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Ce court-métrage revient sur l'histoire d'Alice Guy, la première réalisatrice de cinéma

Publié le

par Manon Marcillat

(© Golden Moustache)

Avec Camille Claris et Kyan Khojandi. 

Alice Guy est la première réalisatrice, scénariste, productrice et directrice de studios de l’histoire du cinéma. En 1896, alors que les frères Lumière documentaient L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, elle filmait La Fée aux choux, la toute première fiction de cinéma. Pourtant, son histoire est longtemps restée méconnue et son impact dans l’histoire du 7e art fut totalement passé sous silence.

C’est cette histoire que tente de réhabiliter la société de production Golden Moustache dans le court-métrage La Fabuleuse Histoire (méconnue) d’Alice Guy, réalisé par l’actrice et réalisatrice Aude Gogny-Goubert, avec notamment Camille Claris et Kyan Khojandi. 

On est en 1895, Alice Guy à 22 ans et elle est la secrétaire de Léon Gaumont au Comptoir général de la photographie. Malgré l’hostilité et le mépris de ses supérieurs masculins, elle tente de faire entendre ses idées qui ne tarderont pourtant pas à révolutionner le 7e art.

C’est à l’issue d’une projection des images de l’usine des frères Lumières qu’Alice Guy eut l’idée d’utiliser la technique du chronophotographe, l’une des toutes premières caméras mises au point par Léon Gaumont pour "fabriquer des histoires que les gens prendraient plaisir à regarder, comme ils aiment se plonger dans un bon livre", à l’époque où il n’était utilisé que pour "documenter des scènes du quotidien, la nature, le travail, un train qui entre en gare".

Son patron lui donna finalement l’autorisation d’utiliser le matériel et, à l’été 1896, Alice Guy filma La Fée aux choux, le premier court-métrage de l’histoire du 7e art, soit une minute de fiction durant laquelle on voit une fée extraire des nourrissons de choux en carton. Elle venait ainsi d’inventer le cinéma.

Approchant tous les genres, elle réalisera, scénarisera et produira plus de 700 films et participera à plusieurs avancées technologiques majeures, comme la colorisation ou le son synchronisé vingt ans avant le cinéma parlant. Expatriée aux États-Unis, elle créera même ses propres studios, Solax, à Fort Lee dans le New Jersey, et ce avant l’émergence d’Hollywood.

Féministe par son état d’esprit aventurier dans un monde d’hommes, elle l’était également au travers de ses œuvres. Elle a notamment réalisé Madame a des envies, un court-métrage dans lequel une femme enceinte cède à toutes ses envies, ou Les Résultats du féminisme, où les rôles entre les femmes et les hommes sont inversés. Pionnière, elle fut aussi la première à faire tourner des acteurs afro-américains dans A Fool and His Money.

Malheureusement, un incendie de ses studios a contribué à l’effacement de son œuvre – pourtant herculéenne – de la mémoire collective et, à son retour en France, Alice Guy était redevenue une inconnue.

Réinscrire les femmes dans l’histoire du cinéma

Comme Golden Moustache, plusieurs personnes s’emploient depuis quelques années à réhabiliter l’œuvre de la cinéaste pour mieux en comprendre les raisons de sa disparition.

Il y a deux ans fut ainsi créé le prix Alice Guy, qui met en lumière le talent des réalisatrices contemporaines pour pallier l’absence des femmes des grandes cérémonies annuelles du cinéma.

Depuis huit ans, la documentariste américaine Pamela B. Green a également travaillé à réunir archives, témoignages, extraits de films et interviews qui ont donné naissance au formidable documentaire Be Natural (de la consigne que donnait Alice Guy à ses acteurs), conté par Jodie Foster. Elle tente ainsi de ressusciter ce destin oublié et d’en comprendre son omission par la profession.

De son côté, Aude Gogny-Goubert avait déjà prêté sa voix au podcast de Louie Media Une autre histoire, qui entend rendre aux femmes la place qu’on leur a ôtée et a consacré sa première saison à Alice Guy. Et récemment, LaCinetek a ajouté dix-huit films d’Alice Guy à son catalogue.

Peut-être qu’à force de persévérance, Alice Guy et toutes les autres femmes invisibilisées seront réinscrites dans l’histoire collective du cinéma.

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