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Interview : Anaïs Volpé touche Cannes en plein cœur avec son film Entre les vagues

Publié le

par Lucille Bion

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film Entre les vagues révèle Anais Volpé, une cinéaste prometteuse.

L’an passé, alors que la crise sanitaire et économique ralentissait l’activité de l’industrie et des cinémas, Anaïs Volpé venait de terminer son film, Entre les vagues. Si son titre fait tristement écho à l’actualité, il n’évoque en rien les vagues épidémiques successives du Covid-19. Son drame ausculte en effet la relation amicale de deux amies férues de théâtre, interprétées par Souheila Yacoub (puissante dans Climax ou Les Sauvages) et Déborah Lukumuena (l’étoile de Divines). Lorsque l’une est prise pour interpréter le rôle principal d’une pièce, l’autre est contrainte de faire sa doublure, mais sans rancune. Au cours de répétitions appliquées, l’une d’entre elles va s’affaiblir et offrir à l’autre l’opportunité de briller.

Sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs, cette histoire d’amitié tragicomique révèle une cinéaste aussi prometteuse qu’ambitieuse. Après notre premier entretien dans lequel elle évoquait ses difficultés de tournage, on l’a retrouvée sur la Croisette pour nous parler du film qu’elle s’apprête à dévoiler au cinéma.

Konbini : On s’est rencontrés au moment où tu venais de terminer ton tournage, en plein Covid. Te voilà maintenant à Cannes, sélectionnée à la Quinzaine. Est-ce que c’était ta sélection de prédilection ?

Anaïs Volpé : C’est une sélection que j’adore, donc c’est un honneur pour moi d’être ici cette année. Elle permet à des films qui ont une vision différente des choses, autant sur le fond que la forme, d’être présentés à Cannes. Les actrices Souheila Yacoub et Déborah Lukumuena ont pu découvrir le film ici. Elles souhaitaient vraiment le voir en live, à Cannes, et ça a été un moment très intense pour nous. On est venus à 40, avec toute l’équipe.

Entre les vagues a été fait dans l’urgence, au cœur de toutes les restrictions sanitaires. Le résultat est plutôt réussi, tout passe inaperçu. Quel regard as-tu aujourd’hui sur ce tournage en pleine pandémie ?

Je me souviens juste d’un tournage extrêmement intense, lié au Covid mais aussi au peu de temps qu’on a eu pour tourner ce film. Outre l’urgence, je retiens la passion qu’on y a mise. J’ai eu la chance de trouver de vrais artistes pour m’accompagner dans cette aventure, autant devant que derrière la caméra : je n’étais pas avec des techniciens. On a tous travaillé avec le cœur et ça a continué pendant la postproduction 6 ou 7 mois durant, avec une autre équipe formidable. Aujourd’hui en voyant le film et en le partageant avec les gens, ça confirme ce que je pensais depuis des semaines : chacun a donné son meilleur. C’est beau de travailler dans ces conditions-là aussi.

Pour ce film, tu devais aller à New York, mais à cause des restrictions de déplacement liées au Covid, tu as opté pour une mise en scène différente, avec des projections d’images de la ville. À quel moment as-tu décidé d’adopter ce style visuel précis ?

Dans tous les cas, je voulais intégrer des scènes new-yorkaises au film, c’était primordial. Comme je ne pouvais pas créer ça avec les actrices sur place à New York, j’ai dû réécrire mon film en fonction du Covid. J’ai privilégié une autre narration qui m’allait tout aussi bien. J’ai travaillé avec des chefs op à distance en les guidant par FaceTime. Pendant le montage, je me suis laissé la possibilité de tester des trucs et de prendre des libertés avec mon scénario initial.

Comment as-tu réussi à travailler avec Sean Price Williams, le chef opérateur des frères Safdie ?

C’est un chef opérateur dont j’admire le travail depuis des années, notamment ses collaborations avec les frères Safdie comme sur Mad Love in New York et Good Time. Mais je choisis moins les gens pour leur travail que leurs propos en interview. C’est-à-dire que je regarde les entretiens des actrices ou des acteurs bien avant de regarder leur filmographie. Parfois, il y a des personnes avec qui je bosse et dont je n’ai vu qu’un ou deux films mais je m’attarde sur toutes leurs interventions. C’est important pour moi de travailler avec des gens dont je vais aimer la sensibilité et le point de vue. Je les prends pour qui ils sont.

Sean Price Williams est un artiste que je respecte énormément. Je l’avais contacté via une amie et nous avons correspondu par mail pendant quatre ans avant de se rencontrer en janvier 2020, lorsqu’il était de passage à Paris. Il a vu mon travail mais m’a surtout demandé pourquoi j’avais envie de faire ce film et a voulu que je lui parle de moi. Ça lui a suffi. On était très fusionnels lorsque l’on travaillait : ce n’était pas scolaire et on se laissait inspirer par le moment présent. On a été très stimulés par nos visions artistiques.

Ensemble, vous avez aussi travaillé avec la fameuse Digital Bolex. Pourquoi as-tu jeté ton dévolu sur cette caméra rarissime ?

Je voulais absolument travailler avec la Digital Bolex qui a été créée par deux passionnés il y a une petite dizaine d’années aux États-Unis, à l’initiative d’un chef opérateur, pour faire une sorte de rendu de 16 mm mais en digital. J’aimais beaucoup le rendu de cette caméra, mais il faut bien savoir l’utiliser. J’ai choisi un étalonneur qui était capable de travailler avec ce matériel.

Après deux ans de fabrication, cette caméra a cessé d’être commercialisée donc il en existe très peu dans le monde. On en a utilisé trois car on ne pouvait pas se permettre d’arrêter le film si une caméra plantait, étant donné qu’il n’y a qu’à Los Angeles qu’on peut les faire réparer. En plus, elles se revendent à des prix astronomiques sur eBay.

Les comédiennes dégagent une énergie folle et pourtant elles se sont rencontrées sur le tournage. As-tu essayé de créer une ambiance particulière sur le plateau pour les lier davantage ?

Je n’ai pas eu à créer d’ambiance particulière sur le plateau car il y avait tellement de restrictions qu’on a resserré le planning au maximum pour pouvoir tout faire et garder tous les lieux. On n’a pas eu le temps d’instaurer quoi que ce soit. C’était vraiment un tournage fait dans l’urgence et ça a beaucoup servi le film. Les filles se sont vues avant, on s’appelait pendant le confinement et on a répété pendant deux semaines pour travailler leurs émotions, leurs rôles. Elles se sont vraiment rencontrées dans le jeu et ont eu une complicité de dingue.

Est-ce que tu as d’autres projets après ce film ? D’autres envies de longs-métrages ?

Oui, j’ai plusieurs idées de longs-métrages. Ça fait un an que je bosse non-stop sur mon film donc je suis encore fatiguée. J’ai besoin de vivre cette histoire, d’assimiler tout cela. J’en suis encore à des stades embryonnaires.

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