AccueilCinéma

Everybody Wants Some, digne héritier du teen movie culte Dazed and Confused

Publié le

par Ariane Nicolas

Un an et demi après Boyhood, Richard Linklater sort Everybody Wants Some, un film plein de chaleur qui raconte les jours précédant la rentrée dans une fac du Texas... comme une réponse à son Dazed and Confused, sorti au début des années 1990. 

Près de vingt-cinq ans ont passé depuis la sortie de Dazed and Confused (Génération rebelle) et les adolescents de Richard Linklater sont toujours aussi fringants. Le réalisateur de Boyhood et de la trilogie des Before (Sunrise, Sunset, Midnight) sort Everybody Wants Some, mercredi 20 avril. Un film qui s'inscrit dans la droite lignée de sa comédie culte Dazed and Confused, qui avait notamment participé à lancer la carrière de Matthew McConaughey, Milla Jovovich, Ben Affleck ou encore Parker Posey.

Le film de 1993 contait la vie de lycéens texans profitant de leus derniers jours d'école, à la fin des années 1970. L'héritier Everybody Wants Some se projette quelques années plus tard, au début des années 1980. Toujours sur le mode comique, et toujours au Texas, le film s'attache au destin de Jake (Blake Jenner, de la série Glee), un freshman qui découvre la vie étudiante lors du week-end précédant la rentrée des classes à la fac.

Flash-back

Les deux films recréent avec délice le décor spatio-temporel dans lequel ils s'inscrivent. Aux cheveux longs et jeans larges du premier répondent les coupes au casque et les chemises étriquées du second. Les ados d'Everybody Wants Some ont quelques années de plus que ceux de Dazed and Confused, mais partagent globalement les mêmes occupations : boire, fumer, conduire, draguer... et rire. Certaines scènes se font même directement écho, comme la fête dans le sous-bois, lieu mystérieux et presque enchanté où tout semble possible, le temps d'une soirée.

Blake Jenner et Zoey Deutch roucoulent dans <em>Everybody Wants Some</em>, au petit matin. (Metropolitan Films)

Dans Everybody Wants Some, Richard Linklater, qui a mis dans ce film beaucoup de sa propre histoire, recrée avec minutie le microcosme de l'époque, comme un long flash-back. Les acteurs de ce film choral racontent que deux mois et demi avant le tournage, ils se sont mis à écouter de la musique des années 1980 en boucle, pour mieux se mettre dans le bain. Tyler Hoechlin (le brun à moustache) se souvient :

"Nous n'avons pas eu le droit de nous faire des high five sur le tournage, parce que Richard nous a dit : 'Ouais, je n'ai pas high fivé avant 1982 ou 1983.' La façon qu'il avait de se souvenir de tout était fantastique." 

Une certaine idée des Etats-Unis

Il y a dans les deux films, comme dans l'œuvre de Linklater en général, une bienveillance remarquable envers les personnages. Contrairement à la plupart des teen movies, qui font passer les jeunes pour des abrutis sans scrupules, le réalisateur les dépeint comme des êtres à la personnalité complexe, à la fois insouciants et graves, libres sans être encore accomplis, et voués à changer rapidement face aux circonstances qu'ils traversent : ces périodes de transition où le temps semble s'accélérer, tout en restant comme suspendu dans un moment d'éternité, dans la joie. 

Chez d'autres, les étudiants d'Everybody Wants Some étudieraient l'histoire des religions ou le cinéma français des années 1930. Linklater ne s'encombre pas de snobisme, ses personnages sont en fac de sport, spécialité baseball. Certains ont des têtes d'intello, d'autres de doux dingos, d'autres encore de dragueurs nés. Ils sont unis par leur amour du sport, loin des clichés sur les gros bras écervelés. Dans une interview à IndieWire, Richard Linklater explique :

"Globalement, les joueurs de baseball ne sont pas des brutes. Bien sûr, ils sont empreints des mêmes questionnements liés à la virilité que n'importe qui d'autre, mais ils ne sont pas pires non plus. Il y a des joueurs de baseball vraiment intelligents. C'est un sport de gens qui réfléchissent."

Austin Amelio, Tyler Hoechlin et Glenn Powell montrent les muscles dans<em> Everybody Wants Some</em>. (Metropolitan Films)

À travers ces personnages, c'est une certaine idée des États-Unis qui est montrée. Quand les futurs lycéens de Dazed and Confused, nom emprunté à une chanson de Led Zeppelin, sont soumis à une forme d'initiation à la vie par les "grands", les jeunes adultes d'Everybody Wants Some apprennent la compétition, entre deux soirées alcoolisées – chose interdite aux sportifs par leur fac.

"Chacun veut sa part du gâteau", clame le titre. Ce dessert convoité peut être une femme, une victoire au baseball, la possibilité de téléphoner au calme ou tout autre promesse de bonheur simple et de liberté... Bref, une vision de l'American Way of Life expurgée du matérialisme, mais pas complètement idyllique non plus. 

Esprit d'équipe

À la base, le scénario d'Everybody Wants Some devait s'écouler sur une année. Richard Linklater a préféré se concentrer sur le week-end d'avant-rentrée, où les premiers liens se nouent entre les futurs joueurs de l'équipe de baseball. Comme dans Dazed and Confused, c'est la dynamique de groupe, dans sa globalité et dans les interactions sous-jacentes qui s'y déploient, qui intéresse Linklater.

Si le baseball est aussi peu présent dans le film, c'est, dit-il, pour mieux se concentrer sur "les relations, les liens, l'ambiance, l'humeur, l'interaction, les frictions et les attitudes vantardes", qui peuvent caractériser le milieu étudiant. À en croire ses acteurs, il a créé une atmosphère particulière sur le tournage, afin de faire passer à l'écran cette impression de cohésion au sein du groupe. Will Brittain témoigne :

"Pour arriver à ce résultat, on s'est fait beaucoup de câlins."

Une partie de la troupe d'<em>Everybody Wants Some</em> en pleine dégustation de bière. (Metropolitan Films)

Sans sentimentalisme ni jugement, la caméra de Linklater se plaît à observer la socialisation entre les êtres humains, qu'il s'agisse de la structure familiale (Boyhood), du couple (les trois Before...) ou du groupe adolescent, avec ces deux films. Le cinéaste texan, c'est un peu l'anti-Michael Haneke. Plutôt que de s'interroger sur l'origine du Mal, ennemi absolu des relations humaines, il s'émerveille, sans angélisme, de notre propension à aimer notre prochain, à avoir besoin de lui et à craindre que le temps ne vienne, un jour et sans crier gare, tout détricoter.