L'interview hallucinante d'André Bonnet, l'inquisiteur autoproclamé du cinéma

Qui se cache derrière Promouvoir, l’association qui, en quelques mois, a réussi à faire interdire aux mineurs des films qu’elle jugeait pornographiques et violents ? Rencontre avec André Bonnet, chevalier blanc de la pureté cinématographique.

André Bonnet lors de son passage sur TVL

André Bonnet lors de son passage sur TVL

Si Promouvoir a récemment échoué à faire interdire Les Huit Salopards aux moins de 18 ans, l'association "traditionaliste" a déjà inscrit Love, Bang Gang, Antichrist ou encore La Vie d’Adèle à son tableau de chasse en obtenant que ces films ne puissent plus êtres vus que par un public majeur. Multipliant les actions en justice tel un croisé des temps modernes, André Bonnet est devenu en peu de temps un personnage très médiatique.

Publicité

Nous retrouvons André Bonnet, tiré à quatre épingles, dans un petit café du Marais. Affable et poli à l’extrême, il s'étend d'abord longuement sur un parcours, forcément brillant, afin de mettre en valeur tout le sérieux de ses actions. Un parcours qui passe notamment par Science Po Paris, le tribunal administratif de Marseille (dont il a été le vice-président) et l’Institut des hautes études de défense nationale.

L'avocat passe aussi en revue la longue liste des livres qu’il a signés, des ouvrages sur la Constitution européenne et des critiques sur l’art d’avant-garde, ainsi qu'un... recueil de poésie spiritualiste. Nous avons donc apparemment affaire à un homme cultivé et éclectique, bien sous tout rapport, qui nous glisse même sur le ton de la confidence que son premier choc cinématographique a été le Citizen Kane d'Orson Welles, lorsqu’il était étudiant. À l’écouter, rien à redire.

Alors, pourquoi tant de haine envers certains films, que lui et le groupuscule de catholiques ultra-traditionalistes dont il est l'ambassadeur, semblent considérer comme mortellement dangereux pour notre jeunesse ? Armés des meilleures intentions, et en ayant en tête que ce monsieur est passé par le parti d'extrême-droite de Bruno Mégret, nous avons essayé de comprendre, etre réponses mélangeant Point Godwin et visions de décadence de notre société.

Publicité

K | Qu’est-ce qui vous a amené à monter l'association Promouvoir ?

André Bonnet | Je l’ai créée en 1996. C’est tout simple : ce sont des parents qui se retrouvent à la sortie de l’école, et qui ensuite font une réunion car ils se disent qu’il y a de plus en plus une irruption de la pornographie et de la violence à l’égard des mineurs au cinéma. Que faire ? Il y a des textes de loi qui ne sont jamais respectés. Fondons une association qui montera au créneau.

C’est moi qui ai pris l’initiative de la rédaction des statuts de façon à ce que l’objet social corresponde à ce que voulaient faire ces gens. Ils n’avaient pas de formation juridique. Quand vous allez devant un tribunal administratif, si votre objet social n’est pas ciselé vous êtes irrecevable.

Publicité

Mais cette question ne date pas du milieu des années 1990. Cette violence et cette pornographie dans le cinéma existent depuis presque toujours, non ?

Je ne pense pas. Avant 1975, les films pornographiques étaient diffusés dans le circuit grand public du cinéma. Donc, on en avait partout dans les villes avec des immenses panneaux au-dessus des salles de cinéma, avec des textes et des photos extrêmement suggestives. C’était très perturbant. Vous aviez des parents qui emmenaient leurs enfants voir Bambi et on leur passait une bande-annonce de film pornographique. Ça, je l’ai vécu moi-même. En 1975, le législateur est intervenu pour mettre fin à ça. Il a soustrait la pornographie et l’extrême violence du circuit grand public et a mis une TVA plein pot, retiré les aides publiques et a limité ces films à un circuit de distribution propre.

Je fais quand même des exceptions. Je ne place pas parmi ces films d'Orange mécanique, par exemple. C’est un film extrêmement violent, mais ce n’est pas un film qu’on pourrait classer X [sorti en avril 1972 en France, il fut interdit aux moins de 16 ans dans les salles de l'Hexagone, ndlr]. Mais suite à ça, progressivement, un certain nombre de réalisateurs, pour des raisons financières, ont décidé de réintroduire de la pornographie dans des films grand public. Et ils ont profité notamment de l’intervention de Jack Lang, qui était ministre de la Culture en 1990, et qui est à l’origine de la suppression de la possibilité d’interdire un film aux moins de 18 ans.

Publicité

Les films pornos n’étaient alors interdits qu’aux moins de 16 ans et n’étaient plus classés X. Du coup, on a assisté à une irruption massive de films avec des images très hard qui peuvent être vus par des mineurs.

 "Les milieux libertaires et les milieux trotskistes sont d’accord pour que la pornographie soit partout"

Quand vous créez Promouvoir au milieu des années 1990, c’est pourtant la droite qui est au pouvoir ?

C’est un problème qui dépasse les clivages politiques. L’aveuglement est des deux côtés. Vous avez des gens à droite qui sont eux aussi convaincus que la pornographie ne pose pas de problème aux enfants. Les milieux libertaires et les milieux trotskistes sont d’accord pour que la pornographie soit partout. La gauche institutionnelle est, elle, plutôt en retrait.

Pour vous, les années 1990 et Jack Lang au ministère de la Culture marquent un tournant avec plus de pornographie et de violence au cinéma ?

Évidemment. Il y avait un frein en moins et un encouragement de Jack Lang, qui était partant pour cela. Si vous prenez Il était une fois dans l’Ouest, il y a une scène entre Claudia Cardinale et Henry Fonda qui est un peu hot pour l’époque [le film date de 1968, ndlr]. Scène qui n’a rien à voir avec ce que l’on voit maintenant, bien sûr. Avant 1990, il y avait une certaine retenue pour ce type de films. Et, à partir de 1990, on voit que ça disparaît.

À la fin des années 1990, on a pu voir des films comme Baise-moi [sorti en 2000]. C’est-à-dire un film grand public, certes interdit aux moins de 16 ans, mais dans lequel vous avez des séquences extrêmement hard couplées avec de l’extrême violence et des scènes insupportables.

 "Le problème de La Vie d’Adèle, c’est qu’il y a deux scènes qui sont carrément du X lesbien avec du sexe non simulé."

Vous voulez protéger les enfants et les ados. Cependant, vous ne pouvez pas vous substituer à leurs parents. Ce sont eux qui sont responsables au premier chef.

Le conseil d’État a complètement écarté cet argument. Si vous regardez la décision au sujet de Love, qui est tombée le 30 septembre 2015, le conseil répond explicitement à cet argument qui avait été soulevé par la Ligue des droits de l’homme. La responsabilité des parents, oui, bien sûr, mais la responsabilité de l’État d’abord ! À partir du moment où il est question d’une police administrative de protection de la jeunesse, c’est à l’État d’agir. Vous avez des parents qui ne savent pas ce qu’est un film, qui ne vont jamais au cinéma.

Laissez moi vous citer l’exemple de La Vie d’Adèle. Une mère de famille appelle Promouvoir parce que sa fillette de 12 ans, un peu avant Noël, avait été gardée par un couple d’amis qui avaient loué ce film. Elle a 12 ans, elle peut donc le regarder. Les parents qui gardaient cette petite fille ne connaissaient pas le film, qui avait été primé en 2013 [Palme d'or au Festival de Cannes]. Je précise que cette petite fille a écrit une lettre très émouvante pour raconter ce qu’elle avait vécu.

Le problème de La Vie d’Adèle, c’est qu’il y a deux scènes qui sont carrément du X lesbien avec du sexe non simulé. Kechiche a demandé à ses actrices de faire l’amour devant la caméra et ça dure sept minutes et demie ! Il y une autre scène où deux lesbiennes se stimulent le clitoris, tête-bêche. Je ne savais pas que ça se faisait, je n’y avais jamais pensé. On peut dire ce qu’on veut mais pour un enfant de 12 ans, c’est pas terrible.

En 2016, Promouvoir compte combien de membres ?

Il y a des adhérents qui arrivent actuellement. Je sais qu’il y a une sorte de fantasme et que des gens pensent que nous sommes une société secrète. Ce sont des parents qui forment les membres de Promouvoir.

Ce sont des parents qui sont là depuis vingt ans qui forment ce conseil d’administration ?

Non, il y a aussi des jeunes gens. Il y en a un qui a 32 ans et qui vit en Bretagne, et un autre qui a 35 ans et qui vit dans le midi. Eux sont des nouveaux, ils sont rentrés il y a deux ou trois ans.

Ce sont des gens qui appartiennent à la sphère catholique ?

Pas forcément. C’est une association qui promeut les valeurs judéo-chrétiennes. L’idée de cette association, c’est qu’on n’a pas besoin d’être catholique ou chrétien pour les promouvoir. Si vous pensez aux civilisations antiques, où la femme n’était qu’un objet dont l'on disposait, ou même certaines, encore aujourd’hui, où on lapide les femmes adultères… la civilisation judéo-chrétienne critique cela. Les valeurs qu’on a aujourd’hui, comme celle d’aider les plus faibles, viennent de la civilisation judéo-chrétienne.

Quelles sont les valeurs que vous mettez en avant dans les actions que vous menez avec Promouvoir ?

Notre combat ne cherche pas à promouvoir dans le cinéma autre chose que la protection de l’enfance. Après, quelles sont les valeurs que notre association voudrait promouvoir au cinéma ? Tout d’abord, la beauté. Et ensuite ce qui élève l’âme et qui donne au spectateur l’envie d’être meilleur.

Ce sont des valeurs extrêmement subjectives. Est-ce que ce sont les parents de Promouvoir qui définissent ce qu’est la beauté au cinéma ?

Dans la beauté, il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas forcément subjectives. Dans l’art, par exemple, la capacité technique est un filtre entre celui qui n’est pas artiste et celui qui l’est. Prenons la sculpture : si vous savez sculpter, vous allez faire un joli corps ; si vous ne savez pas, ça ne va pas être beau ! Après, on passe dans le surréalisme, la peinture abstraite… Ça permet à certains artistes de contourner une impossibilité technique. Il y en a qui ont du mal à faire passer ce qu’ils veulent…

Pour le cinéma, le critère de beauté ne peut pas forcément s’appliquer ?

Si, bien sûr. Prenez Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino et la scène très violente de la roulette russe. Voilà un film violent avec une scène très difficilement supportable mais qui est un chef-d’œuvre ! Parce que cette scène de violence n’est pas gratuite et qu’elle est dépassée par le reste du film. Ce qui permet de transcender la violence et de lui donner une signification.

Pourquoi accordez-vous vos bonnes grâces à Voyage au bout de l’enfer et pas à d’autres films plus récents ?

Tout simplement parce que l’association n’existait pas au moment de sa sortie. Mais si le film avait été interdit seulement aux moins de 12 ans, on l’aurait attaqué ! Parce que cette scène de la roulette est extrêmement choquante !

On voit donc bien que cette question de la violence ne date pas des années 1990, elle existait déjà avant...

Oui, mais le problème s’est considérablement aggravé ! Je l’ai noté ce matin sur LCI, où j’étais en direct. La commission de classification, à une voix près, a failli autoriser à tous les publics 50 Nuances de Grey. On a affaire à des gens qui ont perdu tout sens du réel.

Ce matin, j’étais au tribunal pour l’affaire des Huit Salopards, et j'ai décrit longuement la scène ultrachoquante d’humiliation sexuelle sur le fils d’un général sudiste [Promouvoir a échoué face au CNC et à la commission de classification, ndlr]. On y voit en détail la torture d’un homme afin d’obtenir de lui qu’il se dégrade au plus haut point. J’expose cette scène dans mes conclusions et le ministre de la Culture me dit que personne n’a remarqué cette scène dans la commission de classification.

Et pourtant il y a avait quatre parents en même temps que moi dans la salle de cinéma, et ils étaient tous pétrifiés. Comment peut-on laisser des enfants de 12 ans voir ça ? C’est une nouvelle preuve de la perte du sens du réel.

Objectivement, on peut penser qu’il y a quand même très peu de parents qui emmèneraient leurs enfants voir un Tarantino ?

Pourquoi à ce moment là une telle bronca autour de ma proposition de l’interdire aux moins de 16 ans ? S'il n’y a pas de problème, pourquoi tout le monde proteste ? Il y a surtout un problème d’ordre financier.

Tarantino ne fait pas l’essentiel de son chiffre d’affaires sur le marché français, non ?

Lui, non. Mais son distributeur français, oui. Le distributeur français sait que le CNC donnera des subventions supplémentaires lors du passage en DVD si le film est seulement interdit aux moins de 12 ans. Et que si le film passe à 20h30 sur une chaîne en clair, ça va tomber cash. Donc, en fait le seul intérêt, c’est ça.

Si vraiment aucun enfant de 12 ans n’ira voir ce film, où est le problème ? Si on l’interdit aux moins de 16 ans, il rapportera moins d’argent lorsqu’il passera à la télévision. On a là une démonstration absolue que les critiques faites à Promouvoir viennent de gens qui veulent faire du fric. Quitte à choquer les enfants.

Admettons, mais ce raisonnement ne tient pas pour La Vie d’Adèle, qui est un film sans grandes ambitions financières…

Mais ce film est passé et repassé sur Canal+ à 20 h 30 ! À une heure ou il n’y a pas de verrouillage parental.

André Bonnet et Frigide Barjot lors de la Manif pour Tous

André Bonnet et Frigide Barjot lors de la Manif pour tous.

Qu’est-ce qui explique la soudaine activité de l'association ces dernières semaines ?

C’est un hasard de calendrier. J’étais encore vice-président du tribunal administratif de Marseille en septembre 2013. J’ai démissionné de mes fonctions car je ne voulais pas appliquer la loi Taubira. Et non pas car j’aurais un problème avec l’homosexualité, comme certaines personnes se plaisent à le dire, mais car pour moi la loi Taubira c’est la première pierre du "gender".

Après, ce problème de classification est vraiment tout simple. Le cinéaste fait un film dans lequel il y a des scènes pour adultes, eh bien, il vise un public d’adultes. Il ne devrait même pas y avoir de débat là-dessus. C’est une évidence absolue. Je suis devenu l’avocat de l’association après ma démission. J’avais quitté l’association en 2004, je suis revenu en 2013, ce qui a accéléré les choses.

"Bang Gang, je n’avais pas vu le truc. Je préfère aller voir des beaux films plutôt que de regarder les bandes-annonces de films qui ne m’intéressent pas"

Comment sélectionnez-vous les films que vous allez attaquer ?

On est alertés par des gens. Bang Gang, je n’avais pas vu le truc. Je préfère aller voir des beaux films plutôt que de regarder les bandes-annonces de films qui ne m’intéressent pas. J’ai d’autres chats à fouetter. Du coup, on a été alertés par des parents. Et il y a un vrai problème avec ce film. Avec Bang Gang, on avait un visa qui datait du 18 août 2015 et le film sortait en salles le 13 janvier 2016, donc un écart de plus de deux mois.

J’y ai vu une manœuvre du CNC pour empêcher qu’on puisse attaquer le film car il posait problème. Le tribunal conclut d’ailleurs à l’irrecevabilité de notre plainte car, normalement, on a un délai de deux mois pour attaquer. J’ai fait valoir qu’on ne pouvait pas attaquer un film sans savoir ce qu’il y avait dedans.

C’est quand même embêtant de devoir attendre qu’il sorte en salles pour pouvoir à nouveau l’attaquer. On souhaiterait un visionnage privé du CNC à l’avance compte tenu du fait de la spécificité du film. On nous refuse, bien sûr, ce visionnage pour pouvoir nous coincer ensuite au mois de janvier. Du coup, j'ai été voir le film le 13 janvier avec un journaliste du Monde. Nous avons tous les deux trouvés que c’était consternant.

Vous voulez dire cinématographiquement ?

C’est consternant à tous égards. Et donc Promouvoir décide d’attaquer le film.

Pensez-vous que Promouvoir est devenue une sorte d’autorité morale ?

Non, pas du tout. Nous sommes un organisme qui, malheureusement, est obligé de faire à la place de l'État un travail qui lui revient.

"Ce n’est pas que du laxisme. C’est une volonté d’infliger de la violence et de la pornographie aux mineurs !"

Vous pensez qu’il y a un laxisme de la part de l’État ?

Ce n’est pas que du laxisme. C’est une volonté d’infliger de la violence et de la pornographie aux mineurs !

Quel serait l’intérêt du CNC ?

Il y a deux choses. D’une part, l’aspect financier dont je parlais tout à l’heure. Il faut qu’il y ait un public large pour faire rentrer du cash. Il y a des liens de lobbying et des pressions.

Les distributeurs font pression sur le CNC ?

Si on prend 50 Nuances de Grey, dans une commission de classification, il y a un collège médical, un collège professionnel, un collège d’associations familiales et de défense des enfants, et il y a eu une seule voix pour empêcher que ce film soit tout public… Ça montre bien que l’influence des professionnels est énorme ! Il y a des dysfonctionnements dans cette commission qui sont très importants.

"Les études montrent que la violence et la pornographie ont un effet destructeur sur les esprits des mineurs"

C’est donc une volonté économique ?

Il y a aussi une volonté idéologique. Les études montrent que la violence et la pornographie ont un effet destructeur sur les esprits des mineurs. Ça les prive de repères et ils sont ensuite plus manipulables sur le plan politique.

Ce serait donc une sorte de complot orchestré par les gouvernements successifs ?

La droite a toujours laissé à la gauche la responsabilité de la culture, préférant se concentrer sur l’économie et, du coup, elle n’a jamais modifié le fonctionnement de la commission. Et les présidents de cette commission ont toujours été militants à gauche. Ce qui veut dire que la droite laisse faire la gauche. Ils sont complices. Il y a une conviction de la part de cette commission qu’il faut permettre aux mineurs de voir de la pornographie et de la violence. Tous les gouvernements sont complices de ça.

Est-ce que vous avez des études qui prouvent cette corrélation entre les images que les enfants voient et une modification de leur comportement ?

Les enfants sont atteints par la violence et peuvent être ensuite tentés par l’imitation. Mais ce n’est pas limité au cinéma. Si vous prenez les jeux vidéo, GTA par exemple, ce n’est pas terrible pour des enfants de 12 ans. D’ailleurs, je crois qu’il est interdit maintenant aux moins de 18 ans.

Le célèbre tableau de Gustave Courbet, L’Origine du monde, qui montre en gros plan un sexe de femme, est exposé au musée d’Orsay. Seriez-vous prêt à attaquer le musée pour imposer une limite d'âge aux visiteurs ?

Je ne suis pas sûr qu’un enfant de 12 ans comprenne ce que ce tableau représente. Est-ce qu’ils vont voir que c’est un sexe de femme ? Je ne suis pas sûr. Après, la question n’a aucun sens. Si vous prenez le tableau de Courbet et une scène ultra-hard d'Antichrist, ce n’est pas la même chose.

La seule nudité n’est donc pour vous pas choquante ?

La nudité en tant que telle, non. C’est quand même beaucoup plus complexe que ça. On me dit souvent qu’il y a une évolution des mœurs, que Baudelaire en son temps avait posé problème. C’est vrai. Mais si vous prenez la pornographie et son fonds de commerce, c’est à dire montrer une relation sexuelle entre un homme et une femme, une fois que vous avez montré cela, vous avez tout montré ! Et ensuite, vous êtes obligé de passer aux dérives. Vous êtes obligé de passer à la zoophilie et à la pédophilie !

"Je dis qu’on va arriver à la zoophilie dans le cinéma. Ça va arriver petit à petit"

Pour vous, ce sont de nouveaux paliers qu’on peut franchir ?

Il y a vingt ans, quand j’ai dit en audience qu’on en viendrait à montrer du sadomasochisme à des enfants, tout le monde a éclaté de rire. Et 50 Nuances de Grey vient de sortir. C’est tiré d’un livre pornographique hard qui est en vente partout. Je dis qu’on va arriver à la zoophilie dans le cinéma.  Ça va arriver petit à petit. D’abord avec des scènes qui seront simplement suggérées, puis ensuite avec plus de détails. Et à la pédophilie également !

La zoophilie comme la pédophilie sont très clairement interdites par la loi et sont considérées comme un délit pour la première et comme un crime pour la seconde.

C’était le cas de l’homosexualité il y a encore vingt ans ! C’était pénalement interdit. Mais s'il y a une évolution des mœurs et qu’on doit la suivre, on va autoriser la pédophilie et la zoophilie. Le fait que ce soit actuellement pénalement répréhensible n’empêchera rien.

Promouvoir est dans tous les médias. À force de vous en prendre à des films, ne craignez-vous pas d' en faire la publicité et de donner envie à encore plus de gens de les voir ?

Si c’était le cas, les producteurs seraient contents ! L’expérience montre qu’en réalité les gens ne vont pas plus voir des films parce qu’ils ont été attaqués par Promouvoir.

"Si faire interdire aux moins de 18 ans un film fait qu’il y a plus de gens qui vont aller le voir, moi je n’y peux rien !"

Love n’a fait que 50 000 entrées. Vous ne pensez pas avoir contribué à la publicité du film ? 

Quant on parle de Jack l’Éventreur, on lui fait de la pub. Qu’est-ce que vous voulez y faire ? Si effectivement le fait de faire interdire un film aux moins de 18 ans fait qu’il y a plus de gens qui vont aller le voir, moi je n’y peux rien ! Si ce sont des adultes, c’est leur problème. Ce qui m’ennuierait, c’est que des enfants ou des adolescents aillent voir ce film alors qu’ils ne seraient peut-être pas allés le voir. Mais rien ne permet de dire que ce soit le cas.

Prenez-vous en compte le fait que la plupart des films sont de nos jours visibles sur Internet sans aucune limitae d’âge ? Les actions que vous menez semblent vaines !

Notre action n’est pas vaine, pour deux raisons. Les adolescents, entre eux, font des rodomontades. Vous allez en avoir un ou deux dans le tas qui sont plus sensibles, qui aiment la poésie, et à qui ont dit : "Viens voir ce film, t’es une gonzesse ou quoi ?". Ils vont le voir. Ils sont choqués. Et ils se demandent comment fonctionne ce monde des adultes ? Le fait qu’il y ait une interdiction les rassure. Ils se disent que s'ils ont été choqués, c’est à juste titre et qu’ils ne sont pas des mauviettes.

Tous les enfants ne sont pas blasés. Vous en avez beaucoup qui continuent à chercher la beauté, à être innocents, qui sont encore capables de rêver sur une idylle romantique, qui ne pensent pas que l’amour, c’est uniquement ce qu’on voit dans les films pornos. Notre action permet à ces enfants de comprendre qu’ils ne sont pas seuls. Et l’idée que tout le monde est d’accord pour le porno, ce n’est pas vrai. Il y en a qui ne sont pas d’accord.

Vous avez parlé d’une volonté financière et d’une volonté idéologique, afin de rendre les cerveaux plus manipulables, avec une suite logique qui conduit... à la zoophilie et à la pédophilie. Est-ce que vous voyez là le signe d’une décadence de notre société ?

C’est compliqué de répondre à votre question car il y aurait un jugement de ma part, que je ne suis pas compétent pour porter. Mais c’est de pire en pire, ça c’est évident. De la même manière, rétrospectivement, personne ne comprend comment les Allemands ont pu laisser se développer le nazisme dans leur société et pourquoi ils ne se sont pas révoltés.

Avez vous de nouvelles cibles ?

Pas à ma connaissance. Un parent de l’association a porté à ma connaissance le film Deadpool. Mais il n’y a pas matière à attaquer.

Propos recueillis par Arnaud Pagès et Louis Lepron

Par Arnaud Pagès, publié le 25/02/2016

Pour vous :