AccueilCinéma

Comment Del Toro, Iñárritu et Cuaron viennent de sauver le ciné indé mexicain

Publié le

par Arthur Cios

Alejandro Gonzalez Inarritu, Alfonso Cuaron and Guillermo Del Toro (Photo by Jim Spellman/WireImage)

Les "Three Amigos" ont empêché le président Obrador de s'en prendre au cinéma indépendant mexicain.

Les conséquences économiques du confinement vont être importantes partout dans le monde. Chaque gouvernement cherche à faire des petites économies ici et là pour combler le trou engendré par l’arrêt soudain de la production. Et au Mexique, c’est le cinéma qui a failli être sacrifié.

IndieWire raconte, dans un article très fouillé, que le gouvernement et le Parlement ont tenté de faire sauter un des deux fonds qui permet au cinéma mexicain d’être aussi riche. Avant la création du Foprocine et du Fidecine dans les années 1990, le Mexique produisait une dizaine de films par an, alors que 2019 a établi un record de près de 200 films réalisés en un an.

Cet équivalent du CNC se divise la tâche sur la répartition des subventions, le Foprocine aidant à la création de films d’auteur qui vont faire le tour des festivals du monde entier là où le Fidecine va plutôt permettre la mise en chantier de films grand public.

Or, le 2 avril dernier, le président Obrador, dans une logique de rigueur budgétaire, a proposé de sacrifier le FONCA (le fond national pour la culture et les arts), et le Foprocine. La secrétaire d’État à la Culture, Alejandra Frausto, a précisé qu’il s’agissait de fusionner le Fidecine et le Foprocine, pour que le premier aide à financer le deuxième. Un montage politique complexe aboutissant notamment à un gel du budget du Foprocine.

Selon des professionnels du monde de la culture mexicaine, voilà une manière d’arrêter la mise en production de petits films qui rapportent peu. La cinéaste Astrid Rondero explique ainsi à IndieWire que cette volonté politique remettait en cause la confection d’histoires sur les diversités (la communauté des indigènes, les LGBT+) comme la mise en place de la parité pour les cinéastes, et pourrait tuer le cinéma indépendant mexicain.

Heureusement, sont arrivés les sauveurs : les "three amigos" comme on les appelle, à savoir les cinéastes Alfonso Cuarón, Guillermo del Toro et Alejandro Iñárritu.

"Le cinéma est la mémoire, et sans mémoire, c’est impossible d’exister"

Le premier des trois cinéastes à avoir pris la parole sur cette décision politique est Guillermo del Toro. Ce dernier a ainsi déclaré :

"Depuis que j’ai 15 ans, je crois au cinéma mexicain. Les carrières se font et se défont, les kidnappings ressurgissent puis disparaissent [le cinéaste fait référence à son père, kidnappé à la fin des années 90, ndlr], mais nous sommes toujours là. Je pense que c’est très important que nous demandions la transparence".

Il a également regretté que les principaux intéressés n’aient pas fait partie des discussions quant à la prise de cette décision. "Nous sommes les gens du cinéma", a-t-il affirmé, avant de préciser :

"Si vous avez besoin de réparer votre frigo, vous n’allez pas appeler votre mécanicien ou votre ORL".

Sur Twitter, Guillermo del Toro a défendu le septième art comme une "mémoire, et que sans mémoire, il est impossible d’exister".

Alfonso Cuarón a également pris la parole. Pour lui, le cinéma est "l’une des quelques industries qui réussissent vraiment" au Mexique, avant de mettre en garde sur le potentiel remplacement de la place du Mexique dans le cinéma sud-américain :

"Il y a des pays comme la Colombie qui donnent de larges avantages fiscaux pour inciter à la production, et si notre pays ne commence pas à faire la même chose, il va y avoir un exode des projets et notre pays, qui est actuellement le centre industriel du cinéma d’Amérique latine, va être remplacé par la Colombie."

Alejandro Iñárritu a quant à lui mis en avant les financements, dont lui n’a jamais eu besoin mais dont il a vu les bienfaits sur ses collègues. Il reconnaît que ces fonds ont besoin d’être améliorés, mais que cela n’arrivera pas si on les remet tout le temps en question, avant de préciser sa pensée :

"Quand j’ai fait 'Amores Perros' en 1999, il n’y avait que sept ou huit films produits par an au Mexique. Maintenant, il y en a 200 par an. C’est une augmentation de presque 2 000 %, et je pense que l’industrie l’a mérité."

Après l’intervention des trois cinéastes, des réunions ont eu lieu et le gouvernement a décidé d’annuler la réforme. La Fidecine est sauvée, ou presque : son financement doit encore être autorisé cette année. Le cinéma indépendant mexicain est toujours là, pour l’instant.

À voir aussi sur konbini :