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Une vaste enquête dénonce les agissements violents et abusifs du producteur Scott Rudin

Publié le

par Manon Marcillat

(Photo by: NBC/NBCU Photo Bank)

Le producteur aux 23 Oscars est accusé de violences physiques et psychologiques.

Ouvrier de l’ombre, Scott Rudin, 62 ans, est pourtant l’un des producteurs les plus récompensés de l’histoire du cinéma avec à son actif 151 nominations aux Oscars pour 23 statuettes reçues. Il est également l’un des rares happy fews à avoir remporté un Emmy, un Grammy, un Oscar et un Tony.

Il est le producteur des célèbres The Social Network de David Fincher, de No Country for Old Men des frères Coen ou encore des films de Wes Anderson, mais aussi des longs-métrages plus indés de Noah Baumbach et de Greta Gerwig.

Alors que The Woman in the Window, sa dernière production avec Amy Adams, se révèle aujourd’hui dans un nouveau trailer avant sa sortie sur Netflix le 14 mai prochain, The Hollywood Reporter publie une vaste enquête sur les agissements abusifs du producteur.

Un comportement violent connu

Malgré les retentissements de l’affaire Weinstein en 2017 qui ont forcé l’industrie hollywoodienne à faire son auto-analyse pour tenter d’éloigner les individus toxiques, Scott Rudin, qui règne sur l’industrie depuis plusieurs dizaines d’années, était jusque-là passé sous les radars.

Pourtant, son comportement abusif était connu et fut relayé à plusieurs reprises par une presse parfois complaisante. En 2005 par exemple, le Wall Street Journal avait ouvert ses colonnes à celui qu’il qualifiait de "boss-zilla" afin qu’il puisse faire le sinistre décompte des 119 burn-out d’assistants et assistantes en cinq ans.

Certains de ses collaborateurs avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en dénonçant des propos insultants, des excès de violence ou un environnement de travail "absolument épouvantable". Des sources avaient également révélé qu’il s’était notamment battu avec le réalisateur Sam Mendes et, en 2014, Kevin J. Walsh, le producteur de Manchester by the Sea, avait raconté au Hollywood Reporter que Rudin l’avait abandonné sur l’autoroute suite à un différend professionnel.

Toujours en 2014, Sony Pictures Entertainment avait été victime d’un piratage de données à grande échelle et de nombreux e-mails avaient alors fuité. Parmi eux, ceux de Rudin, qualifiant par exemple Angelina Jolie "d’enfant gâtée sans talent" ou s’amusant de blagues racistes sur Barack Obama. Aujourd’hui, d’anciens assistants et assistantes de Scott Rudin, des collaborateurs et d’autres producteurs viennent apporter leurs témoignages à l’enquête.

Excès de colère et attaques de panique

Parmi eux, Andrew Coles, le producteur de Queen & Slim, qui se souvient d’un épisode où le producteur tyrannique, mécontent de n’avoir pas pu obtenir en siège en première classe sur un vol, avait brisé un ordinateur sur les mains de son assistant, l’envoyant aux urgences. Il se remémore :

"On savait que ça pouvait aller loin. Il y avait des gens qui dormaient au bureau, d’autres qui perdaient leurs cheveux ou faisaient des ulcères. C’était un environnement intense mais ça nous semblait juste différent. C’était un autre niveau de déséquilibre dans les rapports de force – un manque de contrôle que je n’avais jamais vu auparavant."

Ryan Nelson, qui fut l’assistant de Scott Rudin pendant un an en 2018, se souvient de son côté de violences physiques et psychologiques à répétition. C’est le jour où le producteur l’a qualifié de "retardé mental" qu’il a quitté l’industrie du cinéma pour de bon.

Caroline Rugo, ancienne coordinatrice exécutive et désormais employée chez Netflix, apporte elle aussi un témoignage édifiant sur les six mois qu’elle a passés aux côtés de Scott Rudin. Elle se souvient d’excès de colère, d’objets fracassés, de tasses de thé lancées sur des collaborateurs ou d’attaques de panique de certains employés.

Diabétique, Caroline Rugo était autorisée à faire chaque matin aux aurores une séance de sport prescrite par son médecin. C’est le jour où Rudin lui a ordonné de cesser ses séances matinales pour pouvoir travailler plus et qu’elle a refusé qu’elle a été renvoyée : "J’ai été licenciée à cause de mon diabète, qui est pourtant un handicap reconnu par l’État. J’aurais pu le poursuivre en justice à 100 %. Mais je ne l’ai pas fait car j’ai eu peur d’être blacklistée."

Des accusations réglées à l’amiable

Car la blacklist était visiblement une des méthodes d’intimidation privilégiées du producteur. Selon une source juridique proche du journal, les accusations en justice contre Rudin n’aboutissent jamais et sont systématiquement réglées à l’amiable. De son côté, il s’assurait également de détruire les carrières des démissionnaires à coups d’accusations mensongères. Plusieurs sources se souviennent notamment que lorsqu’une de ses collaboratrices a quitté Scott Rudin Productions pour rejoindre la Weinstein Company, blessé dans son ego, il a accusé son ancienne employée de vol pour la discréditer auprès de son nouvel employeur.

D’autres vengeances basses de plafond ont également été rapportées au journal, comme la suppression des noms des "traîtres" des crédits de ses films. "Lorsque ses employés finissaient par démissionner – ce qu’ils finissaient toujours par faire –, il allait sur IMDb et modifiait tous les crédits que les personnes avaient accumulés en travaillant pour lui", témoigne un producteur qui a embauché un ancien assistant de Rudin.

Suite à la publication de l’enquête de The Hollywood Reporter, d’autres noms sont venus confirmer les accusations. Scott Rudin a de son côté refusé de répondre aux allégations.

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