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De Top Gun à World War Z, l'autocensure d'Hollywood pour gagner le marché chinois

Publié le

par Manon Marcillat

D'un drapeau de Taïwan supprimé à des scènes coupées : de nombreux films sont concernés.

Scripts caviardés et scènes supprimées : dans un rapport publié mercredi par l’organisation Pen America, Hollywood est accusé de s’autocensurer pour permettre à ses films d’atteindre le gigantesque marché chinois.

Scénaristes, producteurs et réalisateurs pratiquent des altérations en tout genre, dans l’espoir de toucher le 1,4 milliard de consommateurs que compte la Chine, selon Pen America, association américaine de défense de la liberté d’expression.

Les drapeaux taïwanais et japonais brodés au dos du blouson de Tom Cruise dans Top Gun : Maverick ont par exemple disparu dans sa version 2019 et ont été remplacés par d’autres blasons. Les mentions "Far East Cruise 63-4" et" USS Galveston" ont aussi été retirées en faveur de la "United States Navy" et "Indian Ocean Cruise 85-86". 

Autre exemple de censure : l’effacement de la Chine comme source d’un virus zombie dans le film World War Z, sorti en 2013. La Paramount avait alors modifié la version originale du film dans laquelle des personnages débattaient de l’origine du virus, évoquant la Chine comme point de départ, et l’a remplacé par un autre pays.

Mark Brooks, l’auteur du livre dont est adapté le film, avait déjà été invité à supprimer ce passage de son livre mais il avait refusé, a-t-il expliqué dans une tribune publiée dans le Washington Post

Dans Skyfall, la scène dans laquelle un tueur à gage français tue un agent de sécurité asiatique a également été coupée au montage car elle évoquait la prostitution chinoise, et le personnage de Chow Yun-fat dans Pirates des Caraïbes 2 a été censuré car il véhiculait une image caricaturale des Chinois. Quant à Men in Black 3, il n’a été diffusé en Chine qu’après le retrait d’une scène où des aliens se déguisent en employés d’un restaurant chinois, rapportait en 2013 déjà un article du New York Times.

Il s’agit aussi d’éviter certains sujets sensibles, tels que le Tibet, Taïwan, Hong Kong ou le Xinjiang, de ne pas montrer de nudité ou de scène à caractère sexuel, des personnages de la communauté LGBTQ+ et de prendre de nombreuses précautions quand il s’agit d’évoquer la religion.

Ainsi, une réplique de L’Odyssée de Pi d’Ang Lee, "la religion, c’est l’obscurité", a été modifiée pour ne pas froisser les croyants. Et dans les années 1960, Ben Hur, accusé d’être un outil de propagande pour le christianisme, n’avait pas été diffusé dans le pays, constatait Le Figaro. "L’apaisement du gouvernement chinois et de leurs censeurs est devenu une façon comme les autres de faire des affaires", souligne le rapport. 

La Chine, futur plus grand marché du film au monde

Pékin possède l’un des systèmes de censure les plus répressifs au monde au sein du département de propagande du Parti communiste chinois, qui décide si un film étranger peut avoir accès au marché local. Seule une poignée de films étrangers sont diffusés chaque année en Chine, qui constituera bientôt le plus grand marché du film au monde. 

Des superproductions américaines comme Avengers : Endgame ou Spider-Man : Far from Home ont fait plus de recettes en Chine qu’aux États-Unis. "Le Parti communiste chinois exerce en fait une influence majeure sur le fait qu’un film hollywoodien soit rentable ou non – et les dirigeants des studios le savent", explique Pen America. 

C’est la raison pour laquelle un ancien patron de Disney, Michael Eisner, s’était excusé auprès de Pékin après l’interdiction sur le territoire du film Kundun de Martin Scorsese, sorti en 1997, qui traite de la vie du Dalaï-Lama, chef spirituel du Tibet en exil. 

À Hollywood, certaines personnes "s’approprient volontairement ces restrictions, sans qu’on le leur demande", et d’autres invitent les censeurs chinois sur les tournages, dénonce encore le rapport. Des bureaucrates chinois ont ainsi été conviés sur le plateau d' Iron Man 3, dont certaines scènes ont été tournées à Pékin, afin d’orienter les choix artistiques, explique le New York Times.

"Si vous présentez un projet qui est ouvertement critique", il y a une crainte que "vous ou votre entreprise soient ouvertement blacklistés", raconte un producteur. "L’approche d’Hollywood consistant à céder aux diktats chinois crée une norme pour le reste du monde", s’alarme Pen America, mettant en garde contre "une nouvelle normalité" dans des pays fiers de leur liberté d’expression.

Konbini avec AFP

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