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"Shaun le mouton n'est définitivement pas réservé aux enfants"

Publié le

par Fanny Hubert

Ce mercredi 1er avril sort Shaun le mouton, nouveau long métrage des Studios Aardman. Pour l'occasion, on a rencontré ses deux réalisateurs Mark Burton et Richard Starzak, qui reviennent sur l'élaboration de ce film fortement recommandé aux adultes.

Shaun, le mouton le plus cool de la télévision, débarque sur grand écran. Alors que ses aventures ne durent que sept minutes en moyenne par épisode sur le petit écran, il se voit attribuer plus de 80 minutes au cinéma par Mark Burton et Richard Starzak, réalisateurs du long métrage que nous avons rencontrés. Le passage en salles est-il réussi ? Oui, mille fois oui !

On découvre Shaun et sa bande qui en ont un peu marre de la routine de la ferme. Usant de plusieurs stratagèmes, ils décident de prendre un jour de congé. Mais l'initiative tourne mal et les moutons se retrouvent dans la Grande ville, à la recherche de leur propriétaire qu'ils ont embarqué malgré lui dans leur galère. Les scènes hilarantes se suivent et l'intrigue fonctionne à merveille. De nombreuses références sont glissées tout au long du film, de la série Breaking Bad à la troupe Monty Python en passant même par le sprinter Usain Bolt. Et l'on oublie très vite que le film ne contient pas de dialogues tant les prouesses visuelles et comiques sont recherchées.

Shaun le mouton est la dernière production des Studios britanniques Aardman et l'on s'aperçoit que leur créativité a peut-être atteint leur meilleur niveau avec ce long métrage. Pour mieux comprendre l'univers d'Aardman, le Musée d'Art Ludique lui dédie une exposition que l'on vous invite vivement à découvrir. Croquis, courts métrages, maquettes, musique et stop-motion, tout y est pour retracer efficacement l'histoire de la société créée en 1972 par David Sproxton et Peter Lord, et dont le réalisateur le plus emblématique est sans doute Nick Park à l'origine des fameux personnages Wallace et Gromit.

Aardman aime aussi la musique puisque le studio est à l'origine du fabuleux clip barré de "Sledgehammer", tube de Peter Gabriel et d'un trailer célébrant les 40 ans de l'album emblématique des Pink Floyd, Dark Side of The Moon. À travers cette exposition, on se rend compte du travail minutieux de ces dessinateurs de génie qui méritent tout notre respect.

Mark Burton et Richard Starzak font partie de l'écurie Aardman. Nous avons eu la chance de les rencontrer pour la sortie de leur très réussi Shaun le mouton. Ils nous ont parlé de leur travail, de la manière dont ils voyaient leur film et des références qui y sont distillées.

Mark Burton et Richard Starzak

Konbini | Au départ, Shaun le mouton est un dessin animé diffusé à la télévision. Pourquoi avoir voulu en faire un film ?

Richard Starzak | Depuis le début, on a eu le sentiment que les épisodes de Shaun, comme ils n'ont pas de dialogues, semblaient cinématographiques. Beaucoup plus qu'un show télévisé est censé l'être. Au fur et à mesure que les personnages se développaient, que les relations entre eux évoluaient , on a senti que faire une histoire long-format serait une bonne idée. Quand le show est devenu célèbre dans le monde entier, cela nous a semblé encore plus juste. 

K | On peut remarquer de nombreuses références dans le film comme Breaking Bad, X-Men...

Mark Burton | Il y a une référence à X-Men ? (rires)

K | Oui vous savez, quand le fermier devient coiffeur et qu'il est présenté avec les griffes de Wolverine dans une publicité. 

Mark Burton | Ah oui ! (rires). En fait, ce moment était une référence à Banksy. Mais j'aime cette idée de référence à X-Men. Cela montre qu'on peut voir l'histoire sur différents niveaux. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de regarder le film.

K | J'allais justement vous demander, est-ce que ces références sont pour vous un moyen de dire que le film n'est pas seulement réservé aux enfants ? 

Mark Burton | Oui, il n'est définitivement pas réservé aux enfants. Nous aimons dire que c'est un film pour adultes que les enfants peuvent venir voir. C'est vraiment un film familial. Mais on ne fait pas consciemment des blagues pour adultes et des blagues pour enfants. On fait ce qui nous fait rire.

On apprécie tous les deux les comédies burlesques et on aime parfois faire une blague sur un film en particulier parce que cela nous vient naturellement dans le déroulé de l'histoire. Mais ce que l'on aime vraiment c'est quand il y a des blagues qui peuvent faire rire à la fois les adultes et les enfants.

K | Vous êtes les réalisateurs de Shaun le mouton et vous en avez également écrit le script. Comment avez-vous eu l'idée de l'intrigue et comment avez-vous pensé à insérer toutes ces références précises ?

Mark Burton | On s'est assis et on s'est dit qu'on allait devoir transformer un dessin animé de sept minutes pour en faire un film de 85 minutes. On s'est demandés comment faire pour que les gens restent intéressés aussi longtemps, sachant qu'il n'y a pas de dialogues. On a donc donné aux personnages une vie avec plus d'émotions. On peut y voir une sorte de métaphore d'une famille et du fait qu'il ne faut pas considérer sa famille comme acquise.

On savait également qu'on devait s'éloigner de la ferme et mettre les personnages dans un nouveau monde où on pourrait plus s'amuser. Donc on s'est demandés quel était l'opposé de la campagne et on s'est dit : "La Grande Ville". C'est comme ça qu'on a eu ces deux grandes idées. Pour les séquences comiques, on a seulement dû faire les cent pas, boire beaucoup de café, épingler des post-it sur les murs et regarder des vieux films.

Richard Starzak | Oui, on a eu beaucoup d'idées. Après, il s'agissait d'enlever celles qui ne fonctionnaient pas avec l'histoire.

K | Quand vous créez vos personnages, quelle est votre principale source d'inspiration ? 

Mark Burton | Les vieilles comédies. Les films de Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd et Jacques Tati qui travaillait avec le son mais sans dialogues. On a regardé des films plus modernes aussi et des choses qui nous ont fait rire.

K | Est-ce que vous avez l'impression d'être plus indépendants que des grands studios comme Disney ? Êtes-vous libres de faire ce que vous voulez dans vos films ?  

Richard Starzak | Il y avait un certain sentiment de liberté à travailler avec Studio Canal. On a déjà travaillé avec des studios américains, Sony et Dreamworks. C'était une super expérience mais forcément ils voulaient faire des films qui plaisent au public américain. Ça a donc été très libérateur de travailler avec Studio Canal. Ils nous on fait confiance. Ils nous ont donné la possibilité de faire le film qu'on voulait. Même si c'était un film "muet", ce qui nous a un peu effrayé au début.

C'est très satisfaisant d'avoir ce sentiment que le film est très européen. C'est un film anglais qui a été fait avec de l'argent européen et notre équipe venait aussi de toute l'Europe.

K | Comme le film n'a pas de dialogues, comment avez-vous fait pour insister sur le visuel, sur le comique de situation ?

Mark Burton | On a dû écrire un scénario pour décrire ce qu'il se passait dans le film. On avait une équipe chargée de faire les story-boards qui a transformé en images ce que l'on avait écrit. On savait qu'on devait faire une histoire assez simple pour pouvoir la transposer visuellement mais pas trop simple non plus pour ne pas que le public s'ennuie.

Une fois que l'on a su que notre histoire pouvait marcher, on a dû penser aux idées visuelles et à la façon de transmettre les émotions et ce qu'il se passait dans la tête des personnages. C'est quelque chose d'agréable à faire. On ne s'embarrasse pas avec des mots. Et quand on regarde le film, on finit par ne plus penser aux dialogues.

K | Il y a un film qui s'appelle Black Sheep où les moutons attaquent les gens. Est-ce que vous pouvez imaginer une version de Shaun un peu plus sombre ?  

Mark Burton | (rires) Oui, on pourra faire ça dans Shaun le mouton 2. Mais ca risque d'effrayer un peu les enfants. On devra acheter pas mal de Ketchup.

Richard Starzak | Je pense qu'on ne mettrait pas trop de sang.

Mark Burton | En fait, on a déjà fait une sorte de film d'horreur avec Wallace et Gromit : Le Mystère du Lapin-Garou, qui était un film de zombies version Aardman.

K | Quel est votre film d'animation favori ?

Mark Burton | Je me rappelle avoir emmené mes enfants voir Toy Story, c'était le début des images de synthèse dans les dessins animés. C'était une histoire très réussie avec de très bons personnages. Toutes les suites sont meilleures que le film précédent. Ce serait vraiment bien qu'on puisse faire trois volets de Shaun le mouton et que chacun soit meilleur que le précédent.

Richard Starzak | J'aime beaucoup les films d'animation en stop-motion notamment ceux de Iouri Norstein. L'un de mes films préférés est Blanche-Neige et les Sept Nains. Ils ont pris une idée très simple et il y a tellement de comédie avec les personnages des nains. C'est une grande inspiration. Et j'aime beaucoup Les Indestructibles.

K | Quels sont vos futurs projets ? 

Richard Starzak | Shaun va revenir à la télévision et il y aura un épisode spécial d'une demi-heure pour Noël. On aimerait aussi beaucoup faire Shaun le mouton 2.

Shaun et sa bande