une expérience sortant de l'ordinaire qui l'ont poussée à faire de la figuration : "On a le cœur qui bat la chamade quand on voit des célébrités pour de vrai", confie-t-elle.

Généralement, les figurants se voient bien préciser qu'ils ne doivent pas approcher les acteurs, afin de ne pas les déranger dans leur travail. Certains, comme Jean-Jacques, parviennent malgré tout à les aborder, le temps de quelques selfies qui font ensuite leur fierté.

10 heures d'attente

Passé l'excitation des strass et paillettes, ou du moins des caméras, être figurant consiste en grande partie à attendre qu'on ait besoin de vous. Juline, 21 ans, l'a constaté sur le tournage de Knock, un film avec Omar Sy prévu pour fin 2017. "Mais l'ambiance est conviviale, alors ça compense", précise-t-elle. Séduite par l'expérience, elle s'est depuis inscrite sur le site Figurants.com, qui se déclare "en pleine expansion" : "Je surveille tous les jours si une annonce correspond à mon profil", indique-t-elle.

"Pour une figuration dans la série Versailles, j'ai attendu dix heures dans une salle avec une centaine de personnes. Au bout d'un moment on est venu me chercher, on m'a briefé 20 secondes, et voilà. C'est assez rock'n'roll", se souvient Baptiste, 22 ans. Cet élève du cours Florent a déjà participé à une quinzaine de tournages, dont le récent biopic sur Dalida, et ne cache pas faire cela pour l'argent.

En moyenne, une journée de figuration est payée entre 80 et 100 euros. Un salaire modeste pour les figurants dits professionnels (environ 10 % des figurants), des intermittents du spectacle qui vivent entre autres de cette activité, sans garantie de tourner tous les jours, mais plutôt alléchant pour les figurants occasionnels. D'autant que la rémunération augmente si le figurant porte un costume, ou prononce une réplique, ce qui lui fait obtenir alors le statut de "silhouette". Le tout est encadré par des conventions : la silhouette parlante, qui prononce jusqu'à cinq mots, est ainsi payée 250 euros.  "Ça paye plus que l'hôpital", constate en riant Roxanne, étudiante en médecine, figurante sur le film de Katell Quillévéré Réparer les vivants.

"À un moment donné t'es rien, puis tu es quelqu'un"

Arrondir les fins de mois, et pourquoi pas, en prime, taper dans l’œil d'un réalisateur : c'est l'espoir qui anime de nombreux figurants, qui rêvent de se voir proposer non pas une apparition muette, mais un vrai rôle, peut-être même le premier. Cela s'est déjà vu : Déborah Lukumuena, qui vient de remporter le César du meilleur second rôle féminin, s'est par exemple présentée au casting de Divines comme figurante... Mais ces belles histoires restent exceptionnelles, rappelle Nathalie de Médrano, présidente de l'ACFDA (Association des chargés de figuration et de distribution artistique) : "C'est absolument rarissime. Cela peut arriver avec les castings ''sauvages', quand un réalisateur cherche de nouvelles têtes. Mais la plupart du temps les rôles importants sont déjà distribués quand on commence à recruter pour de la figuration."

Qu'importe, Mariella, 36 ans, croit en ses chances : "Je sais que si je suis prise pour un casting, je vais cartonner, je vais me faire remarquer, montrer le meilleur de moi-même et prendre des contacts, me faire mon réseau. Il suffit d'avoir une personnalité qui ne passe pas inaperçue."

Jean-Jacques y croit lui aussi :  un moment donné t'es rien, puis tu es quelqu'un. J'ai toutes mes chances, vu la confiance qu'on me donne sur les tournages. Aujourd'hui, on peut être noir et acteur en France. Ça me donne envie, pas d'être un Omar Sy, mais d'être un Jean-Jacques." Un Jean-Jacques qui, un jour peut-être, sera à son tour sous les feux de la rampe...

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