Il y a 10 ans, Kick-Ass bottait les fesses de toute une génération

10 ans après, Kick-Ass met (encore) tout le monde d'accord.

Il y a 10 ans, jour pour jour, Kick-Ass sortait au cinéma et donnait une tout autre vision des super-héros, juste avant que Disney n’écrase définitivement le box-office avec Marvel, son usine à divertissement, alors en développement. À l’époque où Matthew Vaughn prépare ce projet, les films de super-héros commencent à avoir la cote, entre les premiers X-Men, le succès incontestable des Spider-Man de Sam Raimi mais aussi la sortie d’Iron Man, suivis de L’Incroyable Hulk.

Publicité

Alors que le scénariste Mark Millar est en train de publier sa série de comics Kick-Ass, Matthew Vaughn qui vient de se faire connaître avec Layer Cake et Stardust, trouve, entre ces pages, la matière de son prochain film. Après avoir refusé de réaliser X-Men : L’Affrontement final, le cinéaste propose aux studios un film de super-héros, mais avec un point de vue radicalement différent : il rêve d’un film aussi violent que comique. D’une lettre d’amour à la pop culture.

Un film dont personne ne voulait

En restant très fidèle à l’histoire de Mark Millar, Matthew Vaughn pitche à toute l’industrie son projet. Derrière Kick-Ass se cache l’histoire d’un anti-héros, Dave. Cet adolescent passionné de comics n’a "ni piercing, ni trouble alimentaire, ni 3 000 amis sur Myspace". Son seul pouvoir ? "Être invisible aux yeux des filles." Pourtant, il se rêve en justicier de la ville, en proie aux agressions, au vol et à la corruption. Rongé par cette situation chaotique, Dave décide de se procurer une nouvelle identité secrète pour rectifier le tir.

Publicité

Grâce à son fameux costume vert, il va s’engager dans des missions plus ou moins réussies. Pendant l’une d’entre elles, il va faire la connaissance de Big Daddy (Nicolas Cage) et surtout Hit-Girl (Chloë Grace Moretz), dont le corps d’enfant est aussi redoutable qu’une kalachnikov. Voilà pour la présentation du gros du scénario. 

Mais aucun studio ne veut se risquer à financer un tel film. Certains proposent au réalisateur des solutions alternatives, plus séduisantes pour le public : changer totalement le personnage de Hit-Girl, jugé comme "un désastre", pour en faire une jeune femme de 25 ans, ou abandonner les fusils et les couteaux pour préférer des combats au corps-à-corps.

Mais Matthew Vaughn campe sur ses positions : il hypothèque sa maison et se lance dans la production, épaulé par Mark Millar — qui finira même par préférer le film à son comic — et Brad Pitt, avec sa société Plan B Entertainment. Grâce à cette collaboration financière, il était même question que l’acteur américain incarne Big Daddy, avant que ce dernier, courtisé par Quentin Tarantino, ne réponde par la positive à l’invitation pour Inglourious Basterds. En concurrence avec Daniel Craig et Mark Wahlberg, c’est finalement Nicolas Cage qui hérite du rôle. 

Publicité

Une révélation nommée Chloë Grace Moretz

Si Dave représente l’archétype de l’adolescent rêveur, fantasmant aussi bien sur sa prof de littérature que sur son rôle dans la société, il ouvre la voie à un nouveau genre de super-héros. Il n’a pas de pouvoirs. Il n’a jamais vécu de tragédie familiale comme Bruce Wayne et ne s’est pas non plus retrouvé nez à nez avec une araignée toxique comme Peter Parker. Il incarne l’ado ordinaire, sans histoire particulière, incollable sur les comics.

C’est sa naïveté et sa volonté de vivre dans un monde meilleur qui le font agir. Et si Aaron Johnson est le rôle-titre du film, ses collants trop serrés et son air gauche permettent de mettre la lumière sur l’imbattable équipière Chloë Grace Moretz, la véritable révélation du film. Kick-Ass aurait pu s’appeler "Hit-Girl" tant les meilleures scènes tournent autour du personnage, de Nicolas Cage qui lui tire dessus à cette fameuse séquence où elle vient sauver son père.

Publicité

Actrice depuis ses 6 ans, Chloë Grace Moretz a immédiatement décroché le casting. Elle venait de voir Wanted, une adaptation ciné d’un certain Mark Millar, et était complètement obsédée par le rôle d’Angelina Jolie. Celui d’une femme qui prend les choses en main et n’a peur de rien. 

La légende raconte que l’actrice américaine s’est entraînée pendant six mois pour se glisser dans le costume violet de Hit-Girl. Formée au Cirque du soleil à Toronto puis dans une école spécialisée à Los Angeles, elle a pu effectuer ses propres cascades sur le film, laissant tout de même à son doubleur Greg Townley, âgé de 11 ans, le soin de prendre les chutes les plus risquées. 

Grâce à sa performance musclée, son franc-parler et sa forte personnalité, Hit-Girl est devenue un symbole pour toute une génération, lassée des enfants modèles et autres filles à papa du cinéma, dans la droite ligne des personnages féminins vengeurs de Quentin Tarantino, La Mariée (Uma Thurman dans Kill Bill) en tête.

À l’inverse, certains se sont offusqués d’entendre des noms d’oiseaux sortir de la bouche d’une si jeune fille, empêtrée de plus, dans un tonnerre de violence. Et la morale ne peut que leur donner raison puisque le film était R-Rated aux États-Unis, ce qui, dans les faits, aurait ironiquement empêché l’actrice d’aller voir son propre film, sans un adulte.

Mais 10 ans plus tard, après avoir collaboré avec Martin Scorsese, Tim Burton ou Luca Guadanigno, Chloë Grace-Moretz chérit toujours autant ce rôle, comme elle l’a affirmé sur Twitter : 

"Fière de ce film. 10 ans après, c’est toujours quelque chose !"

Une BO qui mitraille

La bande originale de ce film d’action est également un élément clé de sa réussite. Les premières notes de "Stand Up" de The Prodigy nous font immédiatement penser à la transformation de Kick-Ass, et ses ambitions idéalistes. Arrangée par John Murphy, la musique permet d’intensifier les scènes de batailles dynamitées.

Oscillant entre violence et humour, Matthew Vaughn contraste ses scènes musclées avec le "Crazy" de Gnarls Barkley ou le "We Are Young" de Mika beaucoup plus légers, pour transposer le côté immature des super-héros amateurs, qui restent finalement des gros fanboy de comics et de pop culture. 

Une influence chez les super-héros

Ironiquement, si aucun studio ne voulait produire le film, Kick-Ass s’est profondément enraciné dans le patrimoine d’Hollywood qui, avide de sequels, prequels et autre remakes, a sorti une suite (moyenne) trois ans plus tard, a commandé un troisième volet puis un spin-off sur Hit-Girl à Matthew Vaughn.

Outre l’extension de son univers, le film de Matthew Vaughn a marqué la génération suivante des super-héros en ouvrant la voie à une nouvelle représentation des personnages, tels que nous les connaissions jusque-là. En ajoutant de la profondeur et de la personnalité à ses héros, plus provocateurs et moins lisses, le cinéaste a lancé la tendance du méga-cool à Hollywood : Red-Mist fume des joints en mission dans une voiture pimpée, Big-Daddy est un père aimant et ultra-présent, Hit-Girl n’a pas peur d’utiliser des armes qui font trois fois sa taille, Dave perce grâce aux réseaux sociaux, encore peu exploités au cinéma, et Frank D’Amico est un super-méchant ultra-violent, dénué de toute morale. 

Si dans le temps, la conception singulière de Kick-Ass aura permis la naissance du déjanté Deadpool, lui aussi R-Rated, ou de l’immature Shazam, Matthew Vaughn inspire directement le travail de ses confrères. Ce n’est pas un hasard, si un an plus tard, James Gunn sort Super, l’histoire d’un mec en pleine dépression qui pense que Dieu l’a choisi pour devenir un super-héros. Plongé dans les comics, il s’invente un costume et fait équipe avec une jeune femme pour combattre le mal, omniprésent dans la société. 

Dans une tout autre ambiance, Hollywood produit Chronicle, deux ans plus tard. Un récit dans lequel trois ados récupèrent des super-pouvoirs sans le vouloir et vont devoir en faire bon usage, ensemble, confrontés au dilemme moral que leur utilisation peut avoir. Le long-métrage de Josh Trank met en avant un esprit de solidarité comme des tensions au sein d’un groupe d’amis qu’on pourra retrouver par exemple dans… les Avengers qui, à ce jour, est le plus grand succès de l’histoire du box-office mondial.

Par Lucille Bion, publié le 21/04/2020