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L’histoire vraie derrière Conjuring 3 fait froid dans le dos

Publié le

par Arthur Cios

Ou comment un fait divers sordide a nourri le nouveau Conjuring.

Depuis des décennies, les films d’horreur aiment s’inspirer de faits réels pour effrayer plus encore le spectateur, qui s’imagine que la réalité était à la hauteur de la fiction. Évidemment, Hollywood grossit toujours le trait, et dans les longs-métrages, tout est exagéré. Il n’empêche que certaines histoires originelles peuvent faire froid dans le dos.

James Wan, en concevant Conjuring, future pierre angulaire d’une franchise qui aura généré une dizaine de films en moins de dix ans (et ce n’est pas fini), a eu la bonne idée d’utiliser le fameux couple Warren pour aborder l’horreur. Célèbres "chasseurs de fantômes" – lui était un démonologue, elle une "médium" –, Ed et Lorraine ont pendant de longues années été appelés sur de nombreuses affaires. Ce qui permet à la Warner d’exploiter un nombre (presque) infini d’histoires "vraies".

Mais celle traitée dans Conjuring : Sous l’emprise du Diable, premier film de la franchise phare sans James Wan aux manettes de la réalisation (remplacé ici par Michael Chaves), est la plus connue. Non pas parce que l’exorcisme y est particulièrement glaçant, mais parce qu’elle a eu un impact conséquent sur le système judiciaire américain, a été longuement médiatisée et a posé cette question :

"Peut-on considérer qu’une personne 'possédée' par un démon est innocente d’un meurtre qu’elle a commis, si ce meurtre est provoqué par cette possession ?"

Les faits, que les faits

Dans ce genre d’histoire, il faut toujours prendre des pincettes et faire attention à la différence entre les faits avérés et le prisme de faits inexpliqués. Et ne pas oublier que les Warren sont aussi réputés pour être des charlatans qui se sont fait beaucoup d’argent sur le dos des victimes. Mais le fond de l’histoire demeure bien concret. Attention donc, ce qui suit peut contenir son lot de spoilers.

En 1980, la famille Glatzel trouve une petite maison à louer. Pendant qu’elle la nettoie, le plus jeune de la fratrie, David, commence à avoir des visions d’un vieil homme. Pensant qu’il s’agit au départ d’un mensonge, sa famille prend finalement peur quand il affirme que l’homme les menacerait, sans compter qu’il a des comportements étranges, comme réciter des passages de la Bible avec une voix grave, et des blessures inexpliquées. 

Les Warren sont alors appelés en renfort. Dans la foulée, le gamin connaît trois exorcismes, dont un où, selon Lorraine, David aurait été en lévitation et aurait arrêté de respirer. Lors cet exorcisme, le jeune Arne Johnson (petit copain de Debbie Glatzel, aînée de la fratrie) aurait demandé au démon de le posséder pour laisser David.

Dans les jours qui suivent, tandis que les Glatzel semblent retrouver une vie normale, Arne commence à souffrir de troubles similaires. Essayant de passer outre, il décide de quitter le foyer familial pour vivre avec Debbie. Les deux tourtereaux emménagent près du chenil d’Alan Bono, où travaille Debbie depuis peu. Et c’est là que tout va partir en vrille.

Debbie raconte qu’à partir du déménagement, Arne commence à avoir des transes, des moments où il hallucine, hurle, grogne, puis se réveille sans se souvenir de rien. Le 16 février 1981, après un déjeuner où Bono a bu beaucoup d’alcool, un incident dramatique a lieu. Devenant incontrôlable, Debbie veut quitter le lieu avec sa petite sœur et sa cousine, mais Bono garde l’une d’entre elles.

Arne commence à se montrer violent pour récupérer la gamine, et, dans une phase de crise, poignarde à plusieurs reprises l’homme éméché. Il meurt de ses blessures quelques heures plus tard, tandis qu’on retrouve Arne à 3 kilomètres des lieux du crime, quelques minutes après.

La vérité est moins belle (et forte)

Jusque-là, fiction et réalité (relative, mais quand même) se croisent. Évidemment que l’exorcisme de David a été largement amplifié pour les besoins du film, d’autant plus que les faits annoncés sont sujets à débat (forcément), et le meurtre de Bono est présenté un chouïa différemment. Mais les plus gros écarts viennent dans la suite des événements.

Un point est vrai : la défense d’Arne, au cours du procès, sera de clamer avoir été possédé. "The Devil made me do it" : le Diable m’a demandé de le faire. Difficile de prouver cela face à un jury. Dans le film, les Warren enquêtent sur l’origine de cette possession dans le but d’apporter devant la justice la preuve de l’innocence d’Arne dans cet homicide, qui serait involontaire.

[SPOILERS]

Le long-métrage nous raconte alors qu’Arne aurait été maudit par une tierce personne, qu’il n’était pas le premier, et le but du couple est alors de remonter aux origines de cette malédiction. Cela prend bien la moitié du film, si ce n’est plus, avec un final épique qui permet d’apporter des preuves à la Cour. Or, bien évidemment, dans la réalité, rien de tout cela n’a eu lieu. Il n’y a jamais eu de malédiction, de crâne, de sorts satanistes.

Pire encore, à la fin du film, Arne n’est pas innocenté mais a seulement une peine plus légère. Le vrai juge n’a pas été aussi clément. Robert Callahan, de son nom, a rejeté en bloc la défense liée à la possession. L’avocat de la défense décide alors d’aborder l’affaire sous le joug de la légitime défense. Arne est jugé coupable d’homicide involontaire et doit purger une peine allant de 10 à 20 ans.

Dans Conjuring : Sous l’emprise du Diable, la fiction a dévié de la réalité pour aller dans le sens des Warren et de la légitimité de leur travail auprès d’Arne. À la fin du long-métrage, le texte dit qu’il a été condamné à une peine pour meurtre involontaire, mais n’indique aucunement la stratégie de son avocat invoquant la légitime défense, laissant penser que le juge et le jury ont été convaincus d’une possession diabolique. Sans compter que le texte viendra en rajouter une couche en disant que cela fera jurisprudence – ce qui est loin d’être le cas.

Inspiré de faits réels donc. Inspiré seulement.

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