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Drôle, novateur : avec Raya et le Dernier Dragon, Disney réussit son coup

Publié le

par Lucille Bion

La dernière production de Disney nous embarque dans un nouveau monde imaginaire.

Le château de Disney est éteint depuis presque un an, mais sa dernière princesse rayonne dans Raya et le Dernier Dragon. Cette épopée débute dans une atmosphère de fin du monde qui fait écho à notre réalité, celle du Covid-19. Pourtant cette histoire se déroule dans le monde imaginaire de Kumandra.

Il y a 500 ans, les humains y vivaient en harmonie avec les dragons qui apportaient l’eau, la pluie et la paix. Cette terre aux allures de paradis s’est rapidement transformée en enfer à cause du Druun, une force maléfique qui décime toute forme de vie sur son passage, métamorphosant les êtres vivants en statues de pierre. La légende raconte que grâce aux sacrifices des dragons, les humains ont pu retrouver une terre prospère, mais instable. Avides de pouvoir, les humains n’ont cessé de s’affronter pour posséder l’Orbe du Dragon, un artéfact capable de repousser le Druun.

De génération en génération, la famille de Raya s’est entraînée pour préserver ce joyau protecteur. Mais lorsque le patriarche organise un repas où sont conviés tous les chef.fe.s des Terres ennemies pour apaiser les ardeurs, le Druun réapparaît et emporte avec lui la population. Seule rescapée de sa communauté, Raya n’a qu’un seul espoir : retrouver le dernier dragon pour l’aider à sauver le monde du chaos.

Princesse, dystopie et grosse marrade

Six ans plus tard, Raya erre en plein désert, tentant de recoller les morceaux de son monde, rongée par la culpabilité, sur le dos de Tuk Tuk, son animal qui ressemble à une espèce de tatou démesuré. Comme un grand récit d’aventures qui se résoudra comme un puzzle, Raya et le Dernier Dragon déploie son univers magique, oscillant entre des paysages colorés dépaysants et des scènes très sombres, lorsque la force maléfique violette électrique n’est pas loin.

De territoires en territoires, ce vaste monde tentaculaire imaginé par Don Hall, Carlos Lopez Estrada, Paul Briggs et John Ripa révèle ses richesses. Une forêt luxuriante, un immense palais dont l’architecture pourrait faire rougir les Romains, des montagnes brumeuses, des pilotis aux lumières tamisées… Kumandra possède sa propre architecture et une identité très référencée, de Mad Max: Fury Road lors d’une longue traversée du désert à la franchise Indiana Jones, pour les nombreux obstacles qu’elle devra éviter pendant sa quête.

C’est donc sous le signe de l’aventure avec un grand A que Disney compte faire rêver le public, privé de salles depuis plus d’un an. Le temps des princesses Disney passives semble révolu. Depuis le remake en live action de Mulan l’an passé, le studio semble avoir trouvé le moyen de lier l’action aux contes de fées, une entreprise déjà commencée, partiellement, avec Rebelle (2012). Histoire originale cette fois, Raya et le Dernier Dragon s’ouvre sur deux scènes de batailles épiques, émouvantes et très prenantes. Il est évidemment moins question de sang et de démembrements que de chorégraphies d’arts martiaux, politique familiale oblige.

Comme Jasmine dans Aladin ou Pocahontas, Raya vit sous la protection de son père célibataire. Mais cette fois, les enjeux ne sont pas les mêmes. On tire un trait sur les bails de love : l’héroïne ne doit pas se marier pour honorer la famille mais reprendre l’entreprise familiale, en tant que cheffe. Si l’on est bien loin d’un scénario à la Succession, le long-métrage ne tergiverse pas pour offrir moult responsabilités à une ado brave et solitaire. Et là où Disney tire son épingle du jeu, c’est qu’elle ne fait pas le choix de dépeindre une héroïne puissante, qui viendrait ajouter une nouvelle pièce à la collection de super-héros marveliens du studio. C’est justement parce qu’elle est "normale" que la princesse Raya parvient à nous faire rêver dans son combat titanesque.

Plus qu’une relecture de David contre Goliath, cette épopée légendaire brille surtout par son humour. Si Raya est la caution vaillante du film, Sisu est le clown de service. Championne de natation, gaffeuse de service, ce dragon ne crache pas de feu et ne constitue pas un danger pour l’homme. Même pas pour son rival. Avec ses allures de Petit Poney luisant et son tempérament candide, Sisu pourrait être le cousin de Mushu, le fidèle compagnon de Mulan, qui aurait emprunté son humour légèrement absurde à Kuzco.

Les foudres de la communauté asiatique

Revisitant au pas de charge le récit d’initiation, en empruntant les messages de tolérance à Zootopie et la figure de l’héroïne effrontée à Vaiana, la Légende du bout du monde, Raya et le Dernier Dragon est l’occasion pour Disney d’ouvrir son animation à un monde plus inclusif. Kelly Marie Tran, Awkwafina, Gemma Chan, Sandra Oh, Benedict Wong… avec son casting 100 % asiatique, il est clair que le studio a été rattrapé par la question de la diversité, à un moment où l’on constate depuis un an l’augmentation des actes racistes à l’égard des personnes d’origine asiatique dans le monde. Un sujet brûlant aux États-Unis, depuis que Donald Trump, alors président, qualifiait le Covid-19 de "peste chinoise".

Mais ce louable schématisme hollywoodien a tout de même interpellé la communauté asiatique, jugeant qu’il aurait été préférable d’engager des acteurs et actrices issus de pays d’Asie du Sud-Est et non d’origine chinoise ou coréenne. Taxé de racisme pour avoir omis de sténographier les références culturelles du film – de manière scolaire et non plus cinématographique – le film s’est fait lapider sur la place publique de Twitter.

Qu’on adhère ou pas au débat, les ravages des réseaux sociaux n’écaillent pas le message du film qui, au prix du paradoxe, se fait le messager de l’acceptation mutuelle. La confiance devient alors un acte de grâce, encore faut-il oublier les ravages du passé, mettre en sourdine son ego et vouloir avancer main dans la main, sans aucune animosité. Et rappelons-le, Raya et le Dernier Dragon n’est pas une utopie, c’est une œuvre qui pose une infinité de questions sur le sens de notre existence et nos relations aux autres.

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