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Entretien : Michael C. Hall, la vie après Dexter

Publié le

par Constance Bloch

Aujourd'hui sort en salles Cold in July de Jim Mickle. À l'affiche, on retrouve la star de la série Dexter, Michael C. Hall, presque méconnaissable dans la peau d'un homme lambda pris dans un engrenage d'événements macabres. Rencontre avec un ancien serial killer.

On l'avait laissé dans l'épisode final de la saison 8 de Dexter. Mais après s'être glissé de nombreuses années dans la peau d'un serial killer pas vraiment comme les autres, Michael C. Hall est de retour sur le grand écran. En effet, c'est à l'affiche de Cold in July qu'on le retrouve, et il n'a plus rien d'un héros sanguinaire. Au contraire.

Dans le thriller réalisé par Jim Mickle (Skateland) et adapté du roman de Joe R. Lansdale, Michael C. Hall campe Richard Dane, un Américain sans histoire qui tue un homme – presque sans faire exprès – qui vient de pénétrer chez lui en pleine nuit. Il va alors se retrouver plongé dans une spirale de violence qui va vite devenir très difficilement maîtrisable. Présenté en début d’année au festival de Sundance, le thriller mêle des influences de séries B et de film noir avec brio. Outre Michael C. Hall, on retrouve au casting Sam Shepard et Don Johnson.

À l'occasion de la sortie en salles du film aujourd'hui, nous nous sommes entretenus avec la vedette du petit écran aux multiples casquettes, que l'on retrouve également sur Broadway à pousser la chansonnette travesti en femme dans une comédie musicale.

Michael C. Hall dans <em>Cold in July</em>

Konbini | Je sais que vous devez en avoir marre que l'on vous parle de Dexter dans toutes vos interviews, mais c'est le rôle qui vous a rendu mondialement célèbre. Comment gérez-vous ce "bagage Dexter" dans votre carrière ?

Michael C. Hall | Je pense que Cold in July est le premier pas de mon "exorcisme de Dexter" (rires). J'ai fini la série et j'ai joué dans ce film un personnage complètement différent, quelqu'un qui tue quelqu'un d'autre sans vraiment le vouloir, et qui en sort horrifié et traumatisé, bien loin de mon rôle d'avant.

Je sais que je suis et peut-être serai toujours associé à Dexter pour le reste de ma carrière, mais à présent je suis juste très excité des nouveaux horizons qui s'ouvrent à moi, dans lesquels je vais pouvoir davantage mélanger les projets. Depuis que j'ai fini le film, je joue le personnage d'Hedwig sur Brodway par exemple, le rock'n'roller transgenre !

K | J'ai vu ça, c'est génial car vous changez complètement votre image, vous vous habillez en femme et vous bougez sur scène comme si vous aviez fait ça toute votre vie...

Oui c'est d'ailleurs sûrement le passage final de mon "exorcisme de Dexter", j'ai l'impression de m'être enfin reconstitué et d'avoir fait complètement sortir le serial killer de mon système (rires).

K | L'une des différences essentielles entre jouer un rôle dans une série ou dans un film, c'est que dans ce dernier, on sait comment ça va finir. Qu'est-ce que ça change dans l'approche du personnage ?

Je pense que lorsqu'on joue dans un film, on peut avoir une vision plus globale ainsi qu'une plus grande compréhension de l'histoire que l'on raconte. Alors que dans une série, votre personnage évolue et change parfois de manière complètement imprévisible et il faut donc s'adapter.

Je l'ai déjà dit auparavant mais je pense que ça résume bien la chose : interpréter un personnage dans un film est comme une aventure amoureuse alors que dans une série, c'est plus comme un mariage (rires).

K | Dans vos derniers films, vous avez pris un tournant plus indé, Kill your Darlings l'année dernière, et plus récemment Cold in July. Pourquoi avoir choisi ces projets ?

Je pense que ces projets m'ont choisi autant que je les ai choisis... Les deux m'ont attiré parce que les histoires qu'ils racontaient me paraissaient irrésistibles, et qu'accepter ces rôles était une partie fondamentale dans le fait de raconter ces histoires. C'est aussi simple que ça.

Et dans les deux cas, j'avais vraiment foi en les réalisateurs et j'avais vraiment hâte d'être sur les tournages. Et avec Cold in July, c'est vrai qu'avoir l'opportunité de travailler avec Sam [Shepard] et Don [Johnson], c'était difficilement refusable.

K | Aviez-vous entendu parler de Jim Mickle avant qu'il ne vous propose le rôle ?

Non, je l'ai rencontré à une soirée au Festival du film de Sundance où Cold in July a fait sa première exactement un an après. J'ai lu le scénario et j'ai compris que le long métrage était sur le point d'être tourné.

J'ai donc repris rendez-vous avec lui et Nick Damici, le co-scénariste, et je lui ai fait part de mon enthousiasme concernant le script et le rôle. Je lui ai dit que lorsqu'il était prêt pour le tournage, je l'étais aussi.

K | Comment s'est passé le tournage ?

C'était génial. C'était plutôt rapide, on a tourné en 25 jours il me semble dans le nord de New York, et nous prétendions que nous étions au Texas ! (rires).

Mais c'était super, Jim [Mickle] est très facile à vivre, mais il a beaucoup d'assurance et de concentration pour transmettre ce qu'il veut faire comme réalisateur. Il a créé un environnement dans lequel on se sentait en sécurité et en confiance pour faire tout ce que le rôle nous demandait.

Sam Shepard, Michael C. Hall et Don Johnson

K | Dans Cold in July, vous interprétez un homme banal qui est complètement dépassé par les événements. Ça fait quoi de jouer un homme "normal" après avoir joué un serial killer pendant des années ?

C'était génial d'entrer de nouveau dans le monde réel après l'avoir en quelque sorte quitté pendant longtemps pour celui fantastique de Dexter. J'étais très intrigué par ce personnage, et surtout par son inconscient, son appétit pour la nouveauté. Je pense que cet homme banal voulait désespérément que quelque chose de nouveau arrive dans sa vie et le teste d'une manière dont il n'avait jamais été testé auparavant. Il vit pourtant au début du film une vie tout à fait satisfaisante, mais il manque quelque chose. 

Les circonstances dans lesquelles il se retrouve dans le film lui donnent accès à cela, même s’il est horrifié par ce qu’il se passe, il y a une partie de son inconscient qui le pousse à continuer à chercher plus loin et qui l’empêche de laisser tomber jusqu’à ce que tout soit résolu. C’est pour cela qu’il s’embarque dans cette aventure avec ces deux personnages qui sont la personnification de certains idéaux masculins.

K | Si demain un producteur venait et vous proposait un rôle dans une grosse série télévisée susceptible de mettre tous vos projets en stand-by, le considériez-vous ?

Oui. J’ai appris à ne jamais dire jamais. Quand j’ai fini Six Feet Under, je me suis dit que je ne ferais pas d’autres séries télé, mais Dexter est arrivée et j’ai décidé de ne plus répondre qu’au matériel brut, c’est-à-dire les rôles proposés par la télé, le théâtre, le cinéma…

C’est ce que j’aime dans ce métier, c’est que je ne sais pas ce que me réserve le futur. Les gens me demandent quel est mon rôle de rêve et j’aime penser que c’est quelque chose que je ne peux pas encore imaginer, que c'est quelque chose qui se matérialisera en temps voulu, que je ne peux pas l'anticiper.

K | Aujourd'hui vous êtes à l'affiche de la comédie musicale Hedwig and the Angry sur Broadway, c'est très loin de l'univers dans lequel vous avez évolué pendant des années. Vous n'avez pas peur de changer votre image...

Non, mais ce qui m'intéresse dans tous mes rôles c'est d'y apporter une partie de moi-même. Dans le cas d'Hedwig, même si c'est un personnage extrême, il y a certaines choses chez lui d'assez universelles, comme sa façon d'idéaliser ce que devrait être l'amour.  

Michael C. Hall dans la peau d'Hedwig

K | Vous sentez-vous plus libre sur scène ?

Oui, le théâtre est vraiment le moyen d'expression des acteurs, il n'y a pas de coupes, pas d'angles de caméra et bien sûr pas d'arrêts. Chanter c'est une manière incroyable de s'exprimer. Et que l’on m’ait appelé pour interpréter cette histoire sur scène, c’est très libérateur. Mais c’est aussi une pression beaucoup plus immédiate car on joue devant une audience, pas devant une caméra.

Je sens un plus grand challenge, et bien sûr une certaine peur qui m'accompagne dans tout ce que j'entreprends, mais c'est aussi pour ça que je le fais. Mais la pression est aussi quelque chose qui peut être transformée en carburant (rires).

K | Y a-t-il des réalisateurs avec lesquels vous rêvez de travailler ?

Bien sûr ! Il y a toute une brochette de réalisateurs qui sont des titans : Scorsese, Haneke, les frères Coen… mais il y a aussi d’autres réalisateurs plus jeunes, dans la veine de Jim Mickle, avec lesquels il est très excitant de travailler.

K | Que préférez-vous entre jouer au théâtre, dans une série ou au cinéma ?

Je ne sais pas, pour le moment je suis très immergé dans le show dans lequel je joue à Broadway, je me sens très revigoré par tout ça et justement, j’ai de la chance de ne pas avoir à choisir. Pour le moment tous les projets que je fais, ça fait partie des choses que j’aime le plus et qui m’excitent le plus. Et le cinéma me permet de redécouvrir le plaisir que j ai à être devant une caméra.

K | Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Je ne sais pas, c’est difficile (rires). Je pense que c'est quand j’ai été invité à jouer dans Cabaret à Broadway. Je n’étais encore pas connu à New York, c’était il y a 16 ans et c’était incroyable d’être invité à faire quelque chose d’aussi stimulant et excitant. Et tout a en quelque sorte commencé grâce à ça.

K | De nos jours, il y a de plus en plus d'acteurs qui passent derrière la caméra pour diriger un film, c'est quelque chose que vous aimeriez faire ?

Peut-être. Ce n’est pas une chose à laquelle je pense actuellement mais si je trouve la bonne histoire, ou la bonne opportunité, je pense qu’effectivement je le considérerai.

K | Quels sont vos projets futurs ?

Il y a plusieurs films auxquels je m’intéresse, dont les tournages pourraient commencer peu après avoir fini de jouer Hedwig à la mi-janvier. Mais pour le moment je n’ai rien signé, ce n’est pas officiel donc je peux pas vraiment les annoncer encore (rires).

Je ne peux pas vraiment annoncer quelque chose qui n’est pas sûr, car ça pourrait être annulé et ça serait gênant (rires). Mais ce sera dans le cinéma, c’est certain.

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