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Gus Van Sant dévoile toutes ses facettes à la Cinémathèque française

Publié le

par Naomi Clément

Gus Van Sant devant l’une de ses peintures © Cinémathèque française ©

Du 13 avril au 31 juillet, la Cinémathèque française propose une exposition dédiée à l'œuvre de Gus Van Sant, un réalisateur aux multiples talents. 

Gus Van Sant devant l'une de ses peintures. (© Cinémathèque française)

Gus Van Sant est considéré comme le chef de fil d'un cinéma post-Nouvel Hollywood underground, qui n'a cessé de porter à l'écran une jeunesse américaine déroutée. Il est aussi connu pour avoir mis en lumière Portland, ville industrielle de l'Oregon qui n'existait pas vraiment dans la géographie du cinéma américain des années 1980, lorsqu'il débute sa carrière (à l'époque, il n'y a globalement que deux options pour les auteurs de films : le cinéma indépendant de New York, ou le cinéma hollywoodien de Los Angeles).

Mais Gus Van Sant n'est pas qu'un réalisateur reconnu, il possède bien d'autres cordes à son arc. C'est justement ces autres facettes que nous propose aujourd'hui d'explorer la Cinémathèque française de Paris. À quelques jours de la sortie de Nos Souvenirs, le nouveau Van Sant qui mettra en scène Matthew McConaughey, le musée propose un parcours qui explore les travaux, peu connus, du cinéaste en photographie, composition musicale et peinture, qui ont participé à la construction de son œuvre tout entière.

Une jeunesse omniprésente

La première chose dont nous rend compte cette exposition, c'est la fascination (ou peut-être devrait-on parler d'obsession ?) de Gus Van Sant pour la jeunesse. Certes, nous avions déjà saisi cela à travers sa filmographie : tout au long de sa carrière, qui débute en 1985 avec Mala Noche et compte à ce jour 16 longs métrages, le réalisateur américain nous plonge continuellement au cœur d'histoires qui prennent quasi toutes pour protagoniste une jeunesse en quête d'identité, parfois violente (ElephantParanoid Park), souvent réjouissante (Will HuntingÀ la recherche de Forrester). Gus Van Sant participera d'ailleurs à lancer les carrières de nombre d'acteurs qui ont marqué le 7e art, tels que Matt Damon, Ben Affleck, Keanu Reeves ou encore feu River Phoenix.

Mais cette jeunesse est également présente dans toutes les autres dimensions de son œuvre, à commencer par la photographie, qu'il débute dans les années 1980 et ne cessera jamais de pratiquer. L'exposition s'ouvre sur une pièce immaculée au centre de laquelle trône une collection assez impressionnante de portraits en noir et blanc, figés sur des Polaroid parfois agrandis, et sur lesquels on reconnaît les visages juvéniles de Drew Barrymore, Keanu Reeves, Matt Damon ou encore Nicole Kidman.

La salle "Photography", qui ouvre l'exposition, offre un large aperçu du travail de photographe de Gus Van Sant. (© Naomi Clément/Konbini)

D'autres clichés signés Gus Van Sant. (© Naomi Clément/Konbini)

Au milieu des années 1980 en effet, alors qu'il prépare à Portland les tournages de ses premiers longs métrages, Gus Van Sant se munit d’un Polaroid et s’en sert spontanément pour immortaliser des lieux et, surtout, des personnes qui l’entourent et l'inspirent. À ce sujet, Matthieu Orléan, commissaire de cette exposition, explique :

Les aquarelles de Gus Van Sant. (© Naomi Clément/Konbini)

La salle "Music" donne un (petit) aperçu de l'œuvre musicale du cinéaste. (© Naomi Clément/Konbini)

Une constellation d'influences vertueuses

L'exposition nous permet surtout d'entrer un peu plus en profondeur dans l'œuvre de Gus Van Sant en nous immiscant dans une constellation d'influences vertueuses qui ont souvent nourri son travail cinématographique. À travers une pièce baptisée "Constellations", on découvre par exemple l'influence d'Alfred Hitchcock, et plus précisément du film Psychose dont Gus Van Sant réalise un remake copié plan par plan au début des années 2000.
Cette pièce souligne aussi la récurrence de certains artistes dans la carrière de Gus Van Sant, tels que l'écrivain de la Beat Generation William Burroughs, qu'il dirige à trois reprises, les acteurs Ben Affleck et Matt Damon, qui sont aussi coauteurs du film Gerry (2002) ou encore les photographes Bruce Weber ou William Eggleston, qui ont respectivement capturé les tournages de My Own Private Idaho (1991) et du court métrage Easter (2000), jamais sorti.

Quelques clichés du photographe Bruce Weber, pris sur le tournage de <em>My Own Private Idaho.</em> (© Naomi Clément/Konbini)

"Constellations" nous permet aussi de mieux saisir le modus operandi de Gus Van Sant en dévoilant quelques-uns de ses story-boards ou encore des schémas (à nos yeux parfois aussi abstraits qu'incompréhensibles) qui lui permettent avant chaque tournage de synthétiser les déplacements de ses personnages.
Il y a notamment celui, très coloré, d'Elephant (2003), avec lequel Van Sant a décroché une Palme d'or, qui semble prendre la forme d'un éléphant, ce qui aurait inspiré le nom du film.

Ledit schéma d'<em>Elephant.</em> (© Naomi Clément/Konbini)

Les premiers story-boards de Gus Van Sant. (© Naomi Clément)

Et le cinéma dans tout ça ?

L'exposition tient donc sa promesse dans le sens où elle nous permet d'explorer des facettes peu connues de Gus Van Sant, telles que la photographie ou la peinture. Mais on regrette quelque peu de ne pas être jeté de façon plus intense dans son œuvre cinématographique, qui semble du coup légèrement passer à la trappe au profit des "autres visages de Gus". La partie dédiée à son travail de compositeur aurait notamment mérité plus d'approfondissement, car seuls deux écrans plongés dans une salle nous en offrent un aperçu – alors que la musique tient une place éminemment importante dans le travail du réalisateur.

Néanmoins, l'exposition nous permet de mieux saisir la multiplicité des influences du cinéaste. Avec le recul, ces sources d'inspiration semblent lier toute son œuvre cinématographique, qu'on a souvent décrite comme paradoxale ou discontinue en raison de l'éclectisme de ses sujets ou de ses techniques réalisation d'un film à l'autre. Une bonne façon d'appréhender avec un regard neuf le dernier film de Gus Van Sant, Nos Souvenirs, en salles le 27 avril prochain.


L'exposition Gus Van Sant est à visiter du 13 avril au 31 juillet 2016 à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris 12e.

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