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Les femmes, toujours au second plan du cinéma français

Publié le

par Constance Bloch

La première étude sur la parité dans le cinéma français montre l'ampleur des inégalités homme-femme, tout en marquant une volonté politique de faire changer les choses.

Valéria Bruni-Tedeschi

Lors du dernier Festival de Cannes, Najat Vallaud-Belkacem avait annoncé qu'un diagnostique sur les inégalités homme-femme dans le cinéma français avait été demandé au CNC (Centre National du Cinéma). Cette annonce faisait suite à la polémique de 2012, alors qu’aucune réalisatrice n’avait été sélectionnée en compétition, et une seule en 2013 (Valéria Bruni-Tedeschi).

Attendus depuis des mois, les chiffres de cette première étude sexués viennent d'être dévoilés. Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas reluisant. A commencer du côté des réalisatrices, qui ne représentent que 23% de l'ensemble de la profession en 2012. Malgré une légère évolution par rapport à 2008, où elles n'étaient alors que 18,5%, elles restent donc encore largement sous-représentées.

L'autre disparité impressionnante concerne le budget des films dirigés par des réalisatrices, largement en-dessous de celui de leurs homologues masculins. En moyenne, le devis moyen des films réalisés par les femmes était de 3,45 millions d’euros, contre 5,66 millions d’euros pour les hommes en 2012.

Capture d'écran de l'étude du CNC

Concernant les rémunérations, rien de bien surprenant non plus, puisqu'en moyenne les femmes sont moins bien payées que les hommes. Les réalisatrices gagnent ainsi 31,5% de moins, et les actrices 30,4%.

Une répartition des métiers toujours genrée

L'étude révèle, sans surprise, que la répartition des métiers liés au 7ème art reste très sexuée. En effet, les femmes sont très largement représentées dans des métiers dits "féminins", comme celui de coiffeur-maquilleur (76,6%), de costumier-habilleur (87,2%) et surtout de scripte, où elles représentent la quasi totalité des effectifs (98,1%). En revanche, elles sont très peu présentes dans des métiers plus manuels comme ceux d'électricien (3,1%), de machiniste (4,3%) ou encore d'opérateur de prise de son (9,5%). Du côté de la régie, on compte 25,2% de femmes, et 27,4% dans les métiers de la prise de vue.

Il y a tout de même un métier paritaire dans le cinéma en France : celui d’assistant réalisateur. On y compte en effet 49,2% d’hommes contre 50,8% de femmes, tout comme dans le métier de monteur qui comptabilise 46,1% de femmes.

Capture d'écran de l'étude du CNC

Bien que cette étude fasse état d'inégalités majeures entre hommes et femmes dans le cinéma français, elle marque une volonté politique de faire bouger les choses en les pointant du doigt. Par ailleurs, cette année, la réalisatrice Jane Campion (La Leçon de Piano) a été choisie pour présider le jury du Festival de Cannes. Et même s'il s'agit peut-être juste d'un moyen pour les organisateurs de trancher avec les polémiques, c'est encourageant. Reste à savoir si la sélection 2014 fera d'avantage de places aux réalisatrices que les années précédentes.

Rappelons qu'en fin d'année dernière, une infographie de la New York Film Academy dressait également un sévère constat sur l'industrie cinématographique américaine.

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