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Disney menace de ne plus sortir ses films en salles en France

Publié le

par Arthur Cios

Une décision qui pourrait avoir l’effet d’une bombe.

En France, l’industrie du cinéma fait face à de sérieuses évolutions. Parmi les nombreuses problématiques que la crise sanitaire a soulevées se trouve l’exception culturelle française, qui passe par ce qu’on appelle communément la chronologie des médias, et qui est de plus en plus contestée. Un article de Variety raconte les tensions entre divers acteurs du milieu sur ce sujet. Plusieurs sources indiquent que Disney songerait très sérieusement à abandonner les sorties en salles en France pour privilégier des sorties directes sur sa plateforme Disney+.

Pour rappel, la chronologie des médias veut qu’un film sorti en salles soit disponible en VOD quatre mois plus tard, puis au bout de huit mois sur Canal+, 22 mois plus tard (quasiment deux ans après la sortie en salles) sur les chaînes gratuites et 36 mois, donc trois ans, après sur les plateformes de streaming. Une règle propre à la France, qui est la seule à privilégier ainsi la sortie en salles, et qui permet à Canal+, le premier investisseur privé du cinéma en France, d’avoir une avance sur la diffusion des films sur ses réseaux.

Pour résumer, Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, sorti en salles le 1er septembre 2021 dans l’Hexagone, ne pourrait rejoindre Disney+ qu’en septembre 2024. C’est également pour cette raison que les films Netflix n’ont aucune diffusion en salles françaises, contrairement aux salles des États-Unis. Et le géant américain Disney est prêt à sortir les griffes.

Un gros manque à gagner

L’absence des blockbusters Disney de nos cinémas hexagonaux représenterait une très grosse perte de revenus pour les exploitants de salles. On parle, selon une source citée dans l’article de Variety, d’une perte de 50 millions d’entrées en moins par an – soit un quart des entrées globales annuelles en France.

Cela aurait un impact sur la santé du cinéma français. Car, comme l’indique le patron de Pathé, Ardavan Safaee, "les films indépendants bénéficient des entrées des blockbusters" – notamment car le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) gagne un pourcentage sur chaque entrée, qu’il réinvestit dans des productions et des aides. Un trou que le gouvernement a essayé de combler en demandant aux entreprises de streaming d’investir dans les productions françaises, tout en leur permettant d’avoir une chronologie des médias plus souple.

Mais ce n’est que le début des problèmes, car la Warner proposera dans les prochains mois en France sa plateforme HBO Max et pourrait avoir la même stratégie que Disney pour la privilégier plutôt que la salle. Le but affirmé est bien de récolter un maximum de nouveaux abonnés, les abonnements permettant des rentrées d’argent plus conséquentes (Disney+ cumule plus de 100 millions d’abonnés qui payent chaque mois 8 euros).

Le CNC avait donné jusqu’au 1er juin pour que les boîtes de production, les distributeurs et les diffuseurs se mettent d’accord sur une réforme. Mais rien n’en est sorti, notamment car Disney et les chaînes gratuites n’ont pas réussi à trouver une solution qui arrange toutes les parties. Il semble évident que le modèle unique de la France va finir par changer. La question de "quand" demeure l’inconnue ici, de même que l’ampleur des réformes. Quant à savoir si Disney va vraiment mettre ses menaces à exécution, il va falloir attendre avant d’en savoir plus.

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