Au cinéma, les femmes sont beaucoup trop réduites au silence

Un logiciel permet désormais de calculer automatiquement le temps de parole et de présence des rôles féminins au cinéma.

Geena Davis dans Beetlejuice. (© 1988/ Warner Bros.)

Scène on ne peut plus ironique de Beetlejuice, avec Geena Davis à l'écran. (© 1988/ Warner Bros.)

Un outil permettant de comparer le temps de parole des rôles féminins et masculins au cinéma vient d'être développé : le Geena Davis Intelligent Quotient, ou son acronyme GD-IQ. Et selon ce logiciel, pensé par un groupe de recherche du "Geena Institute" affilié à l'université Mount St Mary de Los Angeles, il semblerait que ces messieurs monopolisent la conversation sur les écrans (sans blague ?).

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D'après le site Quartz, le Geena Davis-IQ et les professionnels qui lui ont donné naissance font directement référence à l'actrice Geena Davis, célèbre notamment pour ses rôles dans Thelma et Louise et Beetlejuice. La comédienne américaine est en effet connue pour son engagement en faveur d'une représentation paritaire entre femmes et hommes sur le petit et le grand écran.

Le logiciel qui porte son nom consiste en un système indépendant, capable d'analyser un film de 90 minutes en seulement un quart d'heure et de comparer ainsi les dialogues et le temps de présence à l'écran de chacun des acteurs.

Après utilisation, le résultat est sans appel : on se rend compte que les femmes interviennent moins dans les dialogues de films. Elles sont souvent reléguées à un rôle anecdotique ou moins important que celui des protagonistes masculins, quand elles ne sont pas tout simplement réduites au silence. Dans les films d'action, les hommes interviennent même trois fois plus que les femmes, que ce soit oralement ou visuellement.

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Plus surprenant encore, ce constat vaut aussi pour les intrigues dans lesquelles le personnage principal est une femme : les hommes y parlent davantage et sont visibles plus souvent. Un comble !

D'un point de vue purement mathématique, il est logique que les personnages de femmes, minoritaires dans les scénarios au cinéma, soient moins présents dans les dialogues et à l'image. Et cela se vérifie statistiquement.

Si le GD-IQ nous confirme donc quelque chose que nous savions déjà, il apporte une nouvelle méthode pour le prouver et attester du problème de parité rencontré au cinéma. Mais aussi ailleurs, puisque ce logiciel peut s'adapter aux autres supports médiatiques. Les mentalités évoluant lentement, rabâcher des évidences ne peut de toute façon pas faire de mal.

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Des poules aux œufs d'or discriminées

La vidéo mise en ligne par Quartz il y a quelques jours explique très bien (mais en anglais) l'utilité de cet outil. Le site précise également que, paradoxalement, les films dont l'histoire met en avant un personnage féminin rapporte plus d'argent à l'industrie du cinéma : 89,9  millions de dollars (à peu près 80,1 millions d'euros) au box-office pour un long métrage avec une héroïne, contre 75,7 millions de dollars pour les autres (environ, 67,5 millions d'euros). Un comble, encore une fois, et qui n'a en réalité rien d'une bonne nouvelle.

Le problème c'est que, même s'ils génèrent un gros chiffre d'affaires, les films qui mettent des femmes au centre de leur scénario leur font incarner des personnages peu diversifiés. Ce n'est donc pas tant la femme qui rapporte plus d'argent, mais plutôt un archétype féminin.

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Prenons comme exemple la saga Hunger Games, portée par Jennifer Lawrence, qui a rapporté près de 1,5 milliard de dollars : Katniss est une héroïne comme on en compte bien trop : badass mais maternelle, incapable de choisir entre deux hommes et qui finira (attention SPOILER) par tomber amoureuse de l'un d'entre eux, parce que le public n'aime pas qu'une femme célibataire le soit encore lorsque survient le dénouement.

Autre exemple, en mars 2015, lors de la sortie de Cendrillon en live-action, Disney a comptabilisé près de 23 millions de dollars d'entrées en Amérique du Nord, faisant mieux que Night Run avec Liam Neeson dans le même laps de temps (11 millions de dollars). Là encore, on nous propose pourtant un personnage tristement commun et faussement féministe.

Une autre piste de réflexion mérite toutefois d'être abordée : comme on compte moins de films ayant des femmes dans les rôles principaux, les autres films, majoritairement portés par des héros masculins, ont plus de chances de faire un flop. Voilà qui est purement et simplement statistique.

Par Juliette Geenens, publié le 28/09/2016

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