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Gérardmer 2018 : 20 ans après, Scream est toujours un hurlement de plaisir

Publié le

par Mehdi Omaïs

Il a fêté ses 20 ans il y a quelques mois et son aura est intacte. Scream, le classique du slasher de Wes Craven, a reçu du public de Gérardmer le grand prix des grands prix. Une récompense qui lui vaut d’être programmé ce jeudi 1er février pour le plus grand bonheur des festivaliers. Retour sur une œuvre culte, commentée par cinq connaisseurs.

(© Dimension Films)

Grand prix à Gérardmer en 1997, Scream reste à ce jour l’un des plus grands slashers de l’histoire du cinéma. Même plus besoin de le présenter ! Son titre est 100 % universel et le masque de son tueur, inspiré du Cri de Munch, connu aux quatre coins du globe. Souvenez-vous… Le regretté Wes Craven, cinéaste émérite et père de Freddy Krueger, a trituré les immuables codes du genre pour accoucher d’une œuvre novatrice et cinéphile, devenue une matrice absolue pour bien d’autres productions.

Tourné à l’aide d’un budget de 14 millions de dollars, le film en a rapporté 173 millions à travers le monde − 2 207 347 entrées en France, fait rare − et a fait de son héroïne, l’incassable Sidney Prescott (Neve Campbell), l’une des badass girls les plus inoubliables des années 1990 (puis des années 2000 avec les suites). Pour rappel, cette dernière était la cible favorite de Ghostface, un serial killer s’inspirant des classiques d’horreur des années 1970 et 1980 pour opérer ses crimes. Vingt ans après sa sortie, ils sont cinq à nous livrer leur sentiment sur ce monument de l’horreur.

Bruno Barde, directeur du Festival de Gérardmer

"Avant son grand prix à Gérardmer, nul ne connaissait Scream. Vous marchiez dans la rue, vous prononciez le titre et personne ne réagissait. C’est un film jubilatoire qui convoque à la fois le rire, l’humour, le second degré, le fantastique. Il déploie une belle mise en scène et une construction scénaristique simple et intelligente, avec des personnages identifiés. Le spectateur ne va ni plus vite ni moins vite que la trame. Il est en osmose et en empathie complètes avec le déroulé de l’action. Ça, c’est formidable puisque ça crée cette fameuse dialectique autour du spectateur et de l’écran qui est la marque des grands films.

Quand je l’ai vu, c’était une évidence de le sélectionner, comme Morse ou It Follows. Je me suis battu pour l’avoir. Hélas, Wes Craven était absent l’année où Scream a triomphé à Gérardmer. C’est le seul qui n’est jamais venu. J’ai eu tout le monde mais pas lui. Je l’ai invité, j’ai tout proposé, un hommage, une présidence du jury… C’est quelqu’un qui travaillait beaucoup, et qui était rare et discret. Même quand j’ai programmé son drame La Musique de mon cœur à Deauville, il n’est pas venu."

Philippe Rouyer, critique à Positif et président du jury de la critique de Gérardmer

"Dans ses meilleurs films, Wes Craven s’est ingénié à faire naître la peur en repensant les rapports entre réalité et fiction. C’était l’un des ressorts des Griffes de la nuit (1984), avec l’invention de Freddy Krueger qui massacre les adolescents en s’introduisant dans leurs rêves. Et encore plus explicite quand, après cinq suites décevantes tournées par d’autres, Craven a enfin récupéré son personnage pour en faire, dans Freddy sort de la nuit (1994), une incarnation du Mal qui, furieux de ne plus pouvoir prendre forme à l’écran, s’attaquait à ses créateurs dans leur 'vraie vie' : Wes Craven, mais aussi les interprètes du premier film, Heather Langenkamp et Robert Englund, dans leurs propres rôles.

Deux ans plus tard, Craven reprend, dans Scream, ce principe de transformer la réalité en fiction avec cette fois un mystérieux tueur masqué qui reproduit sur le campus ce qu’il a vu sur l’écran. Les étudiants, ses victimes, sont eux aussi grands connaisseurs de films d’horreur et peuvent ainsi établir les trois règles à suivre pour avoir une chance d’échapper au tueur : 1) Rester vierge 2) Ne consommer ni drogue ni alcool 3) Ne jamais dire 'Je reviens'. Autant de commandements qu’ils vont s’empresser d’enfreindre dans un grand éclat de rire avant de se retrouver en plein carnage. D’où un jeu de miroirs qui fait de Scream à la fois l’analyse pertinente d’un certain cinéma d’horreur, le slasher, et un de ses meilleurs fleurons, comme en témoigne l’éblouissante séquence d’ouverture."

Christophe Petit, directeur du Vidéo Club de la Butte, à Paris

"Je revois le personnage de Casey [Drew Barrymore, ndlr], qui s’apprête à visionner un film d’horreur lors de la première scène, avant de se faire assassiner. Plus tard, on découvre des personnages farfouillant dans un vidéoclub… Quand Scream révolutionne le slasher, on est à l’apogée des vidéoclubs. Lesquels se réduisent hélas comme une peau de chagrin de nos jours. Je me souviens, les ados et les jeunes venaient vers 21 heures. Je les sentais excités à l’idée de choisir un long-métrage bien effrayant. Après avoir acheté du pop-corn et des chips, ils rentraient chez eux, tiraient les rideaux, éteignaient la lumière…

Il y avait un rituel presque religieux. La VHS sacralisait le moment. La mettre dans le magnétoscope était le geste ultime. C’était toute une démarche alors que maintenant, on appuie sur un bouton et basta. Comme tous ces jeunes qui succombaient à la 'screamania', les héros du film de Wes Craven étaient également de gros consommateurs de cinéma de genre. De fait, l’identification était entière. Ça a été un carton à la location et ça a continué à bien fonctionner en DVD. À l’époque, sans Netflix et autres téléchargements, la location en magasin était le seul moyen de voir un film après sa sortie en salles."

Coralie Fargeat, réalisatrice de Revenge

"La première fois que j’ai vu Scream, c’était avant sa sortie en France, lors d’un festival parisien. Je ne connaissais rien du film. Je n’avais même pas lu le résumé. J’avais juste un trou dans mon planning et l’heure de la séance correspondait… J’y suis donc allée comme ça. Et ça a été un choc ! Jubilatoire ! La première scène m’a immédiatement scotchée à mon siège. C’était à la fois vraiment flippant, ludique, marrant, avec un sens de la mise en scène virtuose. J’ai aimé comment Wes Craven réutilise tous les codes réputés éculés du film d’horreur pour en faire quelque chose de totalement novateur et d’incroyablement moderne !

Pour moi, cela démontre que l’originalité d’un long-métrage ne repose pas tant sur son sujet ni sur son genre mais sur la manière de s’en emparer. Comme disait Hitchcock : 'Mieux vaut partir du cliché que d’y finir.' Scream en est à mon sens une illustration brillante. En sortant de la projection, j’étais aux anges, j’avais la sensation d’avoir découvert une petite pépite. Je l’ai ensuite revu quand il est sorti en salles et j’y ai emmené pas mal d’amis. Cela fait partie de ces films qui trouvent immédiatement une forte résonance iconique auprès du public, c’est assez rare."

Alexa Zangrilli, rédactrice en chef du site Films-horreur.com

"En 1996, le cinéma de genre connaissait une décennie plutôt difficile après une vague de succès dans les années 1980. Wes Craven enchaînait lui-même les films décevants… Avec Scream, petit film aux allures de simple slasher, il a réussi le tour de force de renouveler le cinéma de genre. D’abord parce qu’il embrasse son héritage. Scream est le Halloween des années 1990, le second degré en plus, et reprend tous les codes du monument de Carpenter tout en réussissant à l’ancrer dans la modernité. La panoplie des personnages, le body count, le tueur mystérieux, cette touche de folie avec ces fameuses 'règles' du film d’horreur…
 
Craven s’amuse avec le spectateur expert en cinéma d’horreur. Par ailleurs, Scream n’aurait pas été pareil sans son héroïne, Sydney Prescot. Véritable Laurie Strode des années 1990, le personnage joué par Neve Campbell a ouvert la porte à une nouvelle génération de jeunes actrices. Et surtout à des personnages féminins plus forts, plus badass. Son évolution entre le début et la fin du récit est saisissante et symbolique. Le fameux #GirlPower des années 1990 est bien là, avec Scream pour étendard."

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