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Voilà pourquoi HBO Max débarque en Europe (et pas en France)

Publié le

par Arthur Cios

Et il y a une bonne raison à ça.

On vous en parle depuis son lancement en mai 2020, mais la plateforme HBO Max fait parler d’elle aujourd’hui pour autre chose qu’une polémique sur le calendrier des sorties de film. Cette fois, c’est parce que la plateforme de la Warner se lance en Europe. Un démarrage progressif dès fin octobre sur le Vieux Continent, où elle sera disponible dans 26 pays d’ici 2022. Mais pas en France.

Le lancement de la plateforme sera échelonné en trois phases, a détaillé le groupe américain lors d’une téléconférence de presse. HBO Max remplacera à terme l’offre de streaming HBO existant dans les pays où le groupe est déjà présent. Les chaînes HBO présentes en Europe centrale et de l’Est seront en revanche toujours disponibles sans changement, précise à l’AFP le groupe.

Dès fin octobre, la nouvelle offre HBO Max sera disponible dans six pays : Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Espagne et Andorre. Suivront début 2022 treize autres pays d’Europe de l’Est (Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Hongrie, Moldavie, Monténégro, Macédoine du Nord, Pologne, Roumanie, Serbie, Slovaquie et Slovénie) et le Portugal. Enfin, au cours de l’année prochaine, HBO Max sera présent dans sept autres pays – Pays-Bas, Turquie, Grèce, Islande, Estonie, Lituanie, Lettonie.

Il manque quatre gros marchés, dont la France. Ce qui s’explique par le fait que la distribution des séries et films exclusifs est faite en partenariat avec des chaînes locales. Au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne, HBO est en partenariat avec Sky jusqu’en 2025. Tandis qu’en France, des accords d’exclusivité avec OCS sont ancrés jusqu’en 2023.

"Nous comptons être présents dans 190 territoires d’ici 2026", a déclaré Johannes Larcher, directeur de HBO Max International. Dont les quatre pays cités. Une décision qui implique beaucoup de choix et de changements.

OCS et les exploitants fébriles ?

La Warner est confrontée à plusieurs problèmes, dont les solutions risquent de faire des dégâts dans le paysage médiatique. Déjà, cette histoire de partenariat. Si HBO Max se lance bien en France en 2023, cela signifie que OCS perdra tous les contenus de la chaîne HBO (dont les séries cultes Game of Thrones, Les Soprano, Sex and the City et plus encore).

Nos confrères de Numerama rappellent néanmoins qu’il y a quelques semaines, le directeur d’Orange Content Christian Bombrun donnait une interview au Figaro, dans laquelle il minimise l’impact de la perte potentielle du catalogue de HBO sur la plateforme française : "Ce contrat est important, mais actuellement, les séries les plus consommées sur OCS sont The Handmaid’s Tale et The Walking Dead, qui ne sont pas des séries HBO."

Ce qui est vrai, mais cette affirmation réduit l’impact de la présence de Game of Thrones dans la croissance, ces dernières années, d’OCS. Sachant qu’un premier spin-off, House of the Dragon, va pointer le bout de son nez l’année prochaine, OCS va-t-elle miser dessus dans sa promo ou, au contraire, essayer de mettre en avant le reste de son catalogue ?

Il faut rappeler qu’OCS a tout de même récupéré ces derniers mois un tas de films inédits, et a lancé ses premières productions originales il y a peu. Le but est bien sûr d’avoir le moins de désabonnements possible au lancement de HBO Max en France. Combien de personnes payant déjà chaque mois un compte OCS sont prêtes à payer HBO Max en plus, sans songer à remplacer le premier par le deuxième ?

Rappelons que le catalogue de HBO Max n’est pas constitué que des séries de la célèbre chaîne américaine. On parle aussi de films importants, comme les films DC, et autres franchises cultes (Matrix, Mad Max, Le Seigneur des anneaux, Harry Potter…). Ces derniers mois, la Warner a sorti Joker, Tenet, Wonder Woman 1984, Dune et s’apprête à sortir Matrix 4. L’année prochaine est prévu Batman avec Pattinson, Les Animaux fantastiques 3, quelques films DC et plus encore.

On se demande également ce qu’il en est de la stratégie cinématographique de la plateforme. En 2021, outre-Atlantique en tout cas, les films sortaient simultanément en salles et sur la plateforme. Une stratégie qui va changer en 2022, après que beaucoup de cinéastes ont poussé un coup de gueule. Un créneau de 45 jours d’exclusivité en salles est prévu cette année pour "les pays nordiques et l’année prochaine en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en Grèce, en Islande et en Europe centrale et orientale", a précisé le groupe dans un communiqué.

Coucou la chrono des médias

Sauf qu’en France, ceci est impossible. La chronologie des médias veut qu’un film sorti en salles ne soit disponible sur une plateforme que trois ans après sa sortie. Ce calendrier de diffusion permet pour l’heure à Canal+ de diffuser les films de six à huit mois après leur sortie en salles, contre 20 à 22 mois pour les chaînes de télévision gratuites (TF1, France Télévisions, M6…). Même si l’on sait que le sujet d’une réforme de cette "exception culturelle" est sur le tapis depuis bien longtemps, rien n’a abouti pour l’instant.

Le gouvernement va avoir de plus en plus de pression sur ce point. Entre Netflix, qui ne peut présenter ses films en salles (et se retrouve donc boycotté par le Festival de Cannes), Disney, qui a décidé de sortir des films directement sur la plateforme afin de gonfler son catalogue sans avoir à trop attendre et qui menace de ne plus sortir de film en salles ici – alors que cela ne représente pas loin d’un quart du box-office français –, et l’arrivée de HBO Max et ses films à gros potentiel qui pourraient suivre la même stratégie, les exploitants ont trop à perdre avec les mises en ligne systématiques de tous ces gros longs-métrages.

D’autant plus que des rumeurs, citées notamment par le site Television Business International, évoquent une potentielle levée de contrats avant leur fin. Comprendre un lancement de HBO Max avant la fin des contrats d’exclusivité avec la Sky et OCS. Ce qui serait plus ou moins logique pour ceux qui sont en contrat jusqu’en 2025, mais plus compliqué à imaginer en France – tout du moins tant que cette histoire de chronologie des médias n’a pas évolué.

Outre une pléthore de programmes, HBO Max activera enfin un levier financier : l’abonnement annuel coûtera l’équivalent de huit mois de souscription, représentant "une économie de plus de 30 %". HBO Max sera facturé mensuellement 89 couronnes en Suède, Norvège (8,80 euros), 79 couronnes (10,50 euros) au Danemark et 8,99 euros en Espagne et en Finlande.

Konbini avec AFP

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