Charlie Hunnam et Rami Malek, dans de beaux draps (© Bleeker Street)

Petite discussion avec Rami Malek sur son nouveau film Papillon

L’acteur américain nous parle des origines de sa culture ciné, de la tendance des remakes et de comment son film fait tristement écho à la situation des prisons à l’heure actuelle.

(Charlie Hunnam et Rami Malek, dans de beaux draps © Bleeker Street)

2018 sera une belle année pour ce cher Rami Malek. Même si la série qui l’a rendu célèbre, Mr. Robot, a temporairement disparu du petit écran, l'acteur est lui plus présent que jamais sur grand écran. On le retrouvera dans le très attendu Bohemian Rhapsody de Bryan Singer dans quelques semaines, mais avant cela, c’est dans Papillon de Michael Noer que Malek compte bien briller.

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Remake du film culte de Franklin J. Schaffner, sorti en 1973, avec Dustin Hoffman et Steve McQueen, le long-métrage retrace l’histoire complètement folle d’Henri Charrière, ce Français emprisonné au début du XXe siècle dans un bagne en Guyane, sans raison valable, qui décida de s’évader.

Ici, Malek reprend le rôle interprété par Hoffman, à savoir le personnage de Louis Delga, un autre français, qui va aider comme il peut Charrière à fuir, pour partir avec lui de cet îlot d’enfer. Un rôle bien plus physique que ce à quoi est habitué l'acteur, le tout avec une certaine pression sur les épaules, sachant la renommée du film original. Difficile de passer après Dustin Hoffman.

On a pu s’entretenir avec l’acteur au téléphone dans le cadre de la sortie de ce Papillon 3.0. L’occasion de revenir sur sa jeunesse, comment il a découvert le cinéma, ce qu’il pense des remakes, de la triste résonance du script avec la situation actuelle, et plus encore.

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Konbini | Pour commencer, je voudrais savoir si vous vous souvenez de la première fois où vous avez vu l’original ?

Rami Malek | Oui, je m’en souviens très bien. J’ai eu une enfance adorable où j’ai pu passer beaucoup de temps avec mon père à regarder des films. Il y avait cette chaîne qui s’appelait "Turner Classic Movies", TCM. Ça a été mon éducation au cinéma, en quelque sorte.

La plupart du temps, il y avait des films en noir et blanc, puis des longs-métrages des années 1960 et 1970. Rapidement, ces moments sont devenus des instants privilégiés avec mon père, où je pouvais me poser, profiter et ne rien faire, à part regarder l’écran sans avoir l’impression qu’il y avait des choses plus importantes à faire.

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C’est la sensation que m’a procuré Papillon. Je me souviens plutôt bien du film, notamment la séquence du rêve, qui m’a vraiment marqué.

Vous aviez quel âge ?

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Je ne sais pas, 12 ans, je pense.

Vous connaissiez le film depuis vraiment longtemps, donc. Quand vous avez entendu parler d’un remake, est-ce que vous avez tout de suite eu envie de le faire, sachant que vous aimiez l’original ? Est-ce que c’était plus dur ?

On vit dans un monde où tout est refait [rires], donc c’est assez difficile de se placer dans une position où tu contribues à cette mentalité. Mais en même temps, c’est une histoire qui pouvait, je pense, être racontée de nouveau, de manière à ce qu’elle touche une nouvelle audience. Il y a tant de gens qui ne la connaissent pas, contrairement aux générations précédentes, que ce soit à travers le livre d’Henri Charrière ou le film [l’original donc, ndlr].

Donc, oui, c’est quelque chose qui m’a demandé beaucoup de réflexion. Après, le fait est que j’ai été très bien accompagné, par un réalisateur unique et un partenaire, Charlie [Hunnam, ndlr], qui, je le savais, aller se plonger dans son rôle de Papillon à fond. Ça en valait la peine.

C’était important pour vous que cette nouvelle audience découvre cette histoire ?

Oui ! Je pense que le sujet peut encore avoir un impact de nos jours. Ce n’est pas qu’une leçon d’histoire, puisque tout ça résonne avec les atrocités qui se produisent encore aujourd’hui, avec le système carcéral actuel, quasiment partout dans le monde.

Je pense que c’est ce qu’il y a de génial dans ce script, d’être face à un genre divertissant voire amusant, à savoir l’évasion de prison, mais avec un thème subversif et profond en son sein, qui questionne les horribles méthodes, les circonstances, les conditions d'alors mais également d’aujourd’hui.

Ça pourrait ouvrir un dialogue. C’est très risqué de le faire, de reproduire un film et un bouquin comme celui-là, mais si ça peut éveiller certaines consciences, alors je pense que ça en vaut la peine.

On imagine que le tournage a dû être mouvementé. C’était en Europe, c’est ça ?

On a commencé à Belgrade, en Serbie. C’est là qu’on a reproduit le Moulin Rouge, Paris, etc. Un mois là-bas, qui a un peu choqué les habitants, visiblement pas habitués à des tournages comme celui-ci, où l’on transformait des rues entières pour revenir plus d’un siècle en arrière [rires]. Je dois admettre que même moi, j’ai été surpris par l’allure des décors !

On a aussi construit le bateau à Belgrade, pour tourner ensuite les scènes de bateau au Monténégro. Ça avait l’air d’être assez nouveau, de faire un film là-bas, pour les gens qui bossait sur le tournage mais aussi pour les habitants. Cette prison ne ressemblait pas vraiment à un décor d’Hollywood. On avait vraiment l’impression d’être dans une prison réelle, plus que sur n’importe quel autre tournage du même genre.

Puis on est allés à Malte pour tourner certaines des scènes d’évasion dans la mer. Ces scènes étaient très physiques, difficiles même, mais Charlie et moi, nous savions que nous étions là l’un pour l’autre. Une vraie camaraderie s'est rapidement installée entre nous. J’espère que ça transparaît à l’écran !

Dernière petite question : qu’en est-il de la saison 4 de Mr. Robot ?

Elle arrivera plus tard que d’habitude [depuis sa création, la série était diffusée pendant l’été, à l’exception de la saison 3, diffusée d’octobre à décembre 2017, ndlr], car elle aura un réel impact. J’ai des informations que je ne peux pas partager, que peu d’entre nous connaissent, notamment sur la direction que la série va prendre, mais je pense sincèrement que cette saison sera l'une des plus audacieuses et bruyantes de l'histoire de la série. Donc ça prendra un peu de temps.

Par Arthur Cios, publié le 17/08/2018

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